DE LA GUÉRISON DE CERTAINES MALADIES
regardée comme miraculeuse par les païens.
ALEXANDRE
On lit ce qui suit dans la vie de l'empereur Vespasien par Suétone, au chapitre des miracles opérés par ce prince. « Deux » hommes du peuple, Tun privé de la vue et Tautre estropié » à la cuisse, allèrent trouver l'empereur, assis sur son tribu- » nal, le priant de le guérir par un moyen qui consistait à cra- » cher sur les yeux du premier, et pour le second à le toucher » du talon. Vespasien doutant du succès, hésitait à tenter Ten- » trepnse; mais enfin, cédant aux exhortations de ses aniis, » qui l'en priaient publiquement, H céda et réussit parfaitement. » Nous lisons qu'il y eut une infinité de cures de cette espèce, sanS' parler d'un doigt de Pyrrhus qui était incombustible, et de Marses ou Psylles, qui guérissaient les morsures de serpents an moyen de quelques paroles.
JULES CÉSAR
Le vulgaire attribue tout cela aux démons, mais c*est une erreur, car, suivant les théologiens, les démons ne peuvent agir qu'en appliquant des forces actives à des êtres passifs. Ces démons sont généralement regardés comme sages, puisque le mot démon veut dire sage, de m6me que le mot canon veut
OEOVRBS PHILOSOPHIQUES DE ViNINI. 281
dire règle; en sorte que le vulgaire a tort de dire ua démoa sage, un canon qui règle. Les démons (disent nos faiseurs d'homélies) sont très-sages, ils connaissent les vertus des plantes; et comme Dieu leur a donné tout pouvoir sur les objets matériels, ils appliquent au malade les médicaments convenables et lui rendent ainsi la santé. Mais ce n*est qu'une fiction, car ces plantes médicinales étant des objets matériels, on pourrait le voir, puisque les herbes sont des corps et perceptibles par les sens.
Le démon fascine peut-être le malade.
JULES CÉSAR
Du tout : on ne peut fasciner qu*en altérant les sens, et ceux-ei ne peuvent Tétre que par un objet matériel ; dès lors le malade le connaîtrait, tandis qu'il en est autrement. Ensuite pourquoi rapporter d'un bout du monde à l'autre toutes ces choses aux démons? sont- ils donc des apothicaires et des chirurgiens portant continuellement des bottes remplies d'onguents et d'emplâtres ?
ALEXANDRE
Quelle est donc votre opinion ?
JULES CÉSAR
11 y a dans les végétaux, les minéraux et les pierres*, différentes vertus qui manifestent leurs propriétés soit directement, comme en échauffant le corps ou en le refroidissant, suivant la nature de la qualité; soit médiatement, quand elles sont à rétat de vapeurs qui agissent ensuite sur nous, comme la racine du prout, vulgairement appelée rhubarbe, qui, vaporisée par une chaleur naturelle, guérit de la mélancolie; soit enûn par des vertus occultes, comme l'aimant qui attire le fer, et auquel le diamant résiste. Il y a une inûnité d'autres propriétés occultes citées par Pline, Albert et Marsile Ficm, et les docteurs qui ont écrit sur la médecine simple : il résulte de là que les philosophes qui connaissent ce troisième moyen de traitement guérissent leurs malades d'une manière presque insensible, et les ignorants attribuent ces effets aux démons*
MÊ oiovikis raiuMOHneesa is ta-mbi*
Qud «al rbomaie du peu|4e qui en voyaat «n aatirs jNMmé par u^n vent favoraUe, retenu tout à coup et reUttlé parle petit poisson rémora, n'affirmerait qu'une l^ion de démons cal eoobée dans cet endroit? En voyant la surprise de celm qui pose son doi^ sur un roseau touché par la torpille, n*aurait4l pas ans^ldt recours au signe de crmx pour se prémuiiir contre le démou? Lemédedn Galien, à qui son savoir permettait de produire plusieurs iaks de ce genre, passait pour un déiuotti»^ que; et cependant il fut toujours d'avis que les philosophes M pouvaient pas croire à Texistence des démons. En outre, de même que dans les végétaux, les pierres et les animaux, il y a des propriétés diverses propres à guérir les maladies, de même les mêmes moyens ne conviennent qa*à un seul homme. £a effet, i'honwie étant un moyen terme emtre le ciel et la terre, tient de Tun et de l'autre : aussi le philosc^fae attribue la vwlu héroïque aux hommes qui se rapprochent de la Divini^ €t les viees à ceux qui ressenAlent an bèM : «insi les sus soAt comparés à Jupiter, à Saturne on à Mercuro, d'après lan qualités; d'autres aux lions, aux renards, aux loups. Amai Albert, d'après les philosophes, dit que les hommes ont le naturel des animaux avec lesquels ils ont quelque resBeuÉdance. De là vient le nom de microcoone donné à l'homme, parce q^e la nature humaine comprend celle de tous les élres si^iérieurs et inférieui^. Celui donc qui participera à quelques j>ropriét^ des v^étaux, des pierres ou des auimauK, goériia les malades, et la foule rendra grâce à JDieu. Il y a des geiis«|uî se félicitent du d«n octroyé par Paul, parce qu'ils guérissent uus^ sitôt la morsure des serpents; mais cette propriété, éàe leur a été donnée par la nature, oière commune de tous les hommes. J'ai vu quelquefois sur le devant de la langue une petite inage de serpent gravée par la nature elle-même, il n'est pas douteux que le cid n'ait accordé aux hommes des propriété» eocultes. Albert rapporte qu'en AUemague il y avait deux entets Béssous une influence céleste telle, que quand ils s'approchuiefll dcspories, celles ci s'ouvraient aussitôt d'elles-mêmes. lialgiA l affirmation d'Albert, Je se peux pas croira à ua tel Ml, mm
aéMUre le nkicle de Pierre, qui parait wiêÊûe kiérieBr. Mais pourquoi n'afirmerait-on pas que les oorps eétestes a&* cerdeot à quelqu'un le peuveir de piérir ceruines mabdiest Les rois de Fraiioe, ces rois très^rétiess ec iaviudlries, qoi ent tant mérité du monde entier, n'ont-ib pas k penveir d* gnérir ks écmneUes par k aenle împositMNi des imibs? ai Pyrrhus, rtA d'Ëpire, arat un doigt qui ne ponrait p« éli» hrâlé, eette propriété ne po«rrait-elk pas apparlenir an cori» tout entier? Ah fiie d'un tel (H'odige, k vnlgai» nttttraki'i»" diiida au rimg des saiais, et avec raison; «ar, après lent, k vaison lions dit que Dieu ne kit de tels dons «pi'anx pfas
ALEXANDRE
Yoilà de très-bonnes raisons, mais qui pourtant ne me satisfont pas.
