‹ Œuvres philosophiques de Maine de BiranChapitre 1 sur 47 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'immortd restanurateur de la f^osop)iie n^l^ reUe , Bacon , emhras$ai)t dans un système général toutes les c<»iQaissanoes bumaioe^^^t dowioaoïfc l'arr hre 'de lair généalogie^ proposait de diviser ai^ ja science, nommée psychologie: sdaDK^es^ 'i^ 4e I0 substance de tâme ; ii'' de sesfcwuUés ; S^ d^ Fw^ge et de r objet de ces facultés.

En formant ainsi des domaines distincts dl^ns la science du même être sentant et p^itsant, ce grand

maître ne prétendit pas , sans doute , assigner positivement leurs limites ; encore moins régler l'ordre de marche que l'esprit devait suivre pour les parcourir; en descendant de la connaissance supposée {à priori) d'une substance pensante , à la détermination de ses /acuités ou attributs constitutif , pour arriver enfin à la détermination de son objet ou des produits de ses opérations dans l'expérience. Rien n'eût contrarié ou même interverti plus complètement la méthode lumineuse dont ce sage réformateur donnait lui-même , à tant d'autres égards , l'exemple avec le précepte.

Également instruits par ces préceptes et ces exemples 9,quand les disciples et les dignes continuateurs de Bacon voulurent, après lui, suivre et reprendre en détail les anneaux de cette chaîne immense tissue par le génie, et déjà presque arrêtée par ses extrémités , ils sentirent très-bien qu'il existait des bornes certaines ,, imposées à l'esprit humain par sa nature même, et un ordre fixe de procédés auquel il est tenu de s'assujettir dans l'acquisition de ses connaissances de tout genre, sous peine des plus grands écarts. Us conçurent que, s'il était donné à Fhomme de se faire quelques notions sur les causes prémièresdes phénomènesqui se réalisent andedans èomme au dehors de lui , sur la substance de F être sentant et pensant, comme sur celles des objets ser^ tis et pensés y ce ne pouvait être qu'en remontant par la série régulière des effets ou embrassant l'en-

semble des propriétés susceptibles d'observation et soumises à Texpérience.

Le plan des recherches psychologiques se trouva donc tracé d'avance par l'esprit même de la méthode réformatrice . U usage et V objet des fecul tés humaines s'offrait d'abord comme le titre premier , et le plus important à explorer : car c'est la pratique et l'action qui ouvrent le, cercle de Y expérience y eXiYart marche avant la théorie.

L'étude preinière des méthodes artificielles ou . procédés techniques du raisonnement, développé par les sign^ et les formes du langage , devait con^^ duire régulièrement aux lois de l'expression des idées , d'où l'on pouvait s'élever dans la suite à une théorie générale de la formation de ces idées mém^s à la manière dont. elles se combinent et s'élaborçnt, • en allant du simple au composé , ou de la source primitive jusqu'aux dérivations les plus éloignées. Dès lors se trouvait rempli le .titre dernier (dans l'énoncé, quoique premier ou peut-être upique par le fait) de la division proposée. On avait une science ou une histoire plus ou moins complète de Yemploi de ces facultés, dont. Y objet se déterminait dp. luimême, lorsque venant à embrasser, d'un vaste coup d'œily l'ensemble des travaux de l'esprit humain , actuellement déposés et cumulés dans ses archives ; à la vue dés monuments divers, successivement élevés par le génie des ar£Sj de Y histoire et de laphilo^ sophïe j on assij^erait les caractères propres à difr

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férents genres de produits , et les limites précises qui les séparent. En partant d'une telle distribution des produits d'une activité créatrice , il ne restait plus, en effet , qu'à attribuer à chaque genre une fonc-» tion ou faculté particulière de Fintelligehce , pour avoir une division artificielle de sesfacultésy données alors elles-mêmes comme des causes ou puissances nominales sont données par les effets , ou plutôt comme certains titres de classes générales le sont par l'analogie des élémens classifiés.

