CHAPITRE X
Du premier principe de noire dme el de loules clioses, qui est Dieu.
465. l". Nous avons montré (N. 287) que piulout où il se trouve de l’ordre il se trouve quelque intelligence qui en est l’auteur; il se trouve de l’ordre dans le coinpoîé général de l’univers, et dans le compose* particulier qu’on apiælle
l’homme; il est donc une intelligence qui est cause de cet ordre. Cette cause intelligente, et supérieure à tout Tunivers et à tout homme, et qui les a fait ce qu’ils sont, c’est coque j’appelle Dieu : il existe donc un Dieu.
Si l’on ne se rend pas à cette preuve, toute simple qu’elle est, je ne crois pas que ce soit la peine de raisonner sur le sujet présent. Pour raisonner, il faut un premier principe, c’est-à-dire une proposition dont on convienne, qui soit hors de toute contestation, et qui (N. 39) soit si claire qu’elle ne puisse être attaquée ni prouvée par une projwsition plus claire. Or, il n’en est aucune qui ait plus ce caractère que le principe : Tout ce que je vois où il se trouve de l’ordre, et un ordre durable et constant, a pour cause une intelligence. Entre un homme qui jugera qu’une montre qui indique régulièrement les heures a pu exister d’elle-mème , sans 1a direction d’aucune intelligence, et un homme qui juge que deux et deux ne font pas quatre, je ne mets point de différence par rapport à l’extravagance du jugement ; je ne crois pas même que personne y en trouve sérieusement plus que moi.
466. Si l’on prétend que les règles du mouvement éUmt nécessaires dans la nature, il a dû s’ensuivre nécessairement un ordre de choses tel qu’il est eu effet , je dirai que les lois actuelles du mouvement dans la nature n’y sont nécessaires que par une volonté libre d’une cause intelligente. Sans elle, la matière étant indifférente par elle-même à tel degré ou telle direction de mouvement, comment y aurait-elle été déterminée?
467. D’ailleurs, si l’univers en général et l’homme en particulier, ont pour auteur une intelligence supérieure , comme l’ordre qui s’y trouve est également admirable , estimable > bon et utile, il faut que leur auteur ait encore quelque chose en soi de plus admirable, de plus estimable et de meilleur que tout ce qu’ils sont ; puisque l’ouvrier est toujours plus parfait que l’ouvrage , et la cause plus que l’effet. Or, l’ouvrage et l’effet surpassent ce que nous coneexons de |>lus es-
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timable, de plus adtniral)le et de meilleur : relui qui en est l’ouvrier et la cause, l’est donc encore incomparablement davantage, et se trouve, par sa nature, au-dessus de ce que nous en pouvons exprimer ou concevoir. C’est l’idée que nous avons quand nous appelons Dieu un être infini , c’est-àdire que nous n’apercevons point les bornes de ses qualités, et que nous ne soupçonnons même aucune voie de les découvrir.
168. Mais jusqu’où s’étend cette cause, en vertu, en efficace , en mérite ? c’est ce que nous ne pouvons déterminer. Si nous nous avisions d’y fixer un degré ou une mesure plutôt qu’un autre degré ou une autre mesure, il est évident que ce serait une fantaisie et une bizarrerie toute pure; c’est donc un effet de la raison de n’y point admettre de bornes. Mais qui nous a dit qu’il n’y a pas ainsi plusieurs causes de ce que nous voyons dans l’univers en général et dans l’homme en particulier? Qui nous a dit que, s’ils n’ont qu’une seule cause, elle n’ait pas elle-même une autre cause, cette autre une troisième, et la troisième une quatrième, et ainsi à l’infini?
169. Do soupçonner plusieurs causes de l'univei-s, ce serait le pur effet de cette bizarrerie dont nous parlons, manifestement opposée à la raison , et vouloir admettre ce qui est plus difficile à concevoir, pour rejeter ce qui l’est moins. Un tout, comme l’imivers, dont l’homme fait partie, et dont les parties les plus dignes de notre attention ont entre elles un si merveilleux rapport, peut et doit partir plus aisément d’une seule intelligence que de plusieurs, qui ne pourraient jamais combiner leurs projets aussi parfaitement qu’une seule peut arranger et combiner les siens. Aussi ne vient-il point à l’esprit d’imaginer plusieurs causes différentes de l’univers, à moins qu’on ne les supposât subordonnées l’une à l’autre. Que si on le fait, c’est reculer la difficulté ou l’augmenter au lieu de la résoudre.