‹ Œuvres philosophiques de VaniniChapitre 32 sur 32 · DES SORCELLERIES · texte numérisé non relu

DES SORCELLERIES

ALEXANDRE

Que trouverez-vous de aeuveau à objeeter centre les magidonnes de Tbessalie? U est ceruin qu'elles ont exercé des enchantements sur plusieurs personnes, et des faits jooraalierf prosvent encore qu'il y a des sorciers dans le Bénévent

JULES CÉSAR

J'en conviendrai pour vous faire plaisir.

ALEXANDRE

£s(-ce par des vers magiques qu'ils pMCèdent?

lui oiinnuM PBiUMotfiiauBs m vijuvu

JULES CÊSAB.

JDo tout, car je vous ai déjà dit que les moU n*mit xl'autMi^ Terius que de frapper i*quïe.

£st-ce avec des caractères magiques ?

JULES GÉSAB.

Autre opinion qui ne peut que nous faire rire aux édaU. Les caractères sont dans la catégorie de la quantité, ils ne peuvent donc rien par eux^-mêmes.

ALEXANDRE

Que me dites-vous là? j'ai vu moi-^méme le coatcaire.

JULES CÉSAR

Je ne nie pas les &its, mais je les attriime à des causes na^ torelles.

ALEXANDRE

Quelles sont ces causes?

JULES CÉSAR

Ces harpies exiiaieiit une haleine peraîcîense.

Qui peut vous le faire croire ?

JUl£S CÉSAR.

En Kéaéral dies sont vieilles, ce qui est d^à oae laisoa ; elles sont pauvres et se nourrissent de chttaigRes et de kipîAii qui ont la propriété de donner une haleine forte; d'ailleurs la superstition les porte à jeûner, et le Philosophe nous dit que l'haleine d'une perso&ne à jeun est fort mauvaise; d'ailleurs chacun peut s'en convaincre par soi-même. £n outre, ces vieilles ridées fréquentent ks cioietières et les lieux funèbres, dks naaient les cadavres, et si n'est pas ^^ORBaiil qne TaïkMr infecte qu'elles lespireat corrompe leur souffle. €e a'est pas toui: ettMhaiNl«tttdepedlfiscabaoesdaas4ks.vallte geuses, ê'urèbait la unit sous des noyers, doftt le ' leur devient dangereux, l'épaisseur du feuillage empêchant les vapeurs de s'élever, surtottC pendant la nuit, à icause 4e la fraîcheur de l'air. Or, c'est après amr mangé, lorsque les esprits sont occapésRii iotveil de la ài^uâioQ^ qu'eîesae nswm-

blent là en grand nombre comme potrr célébrer les bacchanries 5 atens le» pores s'ouvrent et reçoivent les vapenrs empoisonnées des noyers» qui engendrent la putréfaction et de fréquentes maladies. Les ignorants disent que c*est pour elles nne punition de leurs fautes, tandis qu'ils voient tous les jours des adultes et des homicides en fort bonne santé.

ALEXANDRE

Soil; mais ensuite!

IULES CÉSAR

Par leur haleine fétide elles empoisonnent tacitement les enfoots délicats, sur lesquels principalement elles exercent leur influence, non par la volonté du démon, car il n'a aucun pouvoir sur cent qui ne font pas le mal, comme les enfants; mais parce que des vapeurs empoisonnées s'introduisent facilement dans des chairs molles et humides, et par là tuent les petits enfants. On voit de même qu'une vapeur pure dissipe souvent une maladie, comme Démocrite le cite de lui-même, et Galien de plusieurs autres. Démocrite vécut pendant trois jours d'une odeur de pain frais et chaud, d'autres disent que c'est de l'odeur du miel. Je ne dirai rien des vêtements d'Alexandre, qui, an rapport de Plutarque dans la vie de ce prince, étaient tellement imprégnés non-seulement de l'odeur extérieure, mais encore des effluves naturelles de sa personne, que ceux qui se tenaient près de lui en éprouvaient une impression agréable. Nous pouvons donc inférer de ce qui précède, et la peste en est tÊUtnè preuve, que te corps est exptisé à l'action morbide des odeurs; cela étant, l'haleine empestée de ces vieilles peut bien vicier les poumons des enfants et réduire ceux-ci à un état de

ALEXANDRE

CoMmem les poëtes ont-ils pu dire que les moissons étaient exposées à être frappées d*un charme?

JULES CÉSAR

Us unt toujours eu le pouvoir- de beaucoup oser; on peut cependant étayter cette faHe d'une apparence de raison. Une noix museaie portée par un jeune homme d^une halehie pure, non-

M6 OBUVAES FillLOSOPHlOOGS BB VANINI.

çeulemeat conserve son odeur, mais elle gonfle et devient fUnÈ odorante. La meilleure est la plus lourde, et en la pressant ou en la })iquant on en fait sortir un suc gras dont elle est imprégnée et qui répand une odenr suave'; la chaleur de rhonnne conserve cette propriété, et, ce qui est étonnant, elle rend h noix plus agréable à Todorat et à la vue, la' gonfle d'un suc plus oléagineux, surtout si elle est portée par un jeune homme adulte. Cela étant, pourquoi certaines graines ne seraient-elles pas corrompues par le souffle impur d'une vieille? Ainsi corrompues, eues propagent la contagion, comme il arrive pour le» poires^ les pommes et les cerises pourries, dont le contact cor'» rompt les autres : d'après cela , les moissons gâtées peuvent paraître frappées d'un sort.

Bien ; mais ii y a des magiciens qui sont jeunes , qui ne sont exposés à aucune maladie , et qu'on r^arde conmie des enchanteurs.

JULES CÉSAR

On peut le croire par complaisance ; mais que cela se fasse par l'entremise des démons , je n'en crois rien , moi qui ne crois aux démons que par religion : je préfère attribuer ces effets à des causes naturelles.

ALEXANDRE

Je crois que vous ne pourriez jamais prouver cela.

JULES CÉSAR

Jugez-en. J'ai prouvé clairement que toutes nos facuhés inférieures étaient soumises à l'imagination.

ALEXANDRE

Je m'en souviens , et vous avez cité de nombreux faits qui le prouvent : à peine désirons-nous un mets, disiez-vons, qu'aussitôt les esprits s'apprêtent à obéir, et qu'ils donnent à la salive la saveur de l'aliment désiré. Sommes-nous saisis de crainte, aussitôt les esprits sont évoqués par l'imagination, et, négligeant toute partie externe , ils se placent pour défendre le cœur comme une citadelle où le sang afflue, et aussitôt la peau se couvre de pâleur. Dans la colère et la vengeance » les

OBOYRU PBlUMOPBH)in» AB VàNIKI. 809

cqHriU nouB portent aussitôt secours» et pour phis de célérité , Us se diTiseut en trois ordres : les uns se portent aux mains, où leur rencontre avec le sang fait gonfler les veines; les autres à la langue 9 ce qui fait que la colère i»*oduit des blasphèmes et une salive empestée; les derniers se placent dans les yeux Gomine des flèches sur l'arc, ce qui fait qu'un homme en co* 1ère a les yeux brillants.

Je suis charmé» mon cher Alexandre, de voir que vous vous souvenez de ce que je vous ai dit ; mais vous n'avez sans donte pas oublié non plus la puissance de l'imagination par rapport à l'objet, quand il est placé convenablement, comme dans le cas d'une femme enceinte, qui imprime à son fruit l'image de l'objet qu'efle a désiré.

ALEXANDRE

Je m'en souviens; mais qu'inférez-vous de tout cela?

JULES CÉSAR

Lorsqu'une magicienne est animée contre quelqu'un de haine, de colère, et qu'elle veut lui nuire , cette triste image d'un mal à faire qui a son siège dans Tlmaginatton , met les esprits en mouvement et leur donne une couleur sombre, car le sang devient livide. Donc lorsque l'imagination commande aux esprits un mal à faire, aussitôt ils cherchent dans le corps quelle est la matière nuisible , et s'en font comme une armure pour combattre; aussi, à peine sommes-nous irrités qu'aussitôt nous sentons dans la bouche une salive amère; bientôt les esprits se portent à la langue , et leur afiluence nous fait balbutier; puis aux yeux, qui s'enflamment et semblent lancer des flèches; enfin les mains se gonflent comme un basilic chargé d'un venin mortel, chaque fois qu'il s'apprête à le lança* dans les aîr& Ainsi une magicienne frappe qui elle veut, le fascine, ea lançant par ses yeux des esprits sombres et funestes, surtout les petits enfants, dont la chair délicate ne résiste pas aux eq>rits plus forts de la vieille; c'est pourquoi le poète a dit : I Je ne sais quel regard a fasciné mes tendres agneaux. » Les tspnta des enfants ne sont pas protégés par une âme forte

lio onnraBs piuLoiavaioaBi hw- viwia.

contre cette lascioation dont j*ai parlé. Si )ea en^rits 4'i«ie magideane sont rencontrés par d'autres, ils se livrenti un <;oiiibat; les plus faibles tombent et sont rendus moins nuiaiUfft»

ALEXANDRE

Pourquoi^ .dans TApulie, attache*4ron du corail am mtals comme un préservatif contre les charmes?

