‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 21 sur 159 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Oue ' Fauteur tte fn necherche de la Vérité a parlé autrement des Mées dans les deux premiers livres de son ouvrage que dans le (raisiémo livre, où il en traite exprès.

Ce que je viens do dire de l'âme et de ses perceptions est si conforme à nos notions naturelles que l'auteur môme de ta Recherche de la Vérité en a parié de la môme sorte quand il n'a consulté que les premières notions qui lui sont venues dans l'esprit sur cela, et qu'il ne les a point embrouillées par d'autres notions philosophiques , qu'il a cru trop fecilement être véritables dans le fond, et n'avoir besoin que d'être rectifiées.

Voici donc premièrement ses sentiments purs et naturels touchant cette matière , et nous verrons qu'il y a très-peu do chose qui ne se puisse très-bien accorder avec ce que nous venons de dire , quoiqu'il y ait peut-être quelques expressions ambiguës et qu'il a pu prendre dans le faux sens de ces idées mal entendues, mais qui de soi-même peuvent aussi être prises dans le sens de la vérité.

Il dit généralement , tout au commencement du troisième livre : « que si, par l'essence d'une chose, on entend ce que « l'on conçoit de premier dans cette chose , duquel dépendent « toutes les modifications que l'on y remarque , on ne peut « douter que l'essence de l'esprit ne consiste dans la pensée. »

Mais il explique plus au long ce qui se passe dans notre âme dans le premier chapitre du premier livre , en se servant de la comparaison de la matière avec l'esprit :

« La matière ou l'étendue renferme en elle deux propriétés, « ou deux facultés. La première faculté est celle de recevoir « différentes figures, et la seconde est la capacité d'être mue. « De môme l'esprit de l'homme renferme deux facultés : la « première, qui est V entendement , est celle de recevoir plu- « sieurs idées, c'est-à-dire d'apercevoir plusieurs choses ; la « seconde , qui est la volonté, est celle de recevoir plusieurs « inclinations, ou de vouloir différentes choses. Nous expli- « querons d'abord les rapports qui se trouvent entre la pre- « mière des deux facultés qui appartiennent à la matière, et « la première de celles qui appartiennent à l'esprit. »

Remarquez bien ces paroles : recevoir plusieurs idées, cestà'dire apercevoir plusieurs choses ; car on n'aura besoin dans la suite que de mettre cette définition en la place du défini , pour ruiner la fausse notion des idées qu'il donne ailleurs, en voulant que nous les concevions comme de certains êtres représentatifs des objets , réellement distingués des perceptions et des- objets.

ff L'étendue est capable de recevoir de deux sortes de « figures. Les unes sont seulement extérieures, conmie la « rondeur à un morceau de cire ; les autres sont intérieures, a et ce sont celles qui sont propres à toutes les petites parties « dont la cire est composée; car il est indubitable que toutes « les petites parties qui composent un morceau de cire ont « des figures fort différentes de celles qui comi>oscnt un mor- « ceau de fer. J'appelle donc simplement figure celle qui est « extérieure, et j'appelle configuration la figure qui est inlc-

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