‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 77 sur 159 · CHAPITRE XVIT. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIT. i

« lorsque nous voyons des vérités éternelles ; non que ces <r vérités soient Dieu , mais parce que les idées dont ces vé- « rites dépendent, sont en Dieu. » Il soutient donc encore que lorsque nous disons que tout carré est la moitié du carré de la diagonale, nous voyons Dieu; parce que nous ne saurions assurer cela, sans que notre esprit voie ces deux carrés et qu'il ne saurait voir ces deux carrés qu'en voyant Dieu.

Et dans la page 203. « Nous croyons aussi que l'on connaît « en Dieu les choses changeantes et corruptibles, quoique « saint Augustin ne parle que des choses immuables et in- « corruptibles : parce qu'il n'est pas nécessaire pour cela de « mettre quelque imperfection en Dieu ; puisqu'il suffit , « comme nous avons déjà dit , que Dieu nous fasse voir ce « qu'il y a dans lui qui a rapport à ces choses. » Or, ce qu'il y a dans Dieu qui a rapport aux choses changeantes et corruptibles est Dieu même : nous ne saurions donc voir les choses changeantes et corruptibles que nous ne voyions Dieu. Cependant , dans la page 200, il semble dire tout le contraire, après le premier des deux passages de cette même page que j'ai rapportés , et immédiatement avant le dernier. Car, afin qu'on ne pût pas conclure que nous voyons l'essence de Dieu , de ce que nous voyons toutes choses en Dieu , il dit « qu'on ne voit pas tant les idées des choses, que les choses « mêmes que les idées représentent ; et que, lorsqu'on voit un « carré , par exemple, on ne dit pas que l'on voit l'idée de « ce carré , qui est unie à l'esprit , mais seulement le carré , « qui est au dehors. »

Et dans les Avertisssements, page 549, s'étant proposé cette objection, prise de saint Jean, 4 . 4 8 « Que personne n'a « jamais vu Dieu : je réponds , dit-il , que ce n'est pas pro- « prement voir Dieu que voir en lui les créatures; ce n'est pas « voir l'essence des créatures dans sa substance , comme ce « n'est pas voir un miroir, que d'y voir seulement les objets « qu'il représente. »

Mais il faut remarquer que ce n'est que par nécessité, et

pour s'échapper d*une objection qui l'incommode, qu'il parle de cette dernière sorte, c'est-à-dire, quil semble nier que nous voyions Dieu en voyant les créatures; car, partout ailleurs il fait entendre que nous le voyons , et il est impossible qu'il puisse parler autrement en suivant ses principes. La comparaison qu'il apporte d'un miroir est très-défectueuse , et ne prouve nullement que l'on pUisse dire , selon sa dootrine, qu'en voyant les choses en Dieu, ce n'est point Dieu que nous voyons, mais seulement les créatures; car un miroir n'a rien en soi qui représente les objets, mais il en renvoie seulement les images, selon la philosophie commune, ou, selon celle de M. Descartes , il fait seulement que les globules , qui rejallissent de notre visage , ayant rencontré la surface polie du miroir, sont derechef poussés vers nos yeux ; or, ce n'est point en cette manière que nous voyons les choses en Dieu , mais il veut que ce soit parce que Dieu nous découvre ce qui est en lui qui représente les êtres créés. C'est en ces propres termes qu'il s'explique en la page. 499 «L'esprit, dit-il, a peut voir en Dieu les ouvrages de Dieu , supposé que Dieu « veuille bien lui découvrir ce qu'il y a dans lui qui les re- « présente \ or, voici les raisons qui semblent prouver qu'il le « veut. » Il prétend donc que nous voyons les choses en Dieu , non comme dans un miroir, mais comme dans un tableau , qui nous représente les choses que nous ne pouvons voir par elles-mêmes , parce qu'elles ne nous sont pas présentes. Car c'est la raison qu'il donne partout de la nécessité que nous avons de voir les choses matérielles en Dieu , parce qu'elles ne peuvent être présentes à notre esprit, au lieu que Dieu qui les représente , y est intimement uni ; or, il est inconcevable qu'on puisse voir par un tableau , les choses qu'il représente, sans voir le tableau : il ne peut donc pas dire en parlant sincèrement, et en demeurant dans les principes de sa philosophie des idées , qu'em voyant les choses en Dieu , ce n'est pas Dieu proprement que nous voyons , mais seulement les créatures.

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