JULES CÊSAH.
£a voici d'amves. Quand rame s^sitive reçoit ks JnMgesde tout ceiful est senahk, eUe seconiénd en quelque sorte am6 tous 'Ces ^ets, de mêoie <pie i'inteitigence avec «eus ks jttfeet* Ugibks. Ainsi lont^ire est saisible ou int^îgibk ; notreime qnt est Tune et Taun^e sera tout. 7^<Hi-seuleBeat l'image est spiri'* tnelkment dans rintdUgence (comme on dit ) , mais elle y est p<Mir ûnsi dire réellement : une mère imprime au iruit qu*'elk p^rte Timage de ce qu'elle désire ; rimagmartion de celui q«d adété mordu par un chkn enragé lui montre l'image d'm chien dans scm urine. Quand un gourmuid vient à désirer «a meis^ sa«alive^6na «nssitôtk sa¥6ur. Ge n'est ipas so u kmo nt dans436S eifets intérkurs que se montre l'action étonnante éo ¥4Bspnm mm c'est enoore à l'extérieur «sur les corps étrang^^ Upeuttsekire, en effM, qu'ils soient disposés èreeevoir ces impressioiis; car Caïuspeut être exposé comme TitiusàlelkflMkdiOi et comme 4h «(Hfw de Titius sortent des violeurs mor- Mfiques, eUeo peuvent 9^ extérieureiMnt surGtfus, comme imérienvement pour k premier attaqué de k peste et 4pii k onmmuniqtte àdi'autres. Si de Bégidus s*4diappent des ^apMninonelkAi si lluMae 4'iiit bottme « joua Mits t^épii**
984 OBUVRES PHJLOSOPHIQUBS DR VANINI.
gne, si les génisses enfautent par rémission des esprits, pourquoi un homme à qui la nature aura donné une bonne cornplexion ne pourrait-il pas procurer la santé par quelques exhalaisons? Ceux qui approchaient d'Alexandre sentaient la joie et la force entrer dans leur âme, parce que la force rayonnait de tout son corps. Galien affirme que Thaleine d'un bel enfant est un remède puissant Je conclurai donc qu^une imagination véhémente, à qui obéissent les esprits et le sang, réalise la conception de l'esprit, non-seulement à l'intérieur, mais encore à l'extérieur ; d'où il suit qu'une forte préoccupation de santé peut dissiper le mal, de même que l'idée d'une maladie suffit pour rendre malade , comme on le voit dans les fascinations.
ALEXANDRE
Gomment cela peut-il se faire?
JULES CÉSAR
L'esprit et le sang dépendent de la faculté imaginative; c'est pourquoi une imagination heureuse, conune celle d'un homme en bonne santé, pix)duit un sang et des esprits dispos, qui en sortant du corps et se portant sur un malade peuvent lui donner la santé; car ces esprits, comme le prouvent et la nature du fait et la force puissante de l'imagination, sont très- ^caces pour dissiper ceux qui sont épais et sombres et rendre ainsi la santé et la vie. Si les végétaux et les cadavres de certains animaux produisent un tel effet, combien l'âme humaine, qui leur est supérieure, ne doit-elle pas jouir d'une plus grande prérogative ! Si les sirops et les cataplasmes ont la vertu de rendre la santé, combien cette vertu ne doit-elle pas être plus grande quand les vapeurs la tiennent de l'âme, qui l'emporte sur tout ce qui est terrestre ! Les esprits sont les instruments immédiats et directs de la nature, les autres moyens de guérison ne valent que par eux ; les sirops n'agissent que parce que les esprits mettent la chaleur en acte ; les uns manquent de matière, les autres en ont trop ; d'où il arrive que les esprits ne parviennent pas facilement jusqu'aux parties intérieures. Enfin, |es remèdes pharmaceutiques étant plus maté*
riels, troublent violemment les sens, et souvent causent de violentes douleurs; les esprits, jamais. Il arrive de là que ceux qui sont atteints de la peste peuvent h peine savoir de qui ils l'ont gagnée; ainsi la nature agit plus activement et avec plus d'ordre par les esprits que par les sirops et les emplâtres. Il ne faut plus s'étonner maintenant si les empiriques, ou plutôt, tranchons le mot, si les ignorants guérissent plus de malades que les médecins instruits : c'est l'effet d'une imagination vivement prévenue et crédule à l'excès, comme il arrive toujotu*8 chez les hommes de basse condition.
ALEXANDRE
C'est fort bien raisonner ; mais vous me semblez en opposition avec le prince des philosophes; dans ses problèmes il demande : « Pourquoi ceux qui approchent des malades gagnent- 9 ils la maladie? La santé ne rend pas la santé. » Il fait cette réponse : « C'est, ou parce que le mal est un mouvement et » la santé un repos, ou parce que l'un vient involontairement » et l'autre volontairement. Mais les faits volontaires ne diffè- 9 rent pas beaucoup des involontaires. » Et ailleurs : « Poor" n quoi celui qui aura été un certain temps avec un homme en n bonne santé n'en sera-t-il pas mieux portant? pourquoi la » présence de la force et de la santé ne rend-elle pas beau et » fort; pourquoi n'en est-il pas de même de la justice, de la » tempérance et de la bonté? » Il répond encore : « Parce que n nous ne pouvons pas déplacer les biens du corps , et qu'on 9 peut Communiquer ceux de l'âme; or, la bonté est une qua- » litéde l'âme, la santé une qualité du corps; l'exemple peut 9 nous rendre meilleurs, plus tristes ou plus gais; mais Texem- V pie de la santé ne rend pas mieux portant. »
JULES CÉSAR
Aristote est en contradiction avec lui-même et avec tous les autres médecins. Avec lui-même, comme le prouve ce qu'il dit, principalement sur les affections de l'âme; avec les médecins, parce que, de l'aveu de tous, les accidents de l'âme influent beaucoup sur la santé ou la maladie, comme le prouve Galien; c'est pourquoi il est avantageux ù un malade do demeurer avec
tM OIVVaBS rttlLOSOPttlOUBS DB YANINI.
•eux qui se portent bien, dit le Commentateur t auflri \e» 16« preux recherchent toujours la présence de ceux qui ne lo sont pas. Ce sentiment d'Aristote parait être entièrement opposé à Fexpérienee el à la raison, parce que chez un homme, sain oo ttalade» tt y a toujours quelques exhalaisons : pourquoi donc erikê apA vieftieot d*an homme sain ne seraient-elles pas bien* lysaiites, puisque eeUes qui viennent d*ttn malade sont niiiri* blés? Ou éprouve surtout une impression agréable en présence inê arfantft bien disposés, comme auprès d'odeurs suaves) Alexandre nous en a donné un exemple. Dans Thistoire des animaux, Aristote affirme que les animaux sont agréablement afleeléa par Vodeur de la panthère.
