‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 4 sur 138 · DIVISION DE L’OUVRAGE · texte numérisé non relu

DIVISION DE L’OUVRAGE

4 . Le sujet que je traite en ce volume est peut-iHre celui qui fournit le plus à espérer pour les lecteurs , et le ])lus à craindre pour l’auteur. Connaître tes vérités dans leur source, faire une analyse de celles où il faut remonter pour établir tout ce qui a besoin d’ètre prouvé, et au delà desquelles on ne remonte point ; rapporter des principes qui se fassent jour au travers des préjugés du peuple , de l’embarras des écoles, de la prévention même do certains savants ou philosophes à la mode : rien est-il plus capable d’intéresser ?

2. En effet, le discernement des i)remières vérités est comme la clef de toutes les sciences, le ressort de tout jugement droit , la règh^ de ce qu’on peut découvrir de plus exact dans nos connaissances, Tàme et l’essence en quelque sorte de la vérité en général, laquelle, dans la pratique, ne subsiste que par les premières vérités. Comme elles se puisent dans ce que l’esprit humain a de plus intime et de plus immédiat à lui-même, elles appartiennent à une science particulière qui fait le sujet do ce Traité. Si quelques-uns la prenaient pour une vraie métaphysicpie , ils ne se tromperaient peut-être pas ; mais quelle qu’elle soit , elle doit accompagner, précéder ou suivre de si près la logique, qu’elles se prêtent l’une à l’autre un secoui-s nécessaire , pour en former l’art de penser avec justesse et précision ; ce qui est l’objet le plus digne de l’homme et le fruit le plus solide des sciences.

3. Mais si le sujet de ce livre est intéressant pour les lecteurs, combien est-il redoutable pour l’auteur? Les recher-

TBAITfi DFS PREMlkRES VfiRITftS.

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rli('s qu’il cnmjMirlp (loinatKl<‘nl d(s rollt'xioiis sonvi'iit iil»strait(s. Qiiclqiu* soin ([u'nn |mMiiu* pour lus cxposor do la manit'ro la plus clain* , ollos sont jmîu "oi'itôos ot sou\ ('iit pou ontouduos par los osprits ordiuairos. On a tàcliô do los api»uyor ici sur le sims couiniim; ol lo sons conimuu liiiluonu' n'osi pas toujours aisé à saisir ou à doinôlor oxacloluont , surtout pour roux qui no sont pas familiarisés avoc los ol)j('ts au-dossus d(*s sons ot dos idoos j)Opulairos.

i. On s(' consüh'rait si l'on ]>ouvait compter ici sur l’apj)robation dos sa\ants ; ot c’ost un nouvol écuoil. Oux qui par leur profession so donnonl ))Our maîtres dans los maliôros abstraites, méconnaissent quelquefois los vérités les ])lus importautos, ipiand elles ne sont pas nnètnos de formalités ot d'expressions autorisiH's luumi oux ; et qu’»>spéror do s»(*ns (jui trouvent un o\i\rag(> superficiel , parce (pi'ils n’y trouvent rien que d'intollijiiblo , qu'on écarte los 1aiiss<'s siddililés, et ([u'on on abrège la j»ratique et les réglés ?

5. Si j'ai de la sorte à craindre du cété do quelques pliilosopluîs scolastiques (je dis d(‘ qiu*lques-uns , car il c'ii est jilusieurs (|ui allient très-bien la subtilité avec la solidité), aurai-je meilleur parti de ceux qui ont acquis do la réputation par leur nouv(“au [)lan d(* i)hiloso[)hie ? Leur nom so\d est un éloge. Après tout , je n'ai pas cru que les grands noms fie Descartos, du Pore Malobranclie, et d’autres semblables , deissont faire plus de pour que* ceux de Platon et d’Aristote: j’avoue mémo (pie j'aurais honte de balancer à prendre un sentiment contraire au leur, (|uand la raison y conduit. On est redevable à D(scartes d'une manière (1(> ])hilüsopbor méthodi(iuo, dont l'usage s’est établi à son occasion ou à son ('xeinple ; ot on lui est (mcore plus redevable que ne ]»ensent ((uelquis-nns de ses sectal(*ms, puisque sa métliode sert quebpiefois à le combattre lui-mème ; jKiur le Père Malebranclie, il a.<aisi l’imagination de beaucoup de personnes : mais la Métaphysicpie de M. Locke a fait revenir une grande

DESSKI.N ET DIVISION DE l/OEVRAGE. 5

piirlio (îo l'iüