CHAPITRE XIV
que les épicuriens et les gassendistes ne pensent point à Dieu, quand ils conçoivent l'espace où se promènent leurs atomes comme une étendue inteUigible infinie»
a On ne peut même concevoir que cette étendue intelligible a puisse être la manière de son esprit. »
On ne peut encore moins concevoir qu'elle puisse être Dieu, ou un attn];)ut de Dieu.
a Cette étendue intelligible étant bornée fait quelque a figure , et les bornes de l'esprit ne peuvent se figurer. »
Cela est encore plus fort au regard de Dieu ; car on ne peut concevoir de bornes en Dieu ; et , quand on en feindrait, il est encore plus certain qu'elles ne pourraient se figurer,
a Cette étendue intelligible ayant des parties, se peut diu viser , et l'on ne voit rien en l'âme qui soit divisible. »
Et n'est-il pas encore plus clair qu't7 n'y a rien en Dieu qui soit divisible; donc, s'il croit avoir droit de conclure par toutes ces raisons que « l'étendue intelligible ne saurait être a une manière d'être de notre esprit, » combien en a-t*on plus de conclure aussi qu'elle ne peut être Dieu ni un attribut de Dieu?
Et il ne faut pas s'imagines que la qualité AHnfinie, qu'il donne à cette étendue intelligible ^ la rende moins indigne d'être admise en Dieu. L'infinité, qui convient à Dieu, n'a nul rapport à l'infinité que l'on peut concevoir dans l'étendue. £t bien loin que cette dernière soit contenue dans l'idée de l'Être parfait, cette idée ne l'exclut pas moins nécessairement , qu'elle enferme nécessairement la première ; car plus une étendue est vaste , quand ce serait jusqu'à l'infini , plus elle a de parties réellement distinctes les unes des autres , ce qui répugne manifestement à la simplicité de Dieu , qui est un des principaux attributs de l'Être parfait. Mais l'infinité, qui convient à Dieu , n'a garde de rien avoir qui répugne à cette idée, puisque c'est au-contraire la première chose que l'on y voit que l'Être môme, la plénitude de l'Être, l'Être sans bornes , et par conséquent infini.
Il se trouve aussi que cette étendue inteUigible infinie est divi^ble et non divisible. Elle est divisible , parce que ce qui fait essentiellement la divisibilité de l'étendue n'est pas que Tune de ses parties soit actuellement séparée de Fautre; mais il suffît pour cela qu'une partie soit hors de l'autre, et ne soit pas l'autre; or, Ton nous vient de dire a qu'une figure d'étendue intelligible peut être prise successivement des différentes parties de cette étendue infinie. » On la conçoit donc comme divisible ; mais étant Dieu comme elle le doit être , afin que ce soit voir les choses en Dieu que de les voir dans cette étendue, elle ne saurait être divisible, selon cet auteur, puisqu'il est si certain, selon lui, que Dieu n'est pas divisible , que, dans la page 494, c'est une des choses sur . lesquelles il dit que personne n'hésite à répondre : « Car qui « hésite, dit-il, à répondre lorsqu'on lui demande si Dieu « est sage , juste, puissant; s'il est ou n'est pas triangulaire, (( divisible, mobile? »
5. Mais ce qui est le plus embarrassant est de savoir si cette étendue intelligible infinie, laquelle il prétend qui est en Dieu , puisqu'il dit que Dieu la renferme , y est formellement pu seulement éminemment. Cette distinction est nécessaire pour expliquer comment les effets sont dans leurs causes. 11 y en a qui croient que chaque plante est dans le germe d'où eUe sort selon ses parties , mais plus petites à proportion , et cet auteur s'est déclaré pour ce sentiment dans le chapitre 6 du livre premier. Si cela est, on peut dire que chaque plante est formeUemeht dans le germe qui la produit; mais il n'en est pas ainsi des créatures à l'égard de Dieu : elles doivent être en lui comine dans leur cause , mais elles n'y peuvent pas être formellement; car tout ce qu'elles ont d'être et de perfection est borné, et par là est imparfait. Or, il n'y a rien d'imparfait en Dieu. La matière surtout est nécessairement , par sa nature, divisible et figurée, « et il n'y a rien en Dieu qui « soit divisible ou figuré , » comme dit notre auteur , page 300. Ainsi, les créatures devant être en Dieu comme dans leur