ALEXANDBE.
Gomment répondez-vous à cette raison d'^Aristote, que iâ IMK lidieeit un mouvement de la santé en repos.
JtLËS CÉSAR.
Si la maladie n'est nuisible que parce qu'elle est un moute« ment, celui-ci augmentera avec la maladie, ce qui est faux; car dans la fièvre, qui agite beaucoup, tes malades restent couchés.
ALEXANDRE
C'est fort bien, mais il reste à expliquer comment Tespaslen a pu rendre la vue en crachant sur l'aveugle.
JULES CÉSAR
C'est que ce dernier n'était pas aveugle, mais seulement qu*fl croyait l'être, comme Hippocrate le rapporte de Damoclès, et comme cela arrive à beaucoup ë la suite d'un épan(9iement d'humeurs. Peut-être la cécité lui vint-elle subitement par l'effet d'une humeur épaisse qui se répand tout à coup du cerveau snrle nerf optique, ou qui se prolongeant sur la pupille, s'oppose à ce que le cristallin, premier organe externe de la vue, ne reçdve les images et le fantôme des objets, ou à ce qu'il puisse les distinguer. Était il né aveugle 7 Cela e.st possible; des vapeurs et des humeurs épaisses , dans le sein de la mère, ont pu s'at« tacher aux yeux de l'enfant, et en augmentant couvrir la pupille; dès lors rien n'empêche de croire que par l'effet du temps cet amas de vapeurs ne se soit fondu et dissipé ; il n'y avait
à oek aucnii obstacle absola» puisque ûe ii*étak qii'uai }
ALEXA1ÏDR&
liais oomment Vespasîea lui a-t-il rendu k s«i«é ?
JULES CÉSAIU
Ce n'est )MS lui , mais i>iea plutôt la (broe de rimaeiuàtJMik Si une. grande terreur» le désir de sauver sou père, idtoiiaa là ymx au fib de Grésus, qui était né muet, pourquoi chea un aveugle» s'approcbaut avec confiance de Vespasien, la force dé rimagjnation ne pourrait-elle pas disnper les humeurs q«^ yok lent la vue ? Si i'imaginati<m fait naitre une poule armée d'épeiwu comme un coq, au rapport d'Aristote et d'Avieeniie, pourquoi cette même faculté nedonnerait*elle pas à un aveugit les moyens de voir? La nature ^rera d'autant plus facilement^ que te vue est plus utile à un iiomaie qu*un éperon à une poule«Gyppus, qui fut dans la suite roi d'Italie, ayant vit Tement admiré un combat de taureaux, s'endormit encore KMlt préoccupé de ce spectacle, et le lendemain 9 se réveiUa aveia des cornes, parce que l'imagination en stimulant sa vertu vdg^ tative, poussait vers ta tète les humeurs qui vinrent s'y plao^ eik forme de cornes. Si l'imagination peut donner des cornei^, ne peuip*eile pas aussi donner la vue 7 Puisque la force et la puissance de Tâme , que les philosophes disent exister dans la semence, est Tarchitecte de tous nos membres, pourquoi cette mime puissance, d'accord avec les puissances inférieures qui lui obéissent, et d'après la véhémence de l'imagination , pour-* quoi, dis-]e, ne pourrait^eile pas ouvrir les yeux d'un aveugle? Pline cite plusieurs exemples de femmes changées en bornâmes $ Pontanus rapporte la même chose de deux femmes de son temps et qui toutes deux étaient mariées ; l'une était de Gaiète, et l'autre de la Romagne.
ALEXANDRE
Ces écrivains ne m'inspirent aucune confiance.
JULES CÉSAR
Je n'en ai pas plus en Suétone ^ ; au surplus, tout cet! es
* Cette cottdttsioo prouve assez que Vanini n*a entassé tant d^exemples ridletlat^ttf ^r tm ressortir toute L'absurdité de la question^
Stt ûnrrus rratoMMnm» »b Tàiinn.
Imignemeiit et fort cathoMcptement exfdîqué daftsnMHl Ap<d^ de la religion chrétienne contre les athées, à Tendroitoà j'explique ces mots : « lésas ne pouvait fiiire auGunprodige à cause de leur incrédulité. » L'imagination de Vespasien dans toute «A exaltation a-t*-eUe opéré an tel mirack ? Si la ppéoocupatiflii d'une femme enceinte peut donner à i*enfant, contre les vè- ^s de la nature^ un doigt de plus, rins^ation de Ye^nsieft, à qui la nature n'apportait aucun obstacle, ne pou?ait-eUe pas lever la légère membrane qui couvrait les yeux?
ALEXANDRE
Mais k mère trouve un secmirs dans la scdistancecptlJoraie le doigt, et Vespasien n'en trouve nulle part.
JULES CÉSAR
Il en trouve dans les e^M-îts qui obéissent à l'imagination et qui commandent au sang et aux humeurs; c'est pourqam nous lisons qu'il s'est servi de sa salive ; or, la salive d'un homne irrité petit nuire à des membres parfaitement sains; ceHe d'os hiMEime joyeux ne pourra-t-dle pas produire un effet contraire. Dans l'Apologie, j'ai traité cette question avec soin, et j'ai très-pieusement disserté contre les athées qui affirmait qof de même que les vapeurs qui s'exhalent du basilic sont mor^ teUes pour l'homme , de même il aurait pu s'exhaler de sakit Pierre irrité une vapeur qui eût tué Ananie; ils ajoiHentces pwoles d'Avicenne, que le chameau succombe sous k puissance de l'imagination d'un homme. Enfin ils avancent, d'après le témoignage d'Apollonide et de Philarque , qu'il y avait chez Jes Scythes, les lilyriens et les Triballes, des magiciennes dont la présence était mortelle quand elles étaient irritées; mais j'ai réfuté tous ces dires. Je disais que les Intelligences célestes prennent soin des êtres de ce monde et surtout des rois; pour leur attirer le respect de tous, elles leur donnent un port majestueux, comme l'a observé A^ippa, ou fe pouvoh* de faire des choses extraordittaii*es. Auguste ordonna k des grenouilles qui faisaient grand bruit de se taire, et elles se tu* rent aussitôt; c'est Suétone qui le rapporte. Pourquoi citer des faits anciens quand il y eu a de nouveaux : j'en appeUo à
IMte la flanee et à l'Espagne; eUea savent qne kt nistrteebrM^is, persii lesquels Lenis XIII brile comme on sdeQ daas tonte sa splendeur, elles savent qae ces rois ont le poovoir de goérir les éerooeHefc P^wnne donc ne pourra nier que les «stres ne puissent donner la facnké de voir, puisqu'ils agissent anr nous, et qu'ils frmnent nouf^eulement nos yen^ mais tons Bosmemlyres, an peint qu^ le Philosophe disait qœ c'est leso»leil et l'homme qui engendrent rbonune.
