‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 103 sur 138 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ce qu’on peut dire d'intcllii;ihle sur les idées.

4.')î. Les idées ne sont que de pures modifications de notre âme , en tant qu’elle pense ' ; elles sont ûfes par rapport à l’objet représenté par elles intérieurement à notre îlme , et perception par rapport à l’éme qui en reçoit l’impros.sion , et qui distingue clairement une perception d’avec l’autre. Il est manifeste que nos iflées, prises en ce scns-là, ne sont pas plus distinguées de notre entendement que le mouvement l’est du corps remué.

453. C’est notre esprit, dit-on , qui reçoit les idées. Or, la faculUi qui reçoit ne diffère-t-elle pas de l’idée qui est reçue? A (juoi on répond que l’esprit qui reçoit une idée ne diffère de l’idée reçue que comme une boule qui reçoit du mouvement diffère du mouvement même qui y est reçu.

434. M. Le Clerc propose une autre objection. Si nos idées , dit-il, n’étaient que la perception de notre ilme, nous ne distinguerions pas la perception d’une sensation qui est uniquement en nous, comme la douleur qui y est causée par

' T.a plupart des philosophes scholastiques, et les philosophes cartésiens eux-mémes , avaient considéré l'idée comme quelque chose d’intermédiaire mire l'esprit qui connaît et l'ohjet qui est connu. I.ocke était tombé dans la même erreur. Reid s'attribue comme son principal mérite d'avoir réfuté celle théorie et d'avoir établi que l’idée n'est pas quelque chose de distinct de l'esprit qui connaît. I.u P. ruITfer, qui délin'l les idées de simples modilicallons de l'esprit, avait déjà eu ce mérite. Comment se fait-il donc que Reid ne le cite pas avec Arnaud parmi les philosophes qui ont attaqué avant lui l.i légitimité de ce qu’il appelle la théorie des idées 7

line épingle, d’avec la perception d’un objet qui est uniqueini'nt bore de nous, comme la perception de l’épingle même, laipielle n’est point dans nous. Je ne conçois pas (lop ce qu’entend M. Le Clerc par la perception de l'épingle ; l’dme jierçoit l’idée de l’épingle, et non pas l’épingle même. Du reste, quelle peine y a-t-il à concevoir que parmi nos perceptions , les unes nous font sentir ce qui est uniquement dans nous , et les autres ce qui est hors de nous? Les unes (‘t les autres en seront-elles plus ou moins des modifications de notre âme ? Ce seront , si vous voulez , différentes déterminations d'idées ou de perceptions dans notre âme, comme il se trouve dans la matière diverses déterminations de mouvement, c’est-à-dire diverses sortes de modifications. Nous parlerons ailleurs de la clarté ou des obscurités des idées *.

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