JULES CÉSAR

Le corail n'est peut-être pas en lui-même un préservatif, mais un moyen de connaître quand un enfant est fai^ioé. in effet, si le charme provient de vapeurs fétides ou d'esprits lancés par la vieille sur un enfant, le corail que porte celui-ci reçoit aussi leur attouchement, car il est d'une nature froide et humide, les vapeurs épaisses et chargées le ternissent; c'est pour cette raison qu'un corail appliqué sur une personne qui a la fièvre se ternit aussitôt; donc puisque le charme tombe sur le corail comme sur une pierre de touche, lamagicieniMsegarde bien de fasciner un enfant qui porte un corail, parce que celui-ci, en chaqgeaott dénonce le charme, et en mime temp» loa tuteur ; en effet les domestiques peuvent avoir remarqué qui était présent lorsque arriva un changement si subit. /

ALEXANDRE

Gomment Eutalidas a-t-il pu se fesdner Ininmëme «a s'admirant dans une eau limpide?

JULES CÉSAR

Sans doute qu'épris de sa propre beauté, et désespéré 4e ne pouvoir satisfaire sa passion , il devint malade ; les esprits se .troublèrent, et poussés vers l'image qui était dans l'eau, jls étaient refoulés ensuite vers Eutalidas.

ALEXANDRE

Je n'ai plus qu'une observation à faire : s'il n*y apas d« dfr* mons, comment les mi^iens de Pharaon firent-ils tant de prodiges?

JULES CÉSAR

Les philosophes qui nient les démons se moquent des annales des Hébreux ; cependant Cardan répond que o^s imposteurs, k force de souhaiter des grenouiUeSt M firent venir

oBtnrKss FBiuMopBiCfCBS HZ tiimn. 911

le goût h leur palais, et que la galîre qu'ils crachaient ensuite produisit de ces animaux. Car, dit-il, si nous torons que d'une goutte d*eau en été il naisse une grenouille, pourquoi b salive n'en 'produirait-eile pas, lorsqu'elle est aidée par la fvissance de l'âme? Mais restons-en là pour aujourd'hui^ car k sommeil me ferme les yeux.

ALEXANDRE

Je ne vous laisserai pas aller que vous ne m'ayez dit sur les longes quelque chose qui «oit digne de vous.

DES SONGïfS.

JULES GÊSAR.

leêfàB prêt li dormir de fatigue*

ALEXANDRE

V<mdftes-voa» «lier vous coucher sans avoir maagM

> JULES GÊSAB«

Oui.

ALEXANDRE

YHm ne pourriez pas dormir.

JULES GÊSAR.

Au contraire, car le cerveau fatigué par un long exercice ne '•e maintient plus ; or, une fois ce premier instrument d'ac- 'tlM'aflaoopi, ainsi que les sens, qui sont comme ses sateUites, le flommoil est inévitable ; d'ailleurs les sens ne pourraient pas suffire à un travail continuel, aussi ont-ils besoin d'un temps de repos. Mais quelle raison vous porte à croire ce que nous vefiootdedire?

Parce que quand on ne prend aucune nourriture, la tâte n'est pas occupée par cette vapeur qui produit le sommeil.

JULES GÉSAR.

S^H me prenait fantaisie de vous nier celaT Avec beaucoup d« vapeur Aana la tête on peut très^hien fort mal dormir.

Ht «DflUS FBlUMMfMaQIIM Dl

AI.BXANDBE.

C'est peut^tre à cause de la sécheresse du œnreau.

JULES GÊâAB.

Les chats ont le cenreau trèsrsec, dit Scalîger, et peu d'animaux donnent phis longtemps et plus souvent Quoi de plus sec, dit le môme, que les serpents et les lézards? un somoieîl de quatre mois leur suffit à peine.

ALEXANDRE

Ce qui empêche le cerf de beaucoup dormir, n*esl«€e pas que les pores étant fort étroits, ne laissent pas monter les Tapeurs?

JULES CÉSAR

Si cela était, ils n'auraient pas de cornes.

ALEXANDRE

Je dirai donc, d'après vos propres paroles, que le cerf dort peu, parce que les vapeurs, au lieu de mimter dans le cerveau, montent plus haut et forment les bois de Fanimal; en sorte que son cerveau est comme un endroit de passage, d*où les marchandises sont transportées ailleurs, et non comme an magasin où elles doivent rester.

C'est très-juste, mais que concluez-vous de là ?

ALEXANDRE

Que vous aurez des songes où se montreront de nombreux fantômes, ce qui ne m'arrive jamais ches un excdlent jeune homme de mes amis, Louis Brulard, qui me fait toujours bien souper ; car le cerveau étant chargé de vapeurs, les esprits se tiennent en repos.

JULES CÉSAR

Je soutiens que les esprits ne sont jamais en repos; en eflsl, les eq)rits vitaux ne sont pas inactifs puisque nous vivons; ni les esprits animaux, puisque c'est d'eux que nous viennent les songes; ce ne sont pas non plus les esprits nature, puisque nous ne sommes pas moins soutenus. Personne n'ignwe que pendant le sommeil le sang se forme et subit un changement; de là vient que le sommeil engraisse les ours et les loics. Or,

tous ce» ùiiB ne peuvent pas avoir lieu sans un mouvement interne. Les esprits de celui qui dort ne sont donc pas inactUs, rime les emploie au travail de la digestion ; c'est pourquoi itors la tête se penche, les paupières se ferment, les' esprits ■*éunt pas là pour les soutenir. Aussi, un homme qui a bien mUÊgi ne tait pas de rêves, surtout au commencement, parce qu'il y a, en outre, lés vapeurs chargées et épaisses qui mon* tent à la tête et ne peuvent pas montrer à l'esprit les images é» €bo9e$f ni érefUer celles qui s'y trouvent.

ALEXAirimE.

Mais où croyez-vous que résident ces images ?

lUtES CÊSAB.

Qudques-uns disent que c'est dans les sens, mais je n'en crois rien, car nous voyons souvent en songe ce que nous n'av«lf Jamais ni vu ni entendu, Galien dit que c'est dans les «prkf, mais c'est une grande erreur, car comment peut^il se fdre que les esprits nouvellement produits en nous, et que eenx qui meurent, représentent dans nos songes les images des Aoiei que nous avons vues depuis longtemps? Ces images sont représentées dans les esprits, mais elles n'y demeurent pu. Aristote pensait que ces idées des choses étalent conservées im» l'âme.

ALEXANDBE.

M cela était vrai, nous n'oublierions jamais rien, car l'âme qnl comierverait ces formes n'est sujette à aucune corruption; «ependant une lésion à la partie postérieure du cerveau nous bk ovMier bies des choses.

JULES GÊSAB.

Aristote vous répondra que c'est l'âme qui manque des iMtruments OH'poreis nécessaires pour t^ opérations; l'orfane .une fois lésé, eUe ne peut représenter les formes, et de Il B^ l'oubU.

ALEXANDRE

Mais pourquoi oublions-nous souvent, sans aucune lésion m cerveau, tandis que la mémoire ne revient qu'après avofasabi OM opération à la parUe postérieure?

tl4 OltUyRM PI1II.080PRIQUBS PB YANIltl.

JULES CÉSAR

. Cm peut-être quo les esprits appelés par Yim. à d*au(r68 occupations sont excités par cette commotion» et convoquent pour ainsi dire les images ; celles-ci accourent en foule, et dans le nombre il en est qui par leur ressemblance avec quelque ot:||et peuvent en rappeler le souvenir : il arrive de là, que par yn mouvement trop rapide des esprits, Timage d*un objet quQ nous croyons avoir déjà vu vient à passer subitement, et que nous nous frappons le front de la main, comme pour retenir ridée qui passe.

Comment nous vient le souvenir du passé?

JULRS CÉSAR,

Quand l'ioiage qui m tromre dans rtme se préMUtQ k riOMr gliiatkiii« il arrive que par la multitude et la c^ité 4t» m^ prita, iKKis retaaons et noua oublions facilement; aussi U eal reçu dans lea éodea que eaux qui apfwenneiit vile, oublieai fhe I c*est ea qu'on voit surtout cba&lea enfants, à cauae4AJa ckateor et de Tabondance des esprits. Les vieiUarda euUieitt par la raison contraire, le froid rendant Tactioa des espdia beaucoup plus lente. Je serais donc porté è croire qvo Tant est une forme qui reçoit à l'infini des idées qui n'existent en acte que lorsque la lumière brille dans les esprits; cbez moi je les trouve asaei prompts à susciter un souvenir, mais lia sont plus lents chex Tarsius, dont la mémoire est moins active.

TARSIU8.

Parce qu'il m'arrive de ne pas toiyours croire aux promesses, vous m'accusez de manquer de mémoire.

ALEXANDRE

Fort bien ; mais d*où viennent toutes ces diverses images qui se présentent à notre esprit pendant le sommeil?

JULES CÉSAR

De la variété dans la nourriture.

ALEXANDRE

Que dites-vous?

MUTIUU PHILOSOPHIQUES DE TANIIfl. M

JULES CÊSAft.

' Ecoutez : Tâme conserve les images deê choses, et par tin têgcr mouvement les esprits poussent ces Images vers Timaglnation, ou lorsqu'elles s'y trouvent, ils les excitent et les wi- Veloppcnt. De là vient la variété et Tlmperfection des fiintOmes dans les songes, car les esprits étant produits par les aliments, sont variés comme eux. Ceux qui mangent des fèves, des feséoles, des lentilles, des ciboules, des aulx, ont des apparl** (Ions tumultueuses et en grand nombre. Elles sont tumultueuses, car par leur nature ces légumes secs engendrent une bile épaisse, et par suite, dans les songes,'des spectres effrayants, des images de sépulcres, des fantômes de démons; ces appari* tions sont en grand nombre, parce que la bile excite les vapeurs, suivant la remarque du Philosophe. Ces légumes se gonflent par la vapeur, et quand celle-ci est animée ^e de? tent thi esprit vital ; de U cette fable apportée à Naples pcr les for*dèfes de Bénévent, que ces apparitions sont apportées sous tm itoyer célèbre par des démons qui s'élancent des montagnes an Mffien des flammes et en proférant d'horribles biasphèinês; mais c'est dans les songes que se forment et se montrant toos ees fantAmes.

ALEXANDRE

Comment se fait^il que quelques personnes préroient l'avenir en songe, car j'en suis certain. Je l'ai vu.

JCLES CÉSAR.

Averroës attribuait ces songes aux Intelligences.

ALEXANDRE

Cette réponse est loin de me satisfaire, car aucun raisonnement ne me persuade qu'il y a des Intelligences. D'ailleurs Averroêi prétend que les IntdHgences ne connaissent pas ce qui est particufier ; elles ne peuvent donc pas nous montrer en songe ce qu'elles-mêmes ne connaissent pas. Une Intelligence nous ferait prévoir l'avenir ; mais combien y a-C-il d'hommes qui croient aux songes, qui les comprennent, qui s'en souviennent 7 combien n'y en a-t-il pas au contraire qui méprisent ce moyen comme une superstition digne d'une Ame faible

316 ŒUVRES PIIIL0S0PUIQUB8 DE VANINI.

et stupide? Pourqaoi donc, quand une Intelligence instruit ces hommes par des songes, pourquoi ne dalgnenl-ils pas nonseulement y prendre garde, mais en conserver môme quelque souvenir 7 Si cette Intelligence ignore cela, elle doit également ignorer les événements futurs, puisque les songes ne produisent aucun résultat; si au contraire elle connaît les dispositions d*esprit de chacun et s*ii est vrai qu'une Intelligence ne fasse rien en vain, pourquoi nous envoie-t-elle des songes auxquels elle sait que nous n'ajouterons pas foi? Si enfin c*cst pour nous faire prévoir Tavenir qu'elle nous procure ces songes, pourquoi ne pas nous avertir pendant la veille? Nous avons plus de confiance en ce que nous voyons le jour qu'en ce qui nous apparaît pendant le sommeil. J'ajouterai que Tlntelligence nous dirait distinctement et positivement de faire ou de ne pas faire telle ou telle chose, tandis que les songes ne montrent l'avenir qu'au milieu d'une foule de détours et d'ambiguités qui nous rendent nécessaire l'intervention de ceux qui interprètent les songes, et qui, moyennant salaire, nous lèvent les doutes et les difficultés, et nous apprennent qu'un fleuve annonce un jugement, un troupeau, etc. Je crois donc qu'il serait plus exact de dire que notre âme prévoit l'avenir par conjecture, dans le sommeil comme dans la veille, et d'autant plus facilement que, selon Aristote, l'âme est plus prudente quand elle est calme; délivrée alors, non pas du corps, mais des soins corporels, elle se porte vers son but, qui est la connaissance des choses*

