CHAPITRE XVII
a accoutumés aux raisonnements abstraits , est celle-ci : H « est impossible que Dieu ait d'autre fin principale de ses aod tiens que lui-même , il est donc nécessaire que non-seule- « ment notre amour naturel , je veux dire le mouvement « qu'il produit dans notre esprit, tende vers lui ; mais encore a que la connaissance et que la lumière qu'il lui donne « nous fasse connaître quelque chose qui soit en lui ; car « tout ce qui vient de Dieu ne peut-être que pour Dieu ; si « Dieu faisait un esprit , et lui donnait pour idée ou pour oba jet immédiat de sa connaissance le soleil , Dieu ferait , ce « me semble , cet esprit et l'idée de cet esprit pour le soleil a et non pas pour lui. Dieu ne peut donc faire un esprit pour « connaître ses ouvrages , si ce n'est que cet esprit voie en « quelque façon Dieu , en voyant ses ouvrages; de sorte que a l'on peut dire que, si nous ne voyions Dieu en quelque maa nière, nous ne verrions aucune chose. »
J'ai appelé ce raisonnement étrange , parce qu'il Test en effet , et que c'est un pur sophisme, bien loin d'être une démonstration ; car cet auteur prétend que notre Ame se connaît elle-même sans se voir en Dieu , et sans rien voir qui soit en Dieu en se connaissant ; or , cela ne donne pas lieu de dire que notre âme soit pour elle-même , et non pas pour Dieu. Encore donc que notre esprit eût le soleil pour objet immédiat de sa connaissance , on ne pourrait pas dire pour cela que notre esprit fût pour le soleil et non pas pour Dieu. £t en effet , il n'y a aucune liaison de cette conséquence à l'antécédent; car, d'une part, ce n'est pas tant ce que je fais au regard des choses purement naturelles , que la fin pour laquelle je les dois faire , autant que je puis , qui doit marquer que j'ai été créé pour Dieu ; et de l'autre, c'est par ma volonté , et non par mon esprit que je me dois rapporter à ma dernière fin. Tout ce que l'on peut donc dire au regard de la connaissance que j'ai du soleil est , que pour satisfaire pleinement à l'institution de ma nature , je ne dois pas voir le soleil seulement pour le voir, ot pour y chercher ma
propre satisfaction , parce que ce serait alors qu'il pourrait sembler que j'aurais été fait pour le soleil , mais que je dois rapporter à Dieu la connaissance que j'ai du soleil , en le louant de ses ouvrages , et lui rendant grâce de l'utilité que j'en reçois. Voilà ce que l'on peut raisonnablement conclure à cet égard de la maxime générale : que Dieu nous a faits pour lui, mais je ne sais qui sont ces esprits accoutumés aux raisonnements abstraits , qui trouveront qu'on en doit conclure , « que si Dieu ne nous faisait connaître quelque chose « qui est en lui , en nous faisant voir le soleil , il semblerait « qu'il aurait fait notre esprit pour le soleil , et non pas pour <c lui. »
Quoi qu'il en soit, il paraît par cette prétendue démonstration bonne ou mauvaise, que son sentiment est a que tout ce M qui vient de Dieu ne pouvant être que pour Dieu , il ne peut « faire un esprit pour connaître ses ouvrages, si ce n'est que « notre esprit voit en quelque façon Dieu , en voyant ses ou- « vrages. »
Et en la page 200. a Puisque Dieu peut faire voir aux esprits « toutes choses , en voulant simplement qu'ils voient ce qui « est au milieu d'eux-mêmes , c'est-à-dire , ce qu'il y a dans « lui-même , qui a rapport à ces choses , et qui les repré- « sente, il n'y a pas d'apparence qu'il le fasse autrement. » Et un peu plus bas : «. Nous voyons tous les êtres créés, à u cause que Dieu veut que ce qui est en lui , qui les repré- « sente , nous soit découvert : » or ce qui est en Dieu qui représente les êtres créés , est Dieu même : cela ne peut donc nous être découvert que nous ne voyions Dieu : donc nous voyons Dieu en voyant les êtres créés.
Et en la page 202. « Nous ne disons pas que nous voyons « Dieu en voyant les vérités, mais en voyant les idées de ces « vérités. » Il prétend donc qu'on voit Dieu en voyant l'idée du soleil et l'idée de la terre , mais non pas précisément en voyant cette vérité que le soleil est plus grand que la terre. Et un peu plus bas : « Selon notre sentiment, nous voyons Dieu.