C'est ainsi que pour &ire le partage dé l'entendement humain en raison ^ mémoire et imagination ^ Bacon lm*méme remonta d'une distinction réelle entre certains produits effectifs de l'intelligence à une division hypothétique de facultés ou puissances qui étaient censées les former. Ainsi l'ordre encxclopédii/ue ne ressortit point d'une division réelle et à priori àe& /acuités de l'âme, selon le point de vue précédemment énoncé ; mais au contraire, cette dernière division se trouva conventionnellement établie à posteriori, et d'après l'ordre encyclopédique lui-même : marche très-conséquente à la méthode réformatrice qui , procédant toujours de la détermination expérimentale des effets perceptibles particuliers, à la limitation des idées générales de causes j puissances, on facultés, devait s'interdire de considérer celles-ci , in abstractô , ou d'ai £siire Tobjet propre d'une science. Et l'on peut voir par là comment Bacon travaillait déjà lui-même à rendre inu-

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tHe sa division de la science psychologique , en détrmsant au fond ces deux premiers titres qu'il conservait dans la for/nef,

Cep^dant, la méthode expérimentale de ce grand maître 3e signala , dès son principe, par de si grands /^ÇQ^^r dans les sciences physiques surtout , par où CQOPamença la réforme , qu'il ne fut plus permis de dputçr de son heureuse influence sur les divers syst^^les d'idées ou genres de connaissa^ces auxquels on tent^mt de l'appliquer.

La métaphysique, source ténébreuse et tristement féconde de disputes frivoles et interminables , tant qu'elle préteiidait être une science abstraite et ex professa de l'âme, et dé ses facultés ou attributs, commence sa propre réforme en se réduisant à n'être plus qu'une science positive des idées , ou de l'emploi et de Hobjet circonscrit des facultés humaines, Considérée dès lors comme une branche essentielle , ou plutôt comme le tronc même de la philosophie de l'expérience; si elle se distingue encore de la physique proprement dite, c'est en ceci seulement que le sujet d'observation, perçu dans l'une comme extérieur à l'être pensant , s'offre dans l'autre comme intérieur ou intime à cet être même. Au reste , dirigée par une méthode semblable, quand il s'agit d'observer les faits, de les classer , de les déduire , la métaphysique ne conservant, plus rien d'obscur que son titre , semble entrer en partage de la clarté et de la précision propre aux

sciences naturelles ^ dont \ objet est fixe ou permanent au dehors.

Des esprits .lumineux , exclusivement livrés d'abord à l'étude de ces dernières sciences, rencontrent l'autre sur leur route ( i ), lui impriment leur direction, l'attirent dans le cercle de leurs notions les plus familières, et tachent de l'y fixer. Ainsi se trou*vent écartées de prime abord une multitude de questions ontologiques , subtiles ou insolubles , sur les causes premières, les essences ou substances deschoses hors de nous , sur la nature desr êtres en général 'y celle de Y âme et de sesjacultésy sur les idéesabstraites d^ espace f de temps, prises naguère pour^ des entités réelles , etc.

En cherchant comment les notions exprimées par de tels signes se trouvent établies dans notre esprit, on^n écartait le mystère; on imposait du moins* une barrière à l'imagination audacieuse , qui tenterait de pénétrer dans ce vague d'un monde abstrait. En assignant l'origine naturelle des idées de tout, ordre , et la manière précise dont les premières connaissances se forment et se développent, on circonscrivait le véritable champ de la raison humaine : en étudiant enfin comment nous savons, on déterminait, en même temps, ce qu'il nous est donné de

(1) On s^it que Hobbes, Gassendi , et Loeke lui-même, parrinrent à la métaphysique par la physique, et transportent plus ou moins à celle-là Fesprit et la méthode de celle-ci. Ceci s'applique encore postérieurement à* Hartiey , Bonnet , etc. .

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savoir et permis de rechercher. Ainsi j le temps et les forces que le génie consumait vainement à pour* suivre des chimères 9 allaient être désormais em* ployés sans déchet , à la découverte de vérités certaines appropriées à sa nature ; et l'on ne devait plus voir des hommes faits pour parcourir dans toute son étendue la carrière des sciences ^ s'amuser à. combattre les ombres qui en défendaient et en ob<«, scurcissaient l'entrée.

Ce. n'est point ici le lieu d'insister sur le nombre,, et l'importance des avantages que l'esprit humain recueillit d'une meilleure direction , imprimée à ,laf métaphysique 9 devenue simplement la science de i^os idéeS; et deTobjet ou des moyens réels de notre connaissance. Il ne serait pas difficile de prouver que c'est par là même j ou par ce retour plus ou moins complet de l'esprit sur ses propres actes ou, procédés y que devait commencer la grande et uni-verselle restauration ; mais ]es résultats subsistent; on en jouit , et l'on oublie les bienfaits; on en méconnaît, quelquefois même on en empoisonne l£^ source!....