ALEXANDUE.
J'ai lu dans Cardan que Ui philoêophet di$ent bien da tko9t$ qu'ils ne croient foe; ainn je vous prie de me dire ce que vous pensez de tout cda, en lassant de côté tous les détours de la discusrion.
JULES CÊ8AB.
Quand j'étu^is la théologie, je m'imagniais qu'un ^men atvait mis en secret qudques empêchements à la marche d'un iMmme, de manière à le rendre boiteux, pour le délivrer ensuite en présence de tout le peufrfe, à la prière de Vespasioi, afin de retenir par cette apparence de miracle le peuple dans ndolitrieet de le pousser à sa perte; maintenant je pense Wr trement Yespasien comprenant qne l'autorité se consolidait et sfangnwntait par la rdîglon, vodut, à l'exemple de Numa Ponir pilitts et de Romulus, paraître revêtu d'un pouvoir divin; je le soupçonne donc d'avoir gagné deux de ses sujeU par des prières et de l'argent (que ne peut sur le coeur des morteb l'ardente soif de l'or? ) pour que l'un feignit d'être aveugle et l'autre boiteux, et qne demandant puUiquement à l'empereur de les soulager, ils pussent aussitôt se montrer guéris.
ALEXANDRE
Malheur à ceux qui se vendent!
IULES CÊSAB.
Hallie«*àeox, ditRlachiavel, parceque, sans aucun doute, ^empereur les fera empoisonner, a6n de se délivrer de la crainte de voir la fraude découverte. C'est ainsi qne l'impie Mahomet persuada à l'un des siens de se cacher dans un trou; nuis s'étant rendu vers cet endrmt, on entendit une voix qui
IN ONfan nmmnmmm m ^jmm*
iliitt ) « 10 niif Dien^ et je von» eOrme h Wiw q^e, j'ai,d(6f «Igiié Maboinet peur être mon grand prophète cbea^ tmfi» tlM natkna; a ce qui fut regardé copime véritable. J^ai8 eralgnaiit qae m ruse ne fût connue » Mahomet ae. tournant ter» le peuple déjà fasciné, il lui ordonna au nom du Seigneur, €00110» aotrafoia iaeob i d'élever un autel là où Dieu »f éuit lUt entendre} tous aussitôt jetèrent des pierres dans la fosse, et le nudbeureux fut- écrasé ; ce monceau de pierres fi^ re«gardé comme le fondement de la religion mahométane, qui, iprès mille ans, augmente encore en puissance et ne semble ftinecéi d*a«cune ruhie*
AX.BXANDnB«
Repoussons toutes ces monstruosités de Tathéismet queTOfOS avez renversées comme un Hercule, et dites-moi, je vous prie, iCMBttieflt Pyrrfaas pouvait avoir un doigt à Tabri de L'action du
JULES CÊSAA.
Pettt4tre le Irottait-il d'un onguent qui le préservait de Tat- Irtnte du feu< Jouissait-il de cette propriété secrète de la salafllaodre , qui reste intacte au milieu de» flammes? ou bien était*ce une faveur divine accordée à un prince religieux pottr lil attirer un plus grand respect de sessnjetsi efi voyant itt lui un signe d'Incorruptibilité et de divinité ?
ALBXAMDIUS»
Otté pmisei^ous des Marsea , qui touchent des serpents •omme nous de» passereaux?
iULB» GÉSA1«
FkiMcator pense qu'il y amtre eux quelque choae de commun.
ALBXAIfDRB*
C'est aussi l'avis de PomponatS
lULBS CÉSAR.
Ces philosophes se trompent , car le semblable ne nuit pas an Semblable, et la salive des Marses jette les serpents dans la
BTAimiI. IM
torpeiar, comme l'affimem les docteurs que j'ai citésL En otrtre, les PsyDes QuiraieBt avx autres honunes, ce qui D*«st pfâs , car ils^ se vantent dans le peuple de guérir ceux qui ont été mordus par des serpents.
ALEXANDRE
Non-seulement cela, mais ils dévorent des serpents >d?aBls«
JULES CÉSAR
La cigogne et la belette sont oi^anisées de manière à avaler des serpents sans éprouver aucun mal; les chariaians itali^s en mangent après s'être bourré l'estomac d'autre nourriture , puis, rentrés chez eux, ils se font vomir en avalant du bemte ou de l'huile, avant que le venin ait attaqué les parties vitales,
ALEXAimRE.
Cependant j*en ai observé qui avaient mangé de te ehatr de serpent et qui étalent toute la journée sans vonur.
JULES CÉSAR
C'est qu'alors les serpents n'étaient pas v^imeux.
ALEXANDRE
Ib avalent dévoré des vipères venimeuses.
JULES CÉSAR
Ils les gardent plusieurs jours dans un lieu humide, ce qui leur est très-nuisîble , puisque c'est contraire à leur natm^ ; en outre, ils les privent de nourriture, en sorte que la chaleur naturelle, qui ne pent rester inactive, est forcée d'absorber le venin. Peut-être sont-ils habitués dès leiir enfance k manger des serpents, de manière que cette nourriture ne leur est au» cnnement nnisiblë, comme on le rapporte de CMopâtre et d'antres personnages ; ou bien ils prennent un peu de thériaque ou d'herbe de Mlthridate, pour neutraliser le venin.
ALEXANDRE
Mais comment la thériaque* qui est elle-même un poison , pent^Be détruire le poismi ?
IULES CÉSAR
Elle ne se compose pas seulement de poison, mais encore de substances qui sont opposées i ce dernier.
iM «SCVRES PHaOSOPHIOUES DE VANINI.
ALEXANDRE
Pourquoi ces substances sont-elles jointes à un poison!
JULES CÉSAR
Afin que celui-ci attirât le poison de même nature, et qu'en se mêlant avec lui , il pût lui appliquer ce qui est néces8air<î pour le détruire ou le chasser.
ALEXANDRE
Ceci me fournit Toccasion de résoudre une question qui me tourmente depuis longtemps.
JULES CÉSAR
Voyons cette question.
ALEXANDRE
Pourquoi ceux qui sont mordus par la tarentule (qui tire son nom de la ville de Tarente) sont-ils portés h daii9^» quand ils entendent la musique « au point de fatiguer l^ .yeux deÉ spectateurs?
Je ne m'appuierai pas.' sur Fexemple de Saûl, dont DaTié apaisait la fureur au son de sa harpe; mais peut-être la douleur a-t-elle disparu dans ce moment.