JULES CÉSAR

J'ai déjà prouvé que jamais l'âme n'est entièrement inactive, car même pendant le sommeil elle nourrit le corps et le fortifie; si donc cette âme est divine et maîtresse d'elle-même pendant la nuit, elle se livre toujours à des pensées divines ou humaines, même au milieu des mensonges, des délices et des fables chimériques qu'elle voit en songe.

ALEXANDRE

Vous ne pouvez pas nier que parfois les songes ne nous donnent une véritable intelligence de l'avenir.

OBUVaU PUlLOtÛPUlQUES DE \AM2iU 3|7

JUtES CÉSAB.

Au milieu d'un million de mensonges, qu'est-ce que la Cad* Me image d'une petite vérité, qui ne se montre même qu'entourée de nuages trompeurs ? D'après les règles de l'astronomie, les songes auraient dû être pour moi très-véridiques, car la Lune, qui préside à la nuit, et que Piolémée regarde comme la jK)urce de la divination, la Lune est le signe qui dominait à ma naissance , et cependant c'est à peine si les songes m'ont cinq ibis annoncé l'avenir Bans me tromper ; et encore ces songes avaient-ils un rapport étroit avec mes pensées de la journée. C*est pourquoi je pense que les songes ont pour cause matérielle la connaissance antérieure de ce que nous avons vu » connaissance souvent imparfaite et obscurcie, jointe à la va* riété des aliments et des affections; et pour cause efficiente, le mouvement des esprits. Aussi Cardan avoue qu'O aurait volontiers reconnu que nos âmes viennent du séjour céleste, si on lui avait prouvé que les enfants ont dû songer dès les premiers jours de leur naissance : « Car, dit-il, tout rêve est une n réminiscence, mais les enfants nouvellement nés ne peuvent » avoir un souvenir qui supposerait une connaissance qu'ils » n'ont pas, donc ils ne peuvent avoir aucun songe; que si » Ton soutenait le contraire , ce qu'on prouverait cependant » difficilement , il faudrait avouer que cette connaissance est » d'origine céleste. » Je ne dis point cela pour prouver que l'âme est mortelle^ mais pour montrer que les songes ne sont pas une preuve du contraire. Je ne pense pas non plus mériter le Uâme de nos théologiens, qui, sous l'inspiration de principes célestes plus élevés, rapportant les songes divins des prophètes hébreux, d'après le témoignage de TEcriture, et nous défendant d'ajouter foi aux songes, s'en servent cependant conune d'un moyen de preuve en faveur de l'immortalité de l'âme.

ALEXANDRE

Dites-moi, je vous prie, mon cher Jules, quelle est rotre (çinion sur l'immortalité de l'âme.

JULES CÉSAR

Permettez-moi de n*en rien faire.

il»

318 OBUVUBS PUILOSOFUIQUIS DE YANlIfU

Pourquoi donc 7

JULES CÉSAR

J*ai promis à Dieu de ne m'occuper de cette question que lorsque je serais vieux, riciie et Allemand.

ALEXANDRE

Que dans Tintérêt des lettres , les dieux tous accordent les années de Nestor, vous qui , à peine âgé de trente ans, avcî déjà mis au jour tant de monuments si remarquables par le savoir.

JULES CÉSAR

Quem*en revient-il?

ALEXANDRE

Us vous ont mérité une grande célébrité.

JULES CÉSAR

Bien des philosophes donneraient tous ces petits bruits de la renommée pour un sourire de celle qu*on aime.

ALEXANDRE

Mais un autre peut partager ce bonheur avec tous.

JULES CÉSAR

Quel tort cela me fait-il?

ALEXANDRE

Vous êtes seul à jouir des Jugements flatteurs que les savants portent sur votre érudition.

JULES CÉSAR

Oui, il y a il Rome un théologien qui porte mes nom i prénom et surnom; eh bien, lui qui passe sa vie dans Toisiveté» recadUe autant de gloire que moi, qui me tue k force de travailler.

ALEXANDRE

Vous devriez, suivant la coutume espagnole, ajouter au titre de vos livres le nom de Tillustre famille do votre mèrei Lofex d$ Noguera.

JULES CÉSAR

Que m'importent les noms t

Bonne renommée vaut iwkux nue eeinîure Aorée ',

OemiiMteE aoi aM»m«rçint« c« qn^iU en pemeni ; rappeb^ fomimAlH vern du Taise, ce phénix de notre riède.

Uêifoià i

N4MM^ M«ll», ftOj^cUo U^jU ft«»9

Ck' «4 «fui vMi9 «IdiUfM, ^ »^M^ *,

Ceit nne grande véiM

Je Tom objecterai dcéroo ; si roni méprhm h 0oire^ pourquoi rotre nom e^ ^nr le« lure» qoe fom Pin pnMiéif

Cm par obéfawance ao «aiot cooeOe de Trente.

fom arez éprotiré de graoda Jooi«iancai dana rémde dea aecreta de la nature^

Cette étude m*â époM; toute l'ardeur bnmaioe ne peut paa nou« donner une amn^bmncti parlaite dea einm». Quand Je foi» qu'Ariitote^ ce dieu de« pliîlo«o(i(ie#, ii^'eit trompé tant de fob ; que la acienee de la médecine %i réelle^ comparée aui aU'» trea^ eat encore pleine dincertitude et d'erreur^ je auia prêt k

fMM» 4MUa m^Ht,

4lc«U« f»»»«wwét 4 Mk «'««I <|u'ttft 4dM), M «^fif W •««ft ^'ium ooiWf^

320 OEUVABS PUlLOSOPUiQUES DE \ktiViU

me ranger à Tavis d* Agrippa daus le livre qu*il a écrit sur la vanité des sciences.

ALEXANDRE

Vous avez déjà recueilli la récompense de vos travaux , votre nom sera éternel ; quoi de plus doux de pouvoir dire à la fin de votre carrière : Mon nom restera sans moi sur la terre I

JULES CÉSAR

Si mon âme 8*évanouit avec le corps , comme le pensent les athées, quelles délices peut lui procurer, après la mort, une grande renommée? Peut-être mon cadavre sera-t-il déposé dans la tombe avec quelques mots flatteurs de gloire. Si au contraire, comme je le crois et Tespère volontiers, mon âme, au lieu dépérir, doit s*envoler dans les deux, elle jouira là de tant de bonheur et de voluptés , qu'elle regardera comme moins qu'un cheveu toute la pompe et la gloire du monde. Si elle tombe daus le purgatoire , ce verset qui fait plaisir aux femmelettes : Dies irœ^ diei illa^ lui sera infiniment plus agréable que toutes les fleurs d'une éloquence cîcéronienne , et que les raisonnements les plus subtils du grand Aristote. Mais (ce qu'à Dieu ne plaise ! ) si elle entre dans Téternelle prison du Tartare, quelle douceur, quel salut peut-elle espérer 7

ALEXANDRE

Plût à Dieu que j'eusse suivi ces principes dès mon enfance I

JULES CÉSAR

Oubliez les maux passés, ne vous inquiétez pas de ceux qui peuvent arriver, et surtout débarrassez-vous des maux présents.

ALEXANDRE

Aht

Vous soupirez.

ALEXANDRE

C'est que je me rappelle ces vers : « Le temps qu'on ne donne pas à l'amour est un temps perdu. »

JULES CÉSAR

Nous sommes arrivés jusqu'à la nuit on prolongeant cet en*

tmaynu fmiOMPmQvvs un iAKinu 321

tretien , dont je sodmets tootai le« paroles au Jugement de la «aiote Église catholique, k qui TKsprit saint a donné pour interprète notre saint père Paul V, de Tillustre maison de fior* ghèse ; s'il s'y trouve quelque chose d'inconyenant, ce que J'ai pein« k croire^ que cela soit considéré comme non avenu. Mais rqxMions un peu nos ei^its , et livrons-nous k la gaieté. Holkt Mbott apporte ici la table de Jeu; quemurmurei^olk?

Je cbantaif ces vers d'Ovide i

Pârvt ««dUterAU iiMtrtii^ UbeiUUpUiM ALEXANDRE.

O le beau Jour t Hieureux Jour !

TARftIUS.

Apfrfaodissons.

AteXANDaE.

Ap^audissez.

' VQ^USmokVon iicpoM #•• {ctont (rois ftr (roi«, et ad ts «neek eon» iifte à (9t»ioitr« pmuê^ Im fti«o« «a âf aol.

PV

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