La science de Yâme n'étant plus en effet que celle le ses opérations ou de, ses facultés j considérées tclusivement sous le rapport [de leur objet ou, de \r emploi effectifs paraît d'abord s'identifier avec l^o^/^eie , qui embrasse à la fois la formation et la colbinaison des idées, et l'art de bien juger (i). Cet (l^ilosophie de Gassendi.

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art se fonde sur l'emploi régulier et Intime des signes; les signes sont étudiés et connus dans leur liaison la plus intime avec les idées. Déjà on avait compris la nécessité du langage pour exprimer et enregistrer les produits de la pensée : un disciple de Locke démontre que les signes sont de plus nécessaires pour former ces produits^ et surtout pour en disposer. Découverte précieuse et infiniment féconde en résultats théoriques et pratiques : premier titre de gloire pour son auteur, et moyen d'illustration préparé aux philosophes qui , la saisissant dans sa profondeur et son étendue , devaient en faire dans la suite tant et de si belles applications!

Dès-lors la science prend une direction plus fixe, plus assurée, se crée vn emploi plus déterminé dans la pratique, un objet plus clair et plus palpable dans l'expérience; la théorie des idées n'est plus séparée des lois de leur expression; l'artifice secret de la pensée se met, pour ainsi dire, en relief dans les formes sensibles du langage, seul instrument d'analyse , et l'art de penser, de raisonner, s'identifie avec l'art de parler (i).

Mais avant l'art est la nature ; avant le raisonnement, ou le simple jugement même, est la sensatior ou l'impression sensible, que le signe va transformer en idée. Les idées comme leurs signes dérivent aes sens d'une manière médiate ou immédiate; et quelle

(1) Logique de Gondîllac.

1» hA nH£E. li

qne soit Taoception métuphynque iMéàgée à cq terme (/e.^ /en^ )y on ne saurait douter que leurs di£« férences spécifiques ne dépendent de là diversité des instruments et des fonctions organiques qui les constituent ou leur correspondent, h^l^^phjrshn hgiques . de la sensibilité se trouvent donc placées dans Tordre de la connaissance expérimentale avant les lois métaphysiques de la pensée ; et quoiqu'on puisse considérer l'homme comme une intelligence seivie par des organes, toujours faut -il que ces organes fonctionnent d'abord , chacun à sa manière ; autrement l'intelligence n'est plus que 'virtuelle y et l'on a peine à concevoir ce que serait le maitre sans les serviteurs.

Ainsi l'on se trouve conduit par un epiploi con*^ stant et suivi , de la même méthode d'observation, à un nouveau point de vue où la science propre des facultés semblerait venir se résoudre dans la connaissance physiologique la plus étendue, des fonc^ tions et du jeu de divers organes ou de leurs résul^ fats les plus généraux (i); comme la science de V usage eXà^Y objet de ces facultés se réduisait tout \ l'heure à une connaissance plus approfondie de lemploi et des fonctions des signes, considérés dans

() Voyez l'ouvrage des rapports du physique et du moral de r^of^e,par M. Cabanis, qui définît ainsi et considère sous ce poiBtie vue général toutes les facultés humaines. Si nous nous permetens de restreinflre par la suite , dans notre objet, Tapplîcation (es idées de ce célèbre auteur , nous ne cesserons pas de radmhrei, et de reconnaître tout ce que nous lai devons.

la DE LA DiGOMPOSlTION

leurs relations intimes avec les idées et opérations intellectuelles dont ils sont ou partie intégrante, ou moyens nécessaires.

Et ici, il s'agit encore d'une nouvelle espèce particulière de signes y où la pensée (se mettrait hors d elle-même , s'il est permis de parler ainsi , en une autre sorte de relief, pour se surprendre à sa naissance, et se mirer dans le jeu spéculaire des instru-^ ments organiques naturels qui sont censés la produire ; comme elle se saisit plus directement dans ses progrès ultérieurs, sous les formes sensibles des signes artificiels qui la revêtent et donnent une prise à sa propre réflexion.

Ainsi tous les titres réels de la division proposée par Bacon, se trouveraient remplis par hi physiologie d'une part , qui tendrait à dévoiler la source dé nos facultés (puissances ou forces) dans l'en*' semble des conditions ou instruments organiques , au moyen desquels elles naissent, se développent et s'effectuent; et par la grammaire générale et la logitfue d'autre part , . qui nous montreraient ces facultés en action, employées ou appliquées dans l'expérience à leurs véritables objets..

