‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 107 sur 138 · Car enfin, ces causes subordonnées auront une pre · texte numérisé non relu

Car enfin, ces causes subordonnées auront une pre

mière cmiso, où ollos n'en iiiironi pus. Si elles en ont , e’est ce que nous rherclions, et ce qui sera le principe de tout ce qui existe. Si elles n'ont point de principe elles n’existent pas, puiscpic étant toutes cnuscs .suùon/unnécs elles ne peuvent exister que par sul)ordination à un premier principe : sans cela, à quoi seraient-elles sul)Ordonnées? à rien; elles ne seraient donc plus subordonnées, ce qui détruit la supposition.

Mais admettant, dit-on, des causes à rinrini, chaque effet aurait toujours sa cause antérieure, et l’on ne pourrait assigner aucune cause cpii n’eùt auparavant un principe. Parler ainsi, c’est dire des mots, sans rien dire que l'esprit conçoive et qui puisse former une idée.

•t71. Dans la suite infinie <le toutes ces causes qui ont existé jusqu’à présent, aucune n’existerait par elle-même, et par conséquent aucune n’existerait; car elles n’auraient ni au dedans d’elles, ni au dehors, aucun principe cpii k's déterminât à exister. Elles n'en auraient pas au dedans, aucune d’entre elles n’ayant en soi le principe de son existence; elles n’en auraient pas au dehois, puisqu’il n’y a rien hors de cette suite infinie. Si vous dilt'S encore que chaque cause existerait i>ar sa cause antérieine, vous rejetez précisément la meme difticulté sur cette cause antérieure; car je vous demande qui a déterminé cette cause antérieure à exister? Or, reculant de cause en cause, au lieu d’éclaircir la difficulté, vous ne feriez que la prolonger dans votre infini imaginaire. Comme vous y trouvez toujours un effet sans cause et une détermination sans princi|>e déterminant, je suis autant en peine de concevoir qui a déterminé la cause antérieure que la cause postérieure. Ainsi , voyant le l>out d’une chaîne susjx'iidue, dont le haut serait si élevé que ma vue s’y perdit, si vous demandiez quelle est la cause (pii susj^iend cette chaîne, et que je vous répondisse : La can‘<e esl qm chacun (tes chaînons lient l'un à l'autre , vous ririez de ma réponse, et avec raison, puisque la difficulté resterait la même; et vous me demanderiez à tpioi tient la suite infinie de la

TROISltME PARTIE. — CHAP. X. 195

chaîne, coiniK)S(''e de tous les chaînons, dont aucun no tient et n'est suspendu par lui-nuWne. Cette chaîne, tout infinie qu’elle serait, n’est toujours qu’un composé de chaînons, dont aucun ne peut demeurer suspendu par lui-inèmo : la suite de chaînons ne saurait donc demeurer suspendue que par quelque chose qui soit hors d’elle; or, il n’y a rien hors d’elle.

472. Loi-s donc qu'on rejette à l’infini d’une cause à l’autre le principe de l’univers, on admet à l’infini une suite d’incompréhensibililés et de contradictions. Il est vrai que l’éternité d’un premier être (qui est l’infinité par rapport à la durée) ne se peut comprendre dans tout ce qu’elle est; mais tous peuvent et doivent comprendre qu’il a existé quelque être dans l’éternité. Autrement, un être aurait commencé sans avoir de principe d’existence, ni dans lui, ni hors de lui , et ce serait un premier effet sans cause. C’est donc la nature de l’Iiomme d’être forcé, par sa raison, d’admettre l’existence de (juelque chose qu’il ne comprend pas : il comj)i end bien la nécessité de cette existence éternelle , mais il ne comprend pas la nature de cet être existant éternelleiiient, ni la nature de son éternité; il comprend qu’e//e eM , et non pas qw’-Ue elle es(.

Celte dernière réllexion est la solution à mille embarras ridicules que se fait l’esprit humain. Sa nature est do connaître l’existence de certaines choses, sans en connaître les propriétés, et lui, il voudrait renoncer à la connaissance de l’existence , parce (pi’il n’est pas à portée d’en connaître les propriété’s. C’est comme si quelqu’un voulait renoncer à être ])ersuadé qu’il se souvient et (ju’il penst^, parce qu’il ne |K‘ut éclaircir à son gré comment il se souvient et comment il pense. Le comimut nous échappe; laissons-Ie là, parce que nous n’en avons pas l’idée. Une chose dont nous n’avons pas l’idée étant et devant être, par rapporta notre raison et à notre raisonnement, comme si elle n’était point, nous n’avons à en juger ni à en conclure ri(‘n contre les choses

que nous connaissons qui existent. Nous ne connaissons point comment le premier être existe , nous n’en connaissons pas moins qu’il existe : nous no concevons point son éternité , nous n’en concevons pas moins qu’il faut qu’il ait éternellement existé. Enfin , nous n’avons point l’idée de tout ce qu’est en soi le souverain AuU'ur de notre intelligence et de tout l’univers, mais nous n’en avons pas moins une idée trésclairo qu’il est inqwssifile <jue lui-méme il n’ait pas excellemment et l’intelligence et toutes U*s bonnes qualités qui se trouvent dans l’univers.

473. C’est donc ici un devoir essentiel à la méthaphysique, de bien déméler ce qu’on énonce, quand on parle d’un objet incompréhensible tel que Dieu. Il n’est pas en tout incompréhensible par rapport à nous. S’il en était ainsi, nous n’aurions de lui aucune idée, et nous n’en aurions rien à dire : mais nous pouvons et nous devons affirmer de Dieu , qu’il existe, qu’il a de l’intelligence, de la sagesse, de la puissance, de la force, puisqu’il a donné de ces prérogatives a ses ouvrages , et (ju’il a ces qualités dans un degré qui passe ce que nous pouvons en concevoir : I®. les ayant par sa nature et par la nécessité de son être , non par communication et par emprunt; 2®. les ayant toutes ensemble et réunies dans un seul être, très-simple et indivisible, et non par parties et dispersées , telles qu’elles sont dans les créatures ; 3”. les ayant enfin comme dans leur source ; au lieu que nous ne les avons que par des ruisseaux , et comme des gouttes émanées de son être infini , éternel , ineffable. Mais entre son intelligence et la nôtre, n’est-il point quelque autre intelligence qui tienne le milieu? Il ne sera pas hors de propos de l’examiner.

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