CHAPITRE XV. 1S
comme ce peintre est fort curieux, il lui demanda s'il n'avait point le livre de la Becherche de la Vérité. Il Tavait , il l'alla quérir, et le mit entre les mains de son ami , qui , rayant ouvert à la page 517, reprit le discours en ces termes : Vous vous étonnez de l'invention que je vous ai donnée pour vous faire avoir le visage de saint Augustin au naturel. Je n'ai fait en cela que ce qu'a fait l'auteur de ce livre pour nous faire avoir la connaissance des choses matérielles qu'il prétend que nous ne pouvons connaître par elles-mêmes , mais seulement en Dieu ; et la manière , dont il dit que nous les connaissons en Dieu , est par le moyen d'une étendue intelligible infinie que Dieu renferme. Or, je ne vois point que le moyen qu'il me donne pour voir dans cette étendue une figure que j'aurais seulement ouï nommer, et que je ne connaîtrais point, soit différent de celui que je vous avais proposé pour vous faire avoir le visage de saint Augustin au naturel. Il dit que , comme mon esprit peut apercevoir une partie de cette étendue intelligible que Dieu renferme, il peut apercevoir en Dieu toutes les figures, parce que toute étendue intelligible finie a nécessairement une figure intelligible. C'est aussi ce que je vous ai dit, qu'il n'y a point de visage d'homme qu'on ne puisse trouver dans ce bloc de marbre en le taillant comme il faut. Mais est-il moins nécessaire de connaître cette figure (que j'ai supposé que je ne connaissais pas] pour prendre une partie de cette étendue intelligible , et la borner par mon esprit comme il faut qu'elle le soit , afin que cette figure en soit le terme , que vous avez cru avec raison qu'il était nécessaire de connaître le vrai visage de saint Augustin , pour le faire apercevoir dans ce marbre et dans cette cire , où il n'est pas moins caché que chaque figure dans cette étendue intelligible? En quoi estrce donc que son invention vaut mieux que la mienne , que je ne doute point qu'en votre âme vous n'ayez traitée de ridicule , quoique vous n'ayez pas voulu user de ce mot.
Il fait aussi entendre que mon esprit peut voir dans oette étendue intelligible tout corps sensible que je ne connaitraià pas, et que j'aurais besoin de connaître, en attachant la couleur ou quelque autre qualité sensible à une partie de cette étendue intelligible.
Mais il faudrait encore pour cela que je connusse ce corps sensible, a6n d'appliquer à une partie de retendue une couleur convenable ; car si j'appliquais une couleur rouge à cette partie de l'étendue , ce ne serait pas le moyen d'y voir un objet sensible qui ne pourrait être que vert. Cest donc la même chose que ce que je vous disais, que vous n'aviez qu a appliquer sur votre toile les couleurs nécessaires , pour y former le visage de saint Augustin , et qu'il ne tiendrait qu*à vous d'en avoir par là un portrait parfaitement ressemblant. Car vous avez eu raison de me dire qu'il faudrait pour cela que vous sussiez comment était fait le visage de saint Augustin , et que votre peine était de ne le pas savoir.
Enfin , comme il n'a pu ignorer que les lignes courbes d'où dépend la connaissance des figures curvilignes ne se peuvent ordinairement bien concevoir qu'en considérant le mouvement par lequel on les décrit , il a voulu que l'on pût aussi npercovoir le mouvement dans son étendue inielligible in/h nie , pan*o que Ton peut concevoir qu'une figure d'étendue intolli|j;ible peut tourner sur son centre , ou s'approcher succossivomont d'une autre. Mais, comme chaque figure on chaque ligne courbe se trace différemment, et qu'autre est lo mouvement par lequel se trace une hyperbole , et autre CiAui par lequel se trace une ellipse , comment pourrai-je voir dans cette étendue intelligible immobile le mouvement |nii!iiiilin. ijiii est nécessaire pour trouver une ellipse , en *" in va ni iju^unc do ses parties s'approche successivement ï fltitn' i*n la manière qu'il faut pour cela , si je ne con- W unroro co qu'est une ellipse, ni comment elle se \ '^ 1 tr donc pas supposer que je connais par ailleurs j^iK' étendue intelligible ce que l'on voudrait que