‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 8 sur 159 · THËOBIE DE LA VISION £N DIEU · texte numérisé non relu

THËOBIE DE LA VISION £N DIEU

U, Les idées sont les conceptions mêmes de Dieu ^ et c'est en Dieu que nous les voyons,

La théorie de la Vision en Dieu , qui semble une chimère , et qui Test en effet, quand on la prend dans toute la rigueur du système de Malebranche , est néanmoins fon* dée sur la nature véritable de la raison humaine. Appliquée aux idées de la raison pure , elle est absolument vraie , et elle est vraie encore appliquée à toutes les autres idées , pourvu qu'on l'interprète.

1. Qu'est-ce qu'un principe considéré en lui-môme, et non pas dans son rapport avec ses conséquences? Pour peu que l'on y songe, un principe ne peut pas subsister seul, ni par le seul fait de l'existence de ses effets. Noire esprit remonte des effets 5 la cause et des applications au principe; mais les applications et les effets révèlent et ne contiennent pas la cause et le principe. Une loi générale, qui n'est que la somme des faits particuliers, n'est rien dans le fond; elle est un rapport qui n'existe qu'après ses termes, et ne leur survit pas; mais une loi générale n'est

XVÎij INTRODUCTION.

pas un principe. S'il n'y avait pas eu de corps graves et de gravitation, la loi de la. gravitation ne serait rien; mais quand même il n'y aurait aucune force, et aucune action, le principe de causalité serait. Qu'est-il donc en soi ? un être? Évidemment l'esprit ne peut pas le concevoir sous la notion d'un être. Il ne le fait pas non plus consister dans les êtres qui le subissent. Il ne peut le concevoir que dans un autre être à la nature duquel il appartienne; et comme le principe est absolu, cet être doit posséder l'intelligence de ce principe. On dit quelquefois : quand l'univers serait anéanti, il n'en faudrait pas moins une cause pour que quelque chose commençât d'être; et cela est vrai de toute vérité ; mais on dit aussi, quand par impossible il n'y aurait ni Dieu ni monde, il serait vrai que quelque cause serait nécessaire pour que quelque cbose fût produite; parler ainsi, c'est prononcer des mots qui n'ont point de pensée ; ces mots ne forment point un jugement ; ce sont des mots assemblés au hasard, qui n'expriment rien. Le néant une fois admis par hypothèse, non-seulement tout être est anéanti, mais toute possibilité de l'être , et par conséquent, toute condition de l'être. Celui qui suppose une fois qu'il n'y a pas de Dieu, ne doit rien supposer au delà, car il ne lui reste rien à nier, ni dans l'ordre de la logique, ni dans l'ordre de la métaphysique. Des propositions analogues, et que certaines écoles ont coutume de faire, ne sont que des malentendus ou des équivoques, telles que celles-ci : le temps et l'espace existeraient quand même il n'y aurait pas de monde, car si un monde était produit , il ne pourrait l'être qu'à un moment donné, et dans un lieu; ou bien encore : il y aurait quelque infini, quand même Dieu n'existerait pas;

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UITHODUCTION. XÏX

car alors même, od ne pourrait concevoir que l'espace ou le tempg ont des limites. La première de ces propositions signifie seulement, que si le monde n*était pas, il serait possible ; et la seconde, que le monde ne peut jamais être cohçu comme infini. Cette seconde proposition qui semble contenir la négation de Dieu, ne nie de Dieu que le nom, et en a£Brme l'essence ; car la raison qui fait qu'on ne peut assigner de limite au temps et à rospace, c'est qu'on ne peut jamais les concevoir comme achevés, comme accomplis, comme possédant l'être dans sa plénitude ; et ce qui fait qu'aucune chose créée comparée à la notion de l'être ne l'épuisé, c'est que la notion de l'être qui nous est toujours présente, est la notion de l'être absolu. Rien n'est vrai, ni réel, ni nécessaire, ni possible en vertu du néant ; <et le néant donné, envahit tout

De ce que le principe de causalité ne peut périr, quoi* que le monde et notre inteUigence et nous-mêmes puis* sions être anéantis ; de ce qu'il ne peut subsister seul et réside nécessairement dans un être et dans une intelligence absolus, il suit qu'il n'existe ni dans les choses, ni dans notre intelligence, ni séparément, et que, par conséquent, il est uni à la^ substance, à la pensée et à la volonté de Dieu. Dieu est l'équation absolue de l'être , du connaître et de l'agir ; et demander si un principe appartient à la volonté ou à la nature de Dieu , c'est supposer un Dieu fini et divisible, dans lequel 13 volonté est distincte de l'in* telligence et l'intelligence de l'essence. Nous parlons ainsi en balbutiant, quand nous transportons en Dieu les divisions qui sont en nous; mais pour lui qui est tout ce qu'il est sans limites, il ne souffre aucune multii^cité dans son essence. Les principes de la raison sont sa nature même ;

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