‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 34 sur 159 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

(( que ce sont les idées des choses que nous voyons immédiatement , ou que c'est ce qui est l'objet immédiat do notre pensée. »

Ce n'est encore qu'en ce sens qu'il prend le mot d'idik . dans cette proposition , qu'il prétend avec raison être le fondement de toutes les sciences naturelles : « Tout ce que je vois clairement être enfermé dans l'idée d'une chose peut avec vérité être aflSrmé de cette chose. » Si, consultant l'idée que j'ai d'un triangle (par une réflexion sur la perception que j'en ai), je trouve que l'égalité de ses trois angles à deux droits est enfermée dans cette idée ou perception , je puis aflBrmer avec vérité que tout triangle a trois angles égaux à deux droits.

Et enfin, c'est en prenant toujours le mot d'idée dans lo même sens , et non pour un être représentatif , distingué de la perception, qu'il a prouvé l'existence de Dieu par une démonstration que l'auteur de la Recherche de la Vérité dit (page 204 ) en être la plus belle preuve , la plus relevée , la plus solide , et la première, c'est-à-dire celle qui suppose le moins de chose. La voici :

Tout ce qui est manifestement enfermé dans l'idée d'une chose en peut être affirmé avec vérité.

Or, l'existence nécessaire est manifestement enfermée dans ridée que nous avons tous de l'Être infiniment parfait.

On peut donc aflBrmer de l'Être infiniment parfait qu'il est et qu'il existe.

Il est visible que, dans cette démonstration, le mot d'idée ne se peut prendre que pour la perception de l'Être parfait , et non pour l'Être parfait même , en tant qu'il est intimement uni à notre âme pour y tenir lieu de cet être représentatif, distingué des perceptions dont on suppose que nous avons besoin pour concevoir les choses matérielles. Car, en prenant le mot d'idée dans ce dernier sens , cette démonstration, que notre ami dit être si belle, si relevée et si solide, ne serait que le sophisme qu'on appelle pétition de principe

puisque je ne pourrais tirer la conclusion, donc VÈtre parfait existe, qu'en supposant dans la mineure qu'il est par lui-mêmt intimement uni à mon âme , et par conséquent qu'il existé.

J'aurai occasion de parler de cela plus au long en un autre endroit. Tout ce que j'en veux conclure ici est que je n'ai point besoin de reconnaître d'autres idées que celles que j'ai définies qui ne sont point distinguées des perceptions , pour demeurer d'accord de la vérité de ces façons de parler ; a Nous ne voyons point immédiatement les choses, et ce sont leurs idées qui sont l'objet immédiat de nos pensées, »

On voit aussi ce qu'on doit entendre quand on dit que c'est dans Vidée de chaque chose qu*on en voit les propriétés, et rien assurément n'est plus inutile pour cela que cet être reprësentoU/ distingué des perceptions, duquel on voudrait que notre esprit eût besoin pour concevoir les nombres et l'étendue.

Je ne puis mieux faire, ce me semble, pour éclaircir cela, que de proposer un exemple, où je ne supposerai rien que tout le monde ne reconnaisse se passer ainsi dans son esprit, pourvu qu'il ne porte point sa vue ailleurs, et qu'il ne se détourne point à penser comment se peut faire en lui ce qu'il ne peut pas douter qui ne s'y fasse.

Le philosophe Thaïes, ayant à payer vingt ouvriers à une dragme chacun, compte vingt dragmes et les leur donne. Gela ne s'est pu faire qu'il n'y ait eu au moins deux perceptions dans son esprit, l'une de vingt hommes , Vautre de vingt dragtnes. Et j'avertis une fois pour toutes qu*tdee et perception n'est dans mon dictionnaire que la même chose ; et qu'ainsi , quand je me servirai du mot d'idée ou d'idée d'un objets je n'entendrai par là que la perception d'un objet.

Étant de loisir, il se met à rêver, et considérant ce qu'il y a de commun dans ces deux perceptions ou idées , qui est que dans l'une ou dans l'autre il y a vingt, il en retranche ce qu'elles ont de particulier, et il en fait une idée abstraite du nombre de vingt, quil peut ensuite appliquer a vingt

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