CHAPITRE XI
Des inlelligonces milojcnnes cnlrc Dieu cl l’ilme liumaine.
474. Par inleUigence^ miloijenncs, on expritx, j’ontends dos substances spiritiicllos, c’est-à-dire, capables de penser et de vouloir , sans iHre attachées à un corps tel que le nôtre.
475. Je dis à un corps tel que le nôtre; car on peut concevoir des intelli.iîences qui n’aient aucun corps, ou qui en aient d’une autre espèce que le nôtre. En effet, n’apercevant aucune liaison nécessaire entre notre àme et la substance de notre corps, nous pouvons juger aussi qu’une sulistance spirituelle existe sans aucun cerps. Apercevant d’ailleurs, par expérience, que notre Ame est unie à notre corps, il ne jiarait nulle répugnance qu’un esprit supérieur en intelligence fôt attaché à un corps qui eût avec lui la proportion qu’a notre corps avec notre Ame.
476. De ce côté-là nous ne voyons, dis-je, nulle répugnance à admettre des esprits ou intelligences mitoyennes ; et c’est ce que la révélation nous enseigne, savoir, qu’il y a des esprits appelés Anges ou Démons. Mais il ne s’agit j>as présentement de la révélation; il s’agit de voir, supposé que la raison subsistât sans la révélation, si nous admettrions des esprits; à quoi je réponds, que je n’en sais rien. Nous pourrions en admettre, il est vrai ; y serions-nous obligés? Non. Mais Platon, conduit, dit-on, parla seule lumière naturelle, s’est cru obligé d’en admettre. Il y a lieu de douter qu’il n’eût pas tiré cette opinion, comme plusieurs autres, de la connaissance confuse qu’il avait des mystères du peuple de Dieu , par le commerce qu’il avait eu avec les Égyptiens , parmi lesquels les Israélites avaient demeuré plus de deux cents ans. Je sais que Platon néanmoins fonde son opinion sur une
raison particulière; mais elle no me paraît pas assez convaincante pour la faire goûter à tous. La voici.
in. Nous voyons clos substances qui sont de purs corps; nous voyons des substances, telles (pie riiomme, qui sont en même temps esprits et corps ; donc il faut qu’il y ait des substances qui soient de purs esprits. Si je nie la conséquence à Platon, comment lui ou ses partisans la prouveront-ils? En attendant, je tiens la conséquence pour non prouvée, ne pouvant apercevoir de moi-méme comment elle l’est.
<478. Du reste, on ne voit jH)int que l’expérience, premier guide de la raison humaine, ait pu jamais nous obligera admettre des esprits mitoyens. Cependant c’est l’expérience même qu’on objecte en plusieurs faits qu’on allègue : tantôt les apparitions des esprits; tantôt les prédictions des devins; tantôt les réiK)n.ses des oracles; tantôt les merveilles opérées par des magiciens ; mais dans tout cela on ne montre invinciblement que des événements merveilleux, et non point des 8ul)stances mitoyennes entre Dieu et l’homme. Ainsi on pourrait attribuer ces elfets , ou à des impostures, ou à des forces extraordinaires de la nature, ou , plus sen.sément encore, à rAutcur même de la nature ; donc on n’est point obligé par là d’admettre des esprits mitoyens. Aujourd’hui même que la révélation nous instruit distinctement de l’existenc« et de l’opération des bons et des mauvais esprits, bien qu’on ne puisse nier quelques-uns de leurs clfeLs, il est toujours vrai que la séduction est quelquefois extrême sur ce sujet. D'ailleurs, avec l’allention que j’ai apportée pour vérifier ce que j’ai pu voir ou entendre sur ce point, je crois n’avoir rien vu ni rien entendu qui dût engager un esprit raisonnablement critique, à juger , par les seules lumières naturelles et indépendamment des faits révélés, qu’aucun esprit ou intelligence mitoyenne se soit clairement manifesté.
479. Que faut-il donc dire des particularités de leur nature et de leurs opérations? Quo doit-on juger de leur manière de penser, d’agir, de vouloir, de parler, de se porter