ALEXANDRE
. Comment cela peut-il se faire?
JULES CÉSAR
Parce que le mouvement déplace le venin , qui du cœur tombe sur d'autres parties, et qu'alors on oublie le mal; aussi, quand la nuiaîque cesse, le mai revient non subitement, mais petit à petit; si elle recommence, il disparaît de nouveau.
ALEXANDRE
. Mais comment expliquer cet effet de la musAque?
JULES CÉSAR
Le venin de la tarentule resserre les esprits, et la ïnùsique les excite , comme on peut le voir dans les chevaux et les enfants. Dirons-nous plutôt que c'est réffet non de la musique , mais de iadan^? car ce poison étant extrêmement froid, peut être dompté et chassé par h saeur : on lit dans le Phédon de
OBUTRES PHlLOiOPHIOUM DI YARINI. 9lt9
Platon, qu'on défendit à Socrate de se donner da mou\cnient, afin de ne pas affaiblir la force de la ciguë.
ALEXANDRE
Pourquoi , parmi ceux qui sont mordus de la tarentule, les uns sont-ils continuellement assoupis, les autres toujours éteillés? Il y en a qui pleurent, d'autres qui rient; ceux-ci courent, ceux-là sont inertes; les uns suent, les autres vomissent; enfin il y en a qui deviennent fous : aussi, dans la Calabre, on dit que la tarentule cause autant d'espèces de maux qu'il y a de jours dans la semaine.
JULES CÉSAR
Y aurait-il autant de sortes de tarentules qu'il y a d'accidents divers 7 En serait-il de même pour ceux qui sont mordus que pour les buveurs, à qui, selon leur caractère, l'ivresse ooBUDunique la tristesse ou la gaieté , qui sont bavards ou sikocieux, qui dorment ou qui se mettent à courir?
ALEXANDRE
Beaucoup de ceux qui ont guéri de cette maladie souffrent k jour anniversaire de l'accident; d'où cela vient-il?
JULES CÉSAR
Si cela est vrai , il faut l'attribuer au retour des astres; c'est par la môme cause que certains végétaux fleurissent chaque année à pareil jour; ainsi Cardan a vu des noyers qui se couvraient de feuilles au 2& juin. Peut-être cela provient-il de la nature intrinsèque de la tarentule*
ALBXAX9DRE.
Pourquoi, lorsque la tarentule survit, celui qu'elle a blomé souffre-t-il , tandis que si elle meurt il guérit ?
JULES CÉSAR
Les Grecs avaient peut-être cette croyance, mais nous nous en rapportons ii ce que dkent les Apuliens ; la vérité est donc que la tarentule meurt avec celui qu'elle a mordu , puisqu'ils sont tous deux sous la même constellation ; et qu'y aurait-il h cela d'étonnant, quand on lit dans Suéti^ie qu'^ la naissance de chaque empereur de la maison d'Auguste, on voyait naître ^u laurier saUtaire qui vivait autant que l'^apereur, et qui
XW cnrf AÏS muiêovtBKms ïhe vAimn»
mounit ftf ec lai? l*ajotfterai h ceci ime histoire frappnrte» fft qui sera la solution de cette question. Étant à Lyon, dans le mois de mars^ j*appris de quelques amis qu'un page entré dans «ne petite hôtellerie avait été fort bien reçu de l'hôtelier, qui Inl demanda trente sols pour une soupe assez maigre; à cette demande, le drôle se mit en colère, quitta l'hôtelier, et monta dans sa chambre, où on le vit verser quelque chose dans on vase de terre, puis il remplit la maison de vapenrs, et i^en aBa : un domestique étant monté pour voir s'il n*avait rien pris , se mît aussitôt à danser, et tous ceux qui entrèrent après 4iii en firent autant. Tout le monde, non-seulement les catholiques, mais encore les huguenots , voyaient là Tceuvre dn démon* Jules César cependant se riait de ces fables de vieilles femmes, et rapporutt le tout k une cause natordle. Il est h croire , en effet, que ce page avait de la poudre de tarentule desséchée» et qu*il en versa dans du vin. Celui qui monta le premier but de ce vin, et se mit bientôt k danser ; car si la morsure d'une tarentule produit cet effet, pourquoi n'en serait-il pas de même de la poussière de cet insecte délayée dans du vin T
ALEXANDftC.
Mais vous affirmiez la même chose de ceux qui étaient entrés dans la chambre» cepHidant ils n'avaient pas bu de vin. Iules c£sar.
€et eflronté avait foit des fumigations dans sa chambre, dont il avait fermé les croisées pour empêcher la fumée de sortir ; c'éuit assurément avec de la poudre de tarentule : ceux qui entrèrent, voyant sauter le domestique, s'étonnèrent et ouvrirent la bouche, comme il est d'ordinaire en pareil cas ( parce que l'âme excite les esprits en cherdiant à connaître la cause d'un £iit nouveau) ; tb aspMrent des vapenrs, et furent ainsi portés à santer dans toute la maison ; une petite chienne même ne fut pas exeepiée. Geh n'est pas étonnant, puisque les historiens rapportent «pie quelques vapeurs suffisent pour empoisonner Bon-seukmenl une famille, mais les cités les plus vastes : que ne pourraitH^n pas dire du poison de je ne si^ qbeb charlaUfiS, dottt la semle exhalaison donne la ttiOTt! J'ai comiu en
ANeiiM9ie<iin cttboUque qui nVatr^ut ^^ i^iM» Mn# H^ is totftela semaine satate, et qui eutendait T^ffiç^ dans up^ (ç|]u|t pelle perticulk^e, parce qu'alors les cbrétL^us mai tritl^ et répandent une vapeur méJanoolique, qu'il évitait 4fi rasfMr^ pour ne pas tomber dans la mélancplie. Pourquoi \w»4Umu§i^ î LVexpéHence ne pronve-t-^lie pas que cdui qui se €0wcbf pnte d'an «rfare mardu d'un chien enragé est aussitfil atteint de la raget Gela ne peut provenir que des vapeurs qui u^^ikni^ àê l'arbre^ et qui sont pow le voyageur fatigué dont je» 9Qf^ sottC owert» el échauffés par la chaleur^ coaune das mm^4^ de k rage; l'eietde la poussière d'une tarentuia Udiiêi9it être le même.
ÂlCKAMDRE.
Que les dieux vous pardonnent f
IULES CÉSAR
"Qnel crime al-je donc commis î
ALEXANDRE
<^aandToas avez parlé de chien enragé, il m'^tié^mkéà VMU à l'esprit ce que disent les vieities fenames svperstitieuaas ton*' chant certaines paroles récitées avec des cérémonki flQiagMiMi et ^'guérissent de la rage.
IULES CÉSAR
Tontes ces sorcdieries ne sont que des measottgea fui fl (Mt d'antre vertu que de tromper ceux ffà ne sont pas fiir Jnmi gardes.
AfJBJUlTDRE.
CiottflMBt 0elûl>4 dMc qu'dsëoienl gu^
JlfJjBS^GÊSAiU
Ceux qui paraissent avoir élé guéris par ce moyen n'avaient pas été réoyènettl mordus. Cardan nous dit en son livre de la YarSété des causes : « On chasse souvent comme attdi^ts de Jla • rage de misérables chiens, tandis qu'il n'en est rien» et on » regarde oemme ayant été guéris ceux que la rage n'avait pn^ » atteints. Parmi ceux qui sont mordus, les uns sont empoi- » sonnés, d'autres pas ; soit parce que le mal est faible» ou qu'il » attaque ceux qui y étaient prédisposés» comme un temme à
i86 OBOVRBS FaiUMOBBMKnft- &B «AAPII.
» Jean ou en colère ; soil que la vertu du mal ne soit pas i » active pour affecter tout le monde ; soit encore qu'il y ait chez » quelques hmnmes certaines pr^M-iétés opposées au mal» G<nme » chez d'autres animaux ; ainsi les mulets sont sujets k resBen- » tir les effets de la morsure, et les oies jamais ; de même chez » les hommes, la nature du mal se rapprochant de cdk de tel » ou tel animal, les uns sont plus e^qposés, les autres moûis, » comme ceux, paor exemple, qui ont un tempérament pkn hn- » mide. J'ai rarement tu des enfants atteints de la rage, mvt » plutôt jamais ; ceux qui ont de la fermeté le sont moiasque j» ceux qui sont timides; il en estdemêmedeceuxquioBlsoMide » se purger souvent Gela dépend aussi de la nature de la hiis- » sure, car lorsqu'on perd beaucoup de sang, l'écume se perd » avec lui ; il y a une différence selon que c'est une partie ohar- » nue ou nerveuse qui a été atteinte ; selon que les astres sont 9 placés, que l'affection est plus ou moins affaiblie* Je seniis » trop long si je voulais citer toutes les circonstances accessoires, » mais il est plusieurs moyens d'éviter le mal, quand on voit un » seul chien enragé causer la mort d'une infinité d'autres, et » qu'on regarde comme inévitable la mort d'un homme atteint » de la rage. Si l'on comparait le nombre des hommes qui meu- » rent atteints de la rage à celui des chiens, on verrait qu'S y » en a très-peu, et comme beaucoup guérissent, la médedne, » la superstition et les miracles ont les honneurs de la cure» »
ALBXANDBB.
On dit, dans la Fouille, qu*aa8sit6l que celui qui a été mordu d*un chien enragé est entré dMis l'église de Saint-Yitus, qui n*e9t pas loin de Bari, il guérit; cda est-il vrai?
JtlES CÉSAR.
Je ne dis pas non ; cette église a pu obtenir de Dieu ce privilège et de plus grands encore, car on sait que Dieu est admirable dans ses saints ; cependant comme FEglise romaine ii*a rien statué à cet ^ard, je crains fort que ce ne soit une faUe.
ALEXANDRE
On m*a cité deux guérisons de cette nature.
IULE» CtSAB.
Celte église étant ritnée rar le boni de b iiKrJl est probibie q»e Teaa en lavant la blessure enlère le virus; que la crainte ëe l'eao, qat est nn des supplices de cette maladie, se diSMpe» «t 91'ili se guérissent en bavant Cette maladie, en effet, con- •îste dans h sécheresse ; le chien enragé est agité par la faim, fa Wle, la tristesse ; ses sens sont videmment émns, et de Bi une ii^creflie qni aBome et brûle le sang et produit la rage ; aussi c'est p^idant les grandes chaleurs et les ardenrs de h canîiMteqne le eUen y est le plos exposé. A Flessingne, je voyais <••§ les habitants dn rivage qni étaient mordns par nn chien «■ragé s'empresser de courir à h mer.
AtEXANDBE.
Cela est étonnant, puisque la rage vient de la sécheresse, et ^pie ceux qui sont mordus craignent Teau ; aussi Cardan regardait la maladie comme incurable, d'après ce vers d'Ovide : « L'eao n'est d'aucun remède pour ceux qui la craignent »
JULES CÈSABU
Fest-étre voient-Qs dans l'eau des images de petits chiens.
ALEXANDBE.
Un malade â qui je faisais cette question me répondit qu'il m*f vay ait rien ; et cependant il l'avait en horreur.
IULES CÉSAR
n en est peut-être de la rage comme des autres mdadies, qui causent un dégoût de certains alimenu, par suite d'une KMiipositkMi de Fesloaac on de hi langue.
ALfiXAlfDlE.
Ce n'est pas œb, ou* ib ont soif tout en craignant l'eau.
JULES CÉSAR
La mémoire leur fournit peut-être le souvenir de certaines choses qni ont coutume de les effrayer 7 Quand un chien tombe dans le mal, b chaleur brûbnte du sang fait enfler b langue et le nerf qni s'y rattache, et produit cette écume funeste et contagieuse qui mouille la peau déchirée : or, en se rappelant b morsure» ceux qui en sont atteinu sont effrayés, puisque c'est pour eux un malheur; b souvenhr de l'écume se joint an
premier, et comme Fidée et rem M joint à celle de Técume, X)C LA A^UfillËGÏlON DES mOXS.
▲LfiXAMME.
Com>i>cat V4Mii tirerez-vottft d*«ffûre au wfeit 4e taal de tésiurectioBS qui eurent lieu cbez les feiéBs? Hercok remeiu à la limière Àiotsbt. fillede Pélias et lèeme d'A^mète, roi 4e Pbérée. Érkhtb4)B« par des encbaiite^fats pratiqptét en Tkee* salie, rappela à la vie un soldat récevuneat Cué à h bataille ée Pharsale, si funeste à Pompée. Apollonius de Tyane ressuscita vae jeiiaefiUe« L*Égyptieii Zach, prôlre, fit de même à l'égard d'un cadavre. Pline a'affiraàe-t-il pas ^fu'Avîola , pereoiiBai^ ceaeiilaire, IL Lania» CœUns Tubéroa « Qx&àim , Gd)ieMis et plujiciirsi^Mtrefl» ressmcitôreat êffè^ kar orart? NoisKsons la même chose d*Ésope le faiwlisle , des Tyndarides et d'Hercule. Pe«n|iioi renenaer ai kwU II y amt dans «ne tille d'Arcadie des prêtres qui «appelaient les Ames après la mort. BBfia. k divin PlatoA ne ra^)porte-4-Jl pas Thisteire du Paonphylien Pbërée '» qfoi resta dix jours parpi ceux q/à avaient été tués dans le combat , et qai ressuscita deux jours après avait 4llà'9ti^ÂHà$ le Uicber»
Lucien répondrait que œ eoat là de petks toaKiei iaventéi par de petits Grecs menteurs et par des platoniciens hypocrites peur jeter de la poudre aux yeuxi Plutoa» éam X$t endroit, fait parler Socrate pour instruire le peuple,
Al.g.XâWOaB,
Ceaiawat a'avee-vous pas hoote d'iasaker ces JuNameediviae par de tek repiacbes I
MîLES €£sia.
lafttoiaoat-iLidiviasà voayeax? ,
* flSIMlVi iHNORWfléf TMlflWMWt
Mars pUkMopbef*
ACnAlfMtt*
1Mb fiocnrte a M on horaoe d'ttae ]
ItltBft CÊSAft.