Il n'y aurait donc plus lieu à un genre de reche'ches qui sortirait de cette enceinte de faits. La nétaphysique, considérée comme science propr^* de l'être pensant, de ses facultés, de sa iiaturf, des idées on formes (\a\ lui sont BXXx\hxiés covavaf sujets et n'ont de fondement que dans son sein ; Ii métat

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phj^que j dîs-]e, prise sous l'ane des acceptions quelconques qui ont motivé son titre, drâieurerait sans objet 9 sans valeur réelle, et ce titre lui-même pourrait ne ra(^ler que des chimères.

Si la bonté d'une méthode se prouve par l'étendue et la précision des résultats auxquels elle a conduit^ par le nombre et l'importance des vérités pratiques qui vont se rattacher à son application , sans doute on ne contest^a point les avaiitages propres à celle qui , s'étendant progressivement depuis Bacon sur tous les genres d'études , tend à embrasser, et con* centrer aujourd'hui dans sa sphère , l'ensemble des connaissances humaines, la métaphysique des esprits comme la physique des corps , la science des alh itruits , comme cdle des concrets.

Critiquerait-on en effet, comme insuffisante et défectueuse à certains égards, cette méthode expérimentale, qui^ toujours conséquente à elle-même ^ dut transporter la métaphysique tout entière dans la science positive de nos idées, inséparable des lois de leur expression et de leur combinaison par les signes? Elle montrera ses titres; prendra à témoin tant d'idées vagues et obscures qu'elles a éclairées en les ramenant à leur source ; tant de procédés auparavant mystérieuit de notre intelligence, dont elle a dissipé les nuages par une rigoureuse et exacte analyse ; l'artifice du raisonnement dont elle a trouvé les lois simples et uniformes; les principes du calcul,' dont elle a presque refait la langue et découvert jus-

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qu'aux raciiies la belle langue de irotre chimie moderae ^ où le génie de Lavoisier renccmtra si heopeasement le géme de Condillac (t)

Critiquerait-on encore, connue illusoire et dange*» reuse, Tailiance étroite établie de nos joars entre deux ordres de faits , qtd, séparés par la théorie, tendent k se rapprocher et à s^unir par l'observation appliquée ^multaném^it au même- sujet organisé^ vivant et pensant? L'histoire physiologique des sensations se justifiera d'elle*méme en montrant les résultats de l'analyse qui lui est propre , appliquée surtout à cette classe de £stcultés et.de modifications passives , qui précédèrent pour l'homme la kimiére de conscience^ et se trouvent toujours loin de ses rayons ; à ces déterminations obscures , qui , corn* prises naguère sous le nom vague d'une cause purement occulte , Vinstinctf peuvent se rapporter plus exactement aujourd'hui à leur cause productive g^oiérale, et aux sièges orgaeniques partioiliers qu'elles affectent, (a)

Une science abstraite àes facultés de l'âme , une métaphysique fondée sur im ordre de spéculations hyper-sensibles y pourrait-elle entrevoir seulement de tels résultats ? pourrait-elle surtout se proposer

(1) Voyez la préface des Élémemis de Chimie^ de Lavoisier.

(2) On sait maintenant que Vinstinct se compose de déterminations ou d'impressions qui ont respectivement leur siège dans des organes intérieurs , placés hors de Tinfluence directe du cerveau, premier instrument de la pensée. (Voy. l'Histoire physiologique des Hnsaiions, et le Traité sur la vie et la mort,)

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quelque but comparable en utilité pratique, à celui que nous permet d'espérer , dans l'avenir, une apr plication plus étendue de la physiologie aux scien«> ces idéologiques et morales ? Je veux parier de ce plan g^éral de perfectionnement des fsumltés ku** maines (i)^ par des moyens d'autant plus propres k l'opérer , qu'ik influeraient d'une manière plus directe sur le perfectionnement des organes par qui ces facultés se déploient, et donneraient à celles^» tout l'essor dont elles sont susceptibles, tant dans l'espèce que dans l'individu.

Mais, sans affîsdblir la reconnaissance due à de tels bienfaits, sans méconnaître le rang qu'occupe dans la science de l'esprit humain une philosophie toute fondée sur l'expérience, ni les avantages pro* près aux diverses théories qui s'y rapportent , on pourrait , en rendant hommage aux résultats , chei> <;her encore hors d'eux des principes d'un ordre plus relevé; et mettant en doute si le procès fait de nos jours à la métaphysique est définitivement jugé par le droit ^ balancer encore entre les décisions imposantes qui l'excluent du nombre des sciences, et les titres que des avocats puissants font encore valoir en faveur de sa réalité. On pourrait demander si ces doctrines, posées de piîme^abord dans le champ de 4'expérience , et drconscrites dans l'ordre des faits sensibles, ne laissent pas et ne cachent pas derrière

(1) Ce plan, conçu par un génie aussi bienfaisant qu'éclairé, nous est annoncé par l'ouvrage de l'auteur déjà cité.

