‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 105 sur 138 · TROISIEME PARTIE. — CDAP. IX · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. — CDAP. IX

opinii\lre qui voudrait soutonir que , comme il se trouve un rapport d’opération entre le corp.^ et l’ilme sans que je le comprenne, il n’est pas impossible aussi qu’il se trouve entre le corj>s et l’Ame un rapport de production, quoicpie je n’v comprenne rien? Il faut lui répondre que l’exix^rience me convainc du rapport d’opération entre l’àme et le corps, sans (|ue j’aie nulle- expr'rience et nulle idée d’aucun rapport de production entre l’un et l’autre. Quoi qu’il en soit , sans connaître naturellement comment notre âme est produite , nous avons des preuves qui emportent la conviction touchant la spiritualité et l’immortalité de notre Ame.

4’)8. Nous ne connaissons de destruction que par l’altération ou la séparation des parties d’un tout ; or, nous ne voyons point de parties dans l’Ame ; bien plus , nous voyons jiositivement que c’est une substance parfaitement une et qui n’a point de parties.

•i39. Cette prérogative d’unité parfaite ne convient nullement à un corps (N. 236 elsuiv.}; il ne saurait être qu’un assemblage de parties dont l’une n’est pas l’autre. Dans une horloge, par exemple, touchez au balancier, vous ne touchez pas A la roue; s’ils avaient du senliment, le balancier pourrait avoir de la douleur ou être malheureux, tandis que la roue aurait du plaisir et serait heureuse, sans que l’un ressentît ce que sentirait l’autre.

460. Il n’en est pas ainsi de mon Ame; elle est tellement une qu’on ne peut faire impression sur ce qu'on imaginerait être une de ses parties, qu’on ne le fasse sur toute sa substance. Je regarde une vue agréable, j’écoute un beau concert : ces deux sentiments sont également dans toute l’Ame. Si l’on y supjiosait deux parties, celle qui entendrait le concert n’aurait pas le sentiment de la vue agréable, puis((ue l’une n’éUmt pas l’autre, elle ne serait pas susceptible des alfeclions de l’autre.

461. I.’àme n’a donc point de parties; elle compare divers sentiments qu’elle éproiive. Or, pour juger que l’un est

doiilourpiix ot l’niiti-e agréable, il faut qu’elle ressente tous les deux, et par conséquent qu’elle soit une même substance très-simple. Si elle avait seulement deux parties, l’une jugerait de ce qu’elle sentirait de son côté, et l’autre de ce qu’elle sentirait en particulier de son côté , sans qu’aucune des deux pût faire la comparaison , et porter son jugement sur les deux sentiments. L’Ame donc est sans parties et sans nulle composition ; or, la composition et les parties sont la seule cause que nous connaissions de destruction , comme tout le monde en convient : nous ne voyons par consc^quent dans les âmes aucun princiiie de destruction , ni aucun sujet de juger qu’elles doivent être détruites.

462. Mais ne pourraient-elles pas avoir un principe de destruction qui nous fût inconnu , comme elles ont un principe de formation qui nous l’est entièrement? Voilà jusqu’où le raisonnement le plus favorable au libertinage peut pousser ses retranchements. Cependant , outre ce que lu foi nous apprend , et à nous en tenir à la raison humaine , nous sommes encore incomparablement plus forts que nos adversaires; car que nos âmes aient eu un principe de formation, nous n’en pouvons douter, puisqu’elles ont été formées, mais qu’elles aient un principe de destruction , nous n’avons nul sujet de le croire , ayant sujet do penser le contraire. Il est vrai que nous ne connaissons pas toute la nature de notre âme ; mais ce que nous ne connaissons pas est , par rapport à notre raisonnement, comme s’il n’était point, et nous n’en pouvons rien conclure. Du moins, disent quelques-uns. Dieu no peut-il pas anéantir notre âme comme il l’a créée? Il est vrai , mais ce n’est pas de quoi il s’agit. Outre ce que la religion nous enseigne , les lumières naturelles suffiraient seules pour nous ôter là-dcssus tout soupçon ; et c’est ici que les preuves morales doivent avoir lieu.

463. Le désir d’étre heureux est ce qu’on peut imaginer de plus profondément enraciné dans notre cœur et dans la nature de l’homme. C'est donc l’auteur môme de la nature qui

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a imprimé on nous ro désir et tout ce qui y est nécessairement joint ; comme le goût de la vertu , qui nous fait estimer la disiwsition d’étre réglés en nous-mêmes et bienfaisants à l’égard des autres. Or, Dieu, infiniment plein de sagesse et de bonté comme il est, jK*ut-il nous avoir destinés à une fin à laquelle nous n’arriverions jamais':? Cependant nous n’arrivons jwint, en cette vie, au parfait bonheur auquel nous aspirons. Si notre âme était mortelle' et qu’elle dût finir avec notre corps, jamais nous n’y pourrions parvenir.

464. J)e plus, le moyen que nous concevons évidemment avoir un rapport essentiel au bonheur, savoir, la sagesse et la vertu , l’équiU» et la bonté , n’auraient au bonheur auquel nous nous sentons destinés qu’un rapport équivoque ou faux , Dieu {lermettant souvent que les vertus soient contrariées, humiliées, rebutées en cette vie. Quand même elles y porteraient toutes leur fruit, je sens toujours en moi un di'sir do durer plus longtemps que l’espace de cette vie : il ne sera jamais accompli si mon âme est mortelle. Or, ce désir est mis en moi par l’auteur de mon être, qui m’indique par là ma destination : cette indication serait fausse , et il m’aurait trompé dans un point essentiel , ce qui est contraire à 1a vériU', à la sagesse et à la sainteté de Dieu. On ne peut donc concevoir qu’il y ait un Dieu bon et sage , et ne pas concevoir que notre âme doit durer après cette vie pour arriver à la félicité dont il nous a inspiré le désir.

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