D'accord, mais il a enseigné qa'i est utile k la r^mUiqae que lepetfiile aoit airaaépar des fictioiM < AtEXAMime.
Cependant il n'a pas craint de snlA* la nrat ^ de la vérhé et en méprisant tes font diem.
JULES CÉSAm.
Je ne crois pas que ce fnt par ameor de la férité , mais l^otôt ponr enter la honte qnH y anrail en à fyir k SMMfar timidité, dans un siècle oà le conrage «t la foMed'dpnt diaiaat les premières Tertns. Pent^'étre le$ Athéniena, ses jmes, m iMlaJeiit4i pas écorner sa ptflnoéie.
AUXAMNK*
* V TOUf 1$M tiberdief d'auiins taiaaaii
H ne sa cri fi erai pas k l'opinion des-esprilMnpenliitH.^ rapportent tous ces faits anx démons, -lant qn'on neiijMva pat prooTé, par des raisons natoreHes, qn'fl y a-daa lâ mimu k
ALËkAlVMe.
-Qtt'importe qn'on rapporte cela à la néafWNncirt tfl <st certain qne , selon les platoniciens , 'les ânMs coMQr9Wit.das affections après avoir quitté lein^ corps, et snrtoat quand ces derniers sont privés de sépult wre, «t«ftf'fls «nt pévf 4fe «ort tiolente; elles sont alors errantes aaMn*'ées'cad«i«M,4aM nn esprit hnmide, comme attirées par qndqne chose denronav; fest pourquoi les philosophes connaissant , par les m sw ia êm défunt, les affections et les propriétés de Tàme, ptovaiH la rappeler h la lumière par des Taponrsi doa li f n a w i «t4aa
9D0 OBUTIBS raibOaOMHkOlS.M TAKUII»
odeurs sympathiques; c'est ainsi que dans Homère, Gircé apprend à Ulysse à rappeler Fâme dans le coui», par un métange de lait de brebis, d'huile, de Tin» d'eau, de farine, etc.
JULES CÉSAR
Si tout cela était vrai, la YÎiaine âme du mîséraUe Henricw Sylvius aurait retrouyé un bien triste cadavre. Pourquoi lea âmes des Allemands ne sont-elles pas rappelées dans leurs corps par cette agréable odeur du vin qu'ils aiment tant, et dont la maison mortuaire et le cercueil mène est inondé 7
AUKXANDRS.
Que pensait sur ces matières votre maître Pomponat T
JULfiS CÊSAB.
Que le nouveau législateur ressuscitera les bmmtIs, car cette puissance a pu lui être d(mnée par les astres; cela du moins lui pandsiait assez vraiseoMaUe.
ALEXANDRE
àp<rilonius de Tyame n'était pas lavorisé des astres » et cependant il a ressuscité des morts.
JULES CÉSAR
Les athées répondent qu'il devût cela à la pauvreté» qa*il recherchait d'une manière si frappante ; car on rapporte qu'il jeta dans la mer une grande somme d'argent en disant: • Je » perds les richesses, les richesses ne me perdent pas; a mais, ditCardan , « le mépris est là où est la pauvreté, avec elle û » n'y a aucun wàre stable; mais pfais il y a de puissance» plus » il y a de durée. »
Vous avez réfuté ces paroles dans l'Amphithéâtre ; nuôs^ie puisèrent les philosophes arabes de la résurrection des mortat
JULES CÉSAR
Us pensaient qu'aucun homme ne peut s'élever de lui-même au-dessus des forces du corps, mais que par l'interventÎMi du ciel et des Intelligences on peut acquérir une force divine et on paavoir sur les âmes inférieures ; c'est pourquoi celles des mwts qui sont moins parfaites sont forcées d'obéhr et de rester dans le cadavre qui a été leur domicile.
ALEXIHDAE.
Réveriei que Unit cela.
Jtl^S CÉ8AB.
En Toici d'aatres. Quelques-itos rejetant le sentiment des péripatétidens, qai n'admettent ancnn retour de Tâme » leuliinaent quH y a troia moyens de la rq>petor.
ALEXAMD]I£«
Je serais curieux de les connaître.
IULES CÊftAD.
Le premier est dans l'emploi de certains sucs appliqués aux cadafres.
ALEXANDRE
Ycroyez«fo«s?
JULES CÉSAR
Ils s'appuient sur l'autorité de Pline , qui dit ' : « Xanthus a rapporte dans la première de ses histoires, que le petit d'un ^ dragon étant mort, fut rappelé à la rie par une b^be qu'il » appelle belis : il ajoute que TiUon, que le dragon ayait tué, » fut également rappelé au jour, et qu'il y avait en Arabie une > berbe qui produisait le même effet n alexaudbe.
Hine ajoute que si ces rédu ne méritent pas confiance, ils sont au moins de nature à nous étonner : mais quel est l'autre mode fabuleux de ressusciter les mortsT
JULES CÉSAR
Ils disent que l'âme est tout entière dans le sang (comme raflBrment les livres hébreux) ; la mort est donc causée par un masque ou rice dn sang ; or, on peut remédier à ce mal ^ oofrant les Teines et en y introduisant un sang chaud et gteéreux , après avoir laissé couler celui qui était vicieux.
ALEXANDRE
O absurdité dea absurdités !
JULES CÉSAR
Quelques-uns pensent que le souiBe des vivants pottt res« *Um XXVtolup.th
31». onwiif I
sasciter les morts ; c'est amiî 91e les belettes et les lions sont rappelés à la vie.
ALEXANDBE.
Je M^craitrieB de taK cela.
juue CÈ&AU.
Il ne faut admettre comme réettee que les lésomctioM dont parlent TÉcritare et Jes décrets des pontifes de l'Église : au reste , ceux que tous avez cités n'étaieBt pas morts y mais seulement tombés en syncope.
ALSXANBBE.
Quelles sont les maladies qui produisent cet effet?
JULES CÊSAB.
L'extase » la léthargie , une chute d'un lieu 4k^, la \ gulation » l'apoplexie et l'épilepsie.
ALEXANDRE
Feufqnoi appelea-veos Texuse une mriadieî Les piartoni* dens la regardent cemme un don fait par les dieux aux hommes les plus purs; eHe provient, «dirent-ils, de h centemplstieft des 'dàoieê les plus sublimes , contemjflation qui affranchit l'âme des liens de la nature et des sens, et qm le réunît à la sagesse divine : parvenue à ce degré suprême de la contem- ^htkm , eBe est transportée au-dessus de toutes les espèees créées; ce n'est plus par les mages requises qu'elle parvient à la connaissance, mais par les idées, dont la lumière îui^évoOe tout; aussi les exutiques prédisent-ils bien des choses qui se redisent. ?eift oe que disent les platoniciens.
JULES CÉSAR
C'est avec bien plus de raison que Galien appela l'extase une folie passagère : -en efet , l'extase n'est que la non-réaHsa(i<ni des fonctions de Tàme , dans la sensation , le mouvement et l'intelligence. Les extatiques sont plongés dans une immobi* lité, ou plutôt dans un engourdissement profond; ils ne sentent pas les blessuresqu'on peut leur faire. Aurélius Augustinus disait d'un prêtre qui tonibait en extase : « il était étendu , » sembhible à un mort et ne respirant plus ; on le brûlait , on » le déchirait sans qu'il s'en aperçût* a
AttXAtlMËé
Voù cela ticnt-flî
lULB» CÊSAH.
Peut-être qne Tâme en admiration derant tm objet writ attiré ton» aes eqprita pour en rechercher la caase; les esprits akirs se tron? aient sans force et sans énergie pour percetoîr atitre diose ; c*est pourquoi on toit très-souvent les imbéciles et les femmelettes tomber en extase. Les historiens rapportent que les stnpides moines turcs y sont fort sujets.
ALEXAI'iME.
Parlez-md de la léthargie.
JULES CÉSAR
<%l Raf, qti*on regarde comme une nécessité intincible du icmmieil , provient d*un froid excessif du cerveau causé par la présence d'une humeur froide et bilieuse, et qui, venant à se corrompre, donne la fièvre et cause la léthargie; ceux qui sont en cet état sont comme s'ils étaient morts, car le sommeil est Fiinage de la mort.
AtEXAWDRE,
Combien de temps un tel état peut-il durer f
JULES CÉSAR
Plbte atteste qu'un enfant épuisé de chaleur et de fatigue toÊibà dans une léthargie qui dura cmquante-sept ans ; Epiméaide de Crète, dit-on, dormit pendant le même nombre d'aanées dans une caverne ; de 1h cet adage : Dormir plu$ longtempê qu* Epiméniâe. Totrt le monde connaît Thistoire des sept dormants, qui furent plongés dans un sommeil qui dura cent quatre-vingt-dix ans. Paul diacre et Méthodius le martyr rapportent qu'en Norwége sept hommes dormirent pendant Très-longtemps dans un antre sur une éminence du rivage. M. Damascenus raconte que de son temps, en Germanie, tin paysan fatigué s'endormit sur un tas de foin, où il resta ainri pendant tout rautomne et tliiver suivant, jusquli ce qioe les habitants dn lieu ayant renversé ta meule, H fut réveillé et trouvé comme à demi mort. Tout le monde sait qua Im ours» lei krirs« les crocodilef et ta plupart dei ierp«m»*>r«
ao4 oBDVREs paiMsorai^Bs n v^iiiiii*
ment si prefonéément peadaat toutriÛTer, qa'AgrinHia dît' : « J'» souvent vu on loir être mis en pièces et rfisler îdmiich » bile comme un mort jusqu*à ce qu*on le fît cuire; c'était seii* 9 iement quandses membres éiftient dans Teau bouiliante qu'il » donnait signe de vie. »
ALBXANBBE.
J'admire comment ils peuvent rester si longteo^ sans [Rendre de nourriture.
JULES CÉSAR
Gela provient d'une faible chaleur qu'ils conservent même en hiver, et d'une grande quantité de graisse; par ceHe force latente de la chaleur et cet amas d'humeur grasse, ils résistent à la décomposition et se nourrissent lentement , de nniHère que , pleins de cette graisse, ils n'ont besoin d'aucune autre nourriture : tous les pores de la peau étant bouchés, la transpiration interrompue n'occasionne aucune perte.
ALEXANDRE
Je comprends; mais dites-moi comment ces animaux peavent s'engraisser en dormant ainsi tout l'hiver : assurément dans une plus grande masse il y a plus de matière, mais as ne prenftent aucune nourriture du dehors.
JULES CÉSAR
Ce n'est pas l'effet de la nourriture, mais de la chaleur ilâ« turelle qui fond les humeurs grasses.
ALEXANDRE
Vous disiez tout h l'heure que ceux qui tombent d'un lieu élevé restent étourdis et comme morts.
JULES GÉSAB.
Le révérendissime Grégoire I^NEola, théologien carioâite, me conta à Gênes qu'il était tombé d'une fenêtre élevée, et que pendant tout un jour il avait été privé de l'usage de ses sens; il avait les yeux ouverts sans voir, et il ne sentait pas le fer des médecins. Gela provenait de ce que les esprits troublés s'étaient réfugiés dans le cœur» et dès lors i'ftme ne pouvait
' Philosophie ooculto, I^SS.
ph» remplir ses ibnetioss. Dans rjgttatkm de i)ie$ esprits, ■ ^nir ce nTam homme, je ne pouvais pr^uke aucua acte; de plus, et par auite de la violence du choc, les méninges et les pores dtt eerv«au étaient comprimés, ce qui m'était r«sage des sens et de la parole.
ALBXAIfimE.
Qa*esl-€e qne la syncope?
JULES CÉSAR
Une grande défaillance des forces.
ALEXANDRE
IMteMBoi quelque ebose de Tépilepsie.
JULES CÉSAR
QiMttd les anciens voyaient à leurs c6tés des malheweux tomber tout à coup en convulsion, ils rapporuient ce mal à la vvrionté de qudques dieux.
ALEXANDRE
Cette opinion existe encore chez le peuf^e le plus dirétien ; dm tonte la France on attribue ce mal à saint Jean, précurseor du Christ, c'est pourquoi on le nomme le mal saint Jean.
JULES CÉSAR
Je voudrais que, sans msulter à leur ignorance, on délivrât km Ufrit de cette opinion erronée.