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elles un autre monde hyper-sensible^ dont il foudrait^ ou connaître les fondements , s'il existe , ou prouver du moins la non-existence, pour vivre désormais en paix dans celui qui nous est dévolu. On pourrait demander enfin , si la méthode qui a été presque exclusivement appliquée parmi nous à l'analyse des facultés humaines, atteint bien jus*qu'aux confins d'une philosophie vraiment première ; si cette analyse même est parvenue jusqu'aux derniers anneaux de la chaîne où Ton puisse arriver en décomposant, et d'où l'on puisse partir pour recomposer l'entendement humain.

La question proposée tend à résoudre ces doutes : prise dans toute la profondeur du sujet, puisqu'elle tend à découvrir jusqu'aux rudiments ou premiers éléments de notre intelligence : elle provoque de plus une appréciation exacte de divers systèmes , et laisse la plus grande latitude à l'examen impartial de toutes les méthodes connues , puisqu'elle s'informe de. celle qui est la plus propre à constater les éléments dont il s'agit: C'est d'une telle question que pourrait ressortir le jugement définitif du procès pendant de la métaphysique : sa solution complète nous apprendrait si le système de notions compris sous ce terme n'est que pure chimère, ou constitue une science réelle , distincte de celle qui à été déagnée parmi nous sous le nom d^ idéologie :. si même, en se bornant à ce dernier titre très-général, il ne serait pas nécessaire d'établir au moins quelque dis-

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tinction entre une idéologie que l'on pourrait nom^ mer subjective , qui , se renfermant dans la conscience à\i sillet pensant j s'attacherait à pénétrer les rapports intimes qu'il soutient avec lui-même dans l'exercice libre de ses actes intellectuels; et une idéologie o^^cfoVe, fondée principalement sur les rapports qui lient l'être sensible aux choses extérieures, à l'égard desquelles il se trouve constitué en dépendance essentielle 9 quant aux impressions affectives qu'il en reçoit ou aux images qu'il s'en forme.

Mais avant d'entreprendre la solution directe du problème, il faudrait d'abord en discuter les termes , en rechercher les données. Et dans ce but, examiner préliminairement de quelle espèce précise sont les idées que nous exprimons par les ternies facultés ou puissances de sentir ^ de vouloir ^ de percevoir..,, dépenser ? Il s'agirait de savoir si chacun de ces termes correspond à une idée précise indwiduelle, ou à une idée générale y abstraiteyCowr plexe : si c'est un nom toujours singulier par la nature même de la chose ou de l'acte simple qu'il signifie, ou bien un nom commun y applicable à une classe entière de faits intérieurs , de modifications spécifiquement différentes ; tels que ceux qui se trouvent placés à la tête de chaque branche de nos connaissances physiques : termes généraux , qui tantôt résument dans leur compréhension ou leur ^tension, toutes les circonstances semblables des phénomènes particuliers soumis à l'observation di-

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recte ; tantôt expriment les causes ou la cause unique et inconnue de ces efifets analogues.

Dans [le premier cas , celui de l'individualité ou singularité de l'idée qu'exprime le terme propre, attaché à chacune de nos facultés intellectuelles, on ne pourrait pas évidemment mettre en problème la décomposition de ce terme ou de la chose qu'il signifie : il s'agirait seulement de distinguer, à ctt^ tains caractères pris dans la réflexion, ses idées simples primitives ; d'en assigner la nature et le nombre; de reconnaître leur source et les conditions qui les font naître; d'en étudier la liaison ou l'enchaîne*' ment avec des idées ou des faits d'un autre ordre ; et cela par une méthode différente de l'analyse de décompositton , appliquée aux objets de notre connaissance extérieure , ou aux images composées qui BOUS les représentent.

