PREMIÈRE PARTIE. — CIIAP. X
(les objets: de sorte qu’au même lemyw qu’ils ju^woiit sans rélk'xion que le soleil est de quatre pieds, ils sont tous également disposés, par la moindre réllexion, à Jiii'er que leur premier Jugement est sujet à erreur. Ce premier jugement Il est donc pas un sentiment de la nature, puisipi’au contraire il est universellement démenti par le sentiment le plus pur de la nature raisonnable, (|ui est celui de la réflexion. Cette réponse peut servir à toutes les difficultés qu’on jKiurrait tirer des erreur populaires , contredites manifestement par 1 évidence do la réflexion, du raisonnement ou de l’expérience.
80. On dit secondement : C’est une maxime parmi les sages, et comme une première vériU- dans la morale, que la i'érilé n'est jmiiit pmr la multihule; ainsi, il ne parait yias judicieux d’établir une règle de vérité sur ce qui est jusé vrai par le plus grand nombre.
81. Je réponds qu’une vérité précise et métapliysique ne se mesure pas à des maximes communes dont la vérité est toujours sujette à différentes exceptions : témoin la maxime qui énonce que la voix du peupde est la voix de Dieu. 11 s’en faut bien qu’elle soit universellement vraie, bien qu’elle so vérifie à peu près aussi souvent que celle qu’on voudrait ici objecter, ipie la vérité nest jmnt ;xn/r la multitude. Dans le sujet même dont il s’agit touchant les pi-emières vérités, cette dernière maxime doit passer pour être absolument fausse.
82. En effet, si les premières vérités n’étaient répandues dans l'esprit de tous les hommes, il serait impossible de les faire convenir de rien , puisqu’ils auraient des principes differents sur toutes sortes de sujets. Ainsi , leurs raisonnements les plus justes ne serviraient (ju’à fomenter entre eux l’esprit de fausseté et de contradiction , puisqu’ils seraient appuvés sur de faux principes. Lors donc qu’il est vrai de dire quo la vérité n’est jtoint iMur la multitude, on entend une sorte de vérité qui , pour être aperçue , suiqioso une attention , une
eupücilé et une exj)érieace particulières ; prérogatives qui no sont pas i>our la multitude. Mais c’est de quoi elle n’a j«s besoin pour discerner les premières vérités, qui emjiortent toujours le plus grand nombre d’esprits, quels qu’ils soient , savants ou ignonints, puisqu’afin d’en être persuadé il ne faut que penser, sans qu’il soit besoin d'attention ni d’expériences particiflières.
83. Troisièmement. On objecte que môme quand le sentiment commun ou universel sm'ait une règle infaillible de vérité , elle deviendrait inutile dans l’usage par la difficulté ou l’iinpossibililé de discerner quel t'st le plus grand nombre, }KMjr vérifier ce que pensent chacun des hommes sur un mémo j)oinl.
8i. Je réixmds 1®. qu’à l’égàrd des premières vérités ou premiers principes, si l'on peut douter sérieusement qu’ils soient admis par le plus grand nombre , on pourra douter sensément si c’est un premier principe ou piS?mière vérité. 2®. Quand une vérité se présente à nous comme une première vérité, elle l’est en effet, si on la voit admise jwur telle sans qu'on l’ait vu contredire , et sans qu’elle l’ait été jamais d’une manière à faire changer sérieusement de sentiment au plus grand nombre. 3®. Le sentiment commun de la nature , (jui est une première règle de vérité , n’a pas besoin pour se justifier do la recherche qu’on en ferait dans les particuliers : elle se justifie par elle-même , puisqu’elle est évidente et qu’elle se trouve dans chacun des hommes particuliers; en sorte que si quelques-uns en sont disconvenus, ils ont été démentis par le nombre incomparablement le plus grand. Enfin la meilleure réponse à cetfe difficulté est le sentiment mémo de la nature. En effet, que dire à celui qui voudrait s’imaginer, sous prétexte qu’il n’a pas vu tous les hommes, qu’il en est peut-être qui ne désirent pas d'étre heureux, ou qui n’ont pas besoin de se nourrir pour vivre? La difficulté porterait avec elle sa réponse, ou plutôt dispenserait d’en donner aucune.
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PREMlfeRE PARTIE. CIIAP. XI.