Quant au dernier cas , celui de la g^éralisation des idées, et de l'analyse /o^i^e^e des termes attachés à vâ\e& facultés nomin^iles, comme il s'agirait uniquement, soit d'une certaine méthode de classification, transportée de l'ordre des phénomènes multiples analogues, qui se représentent hors de nous, aux Ésdts intérieurs ou aux idées simples qui s'y réfléchissent , soit de l'évaluation de certains signes abstraits complexes, dont des conventions ou hypothèses particulières auraient déterminé le titre ; il me parait qu'il serait très-difficile d'assigner une direction fixe et uniforme à cette sorte d'analyse;

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de dire quelles sont les bornes précises où la décomposition doit s'arrêter ; comme de prouver la réalité absolue des éléments hypothétiques, découverte par une telle méthode : puisque ce serait, d'une part, prétendre renfermer la nature sensible dans les limites de nos conceptions ou de nos moyens imparfaits de connaissance objective ; et d'autre part, vouloir imprimer un sceau invariable, ou doimer force de loi à tel ordre de conventions qui ne peuvent rigoureusement lier que l'esprit conséquent où elles ont pris naissance.

Puis donc qu'avant de chercher comment on doit décomposer un sujet proposé, il faut bi^oi se fixer d'abord sur la nature ou l'espèce de ce sujet, pour savoir du moins s'il offre matière à décomposition ; dans quel sens et 'sous quel point de vue il peut se prêter à l'analyse ; notre premier soin devra être de déterminer, avec toute l'exactitude possible, la valeur de ces termes facultés^ puissances ou forces productives : termes eihployés si fréquemment et presque toujours d'une manière si vague dans les diverses branches de la philosophie, soit qu'ils s'appliquent aux phénomènes du monde extérieur, soit qu'ils se restreignent aux faits de l'inteUig^ee o^ aux actes de la volonté. Il serait bien important sans doute d'en fixer la véritable valeur; cela ne pourrait fie faire, je crois, sans chercher le fondement qu'a dans notre nature intime, l'idée ou le principe ipéme de causalitéy dont les termes précités sont autant

aO DE lA DiÉCOMPOSITIOir

d'expressions différentes dans la/ormej univoques ^UT le fonds (i).

En appréciant bien l'acception particulière que ces termes expressifs, de causes ou de facultés dérivées , ont dû acquérir dans la physique réformée sur le plan de Bacon, nous serions mieux en état de voir jusqu'à quel point d'exactitude cette valeur empruntée a pu passer ultérieurement, et par un progrès inverse , de la physique dans la métaphysique, qui s'est trouvée dès lors identifiée avec la science des signes de nos idées ou des modes passifs de notre sensibilité, liés par un rapport de dépendance ( et suivant un emploi nécessaire du même principe de causalité), au jeu ou aux fonctions de certains instruments organiques qui sont censés les produire.

Nous serions conduits à juger ainsi, si la méthode analogique d'observation et de classification de phénomènes extérieurs, appliquée à un système de notions ou d'idées purement réflectives , ne laisse rien à désirer, ou n'entraîne aucun abus ; si elle remplit

(1) LMmportance première que je donnais aux recherches sur le prindpe de causalité, m'a depuis été confirmée encore plus clairement par la lecture d'un excellent Mémoire de M. Ancillon » où cet auteur reconnaît le même principe pour être le père de ht métaphysique y en s'attachant à démontrer contre Kant « qu'il est « quelque chose ^e plus qu'une forme , une simple catégorie ou « une manière dont l'âme voit les choses sans conséquence pour « leur réalité. » (Voyez les Mémoires de Berlin pour Vannée 1800.)

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bien la condition essentielle à toute méthode , qui est d'employer les signes suivant la valeur précise ( et toute rétendue de la valeur ) qu'ont nécessairement dans l'esprit les idées qui leur correspondent , sans dénaturer ces idées primitives, sans changer Tordre de leur génération , ni confondre les sources d'où elles peuvent dériver. C'est par de tels préliminaires que nous parviendrions à fixer le sens de la question proposée, à en déterminer l'objet, à circonscrire les limites où il faut la renfermer, et à trouver enfin la méthode d'analyse la mieux appropriée à sa solution complète , si celles qui ont été tentées jusqu'à présent se trouvaient insuffisantes.

Tel est l'objet de cette première partie ; j'y cherche les fondements de la valeur* donnée aux termes causes^ forces on facultés ^ à partir des théories physiques jusqu'aux systèmes dé métaphysique les plus abstraits. Je trouve dans cette diversité d'acception la clef des diverses méthodes employées à l'analyse des facultés humaines ; et je tâche de me former un point de vue qui puisse concilier, d'une part , ce que chacune de ces diverses doctrines peut renfermer d'exact, et suppléer, d'autre part, à ce qui me paraît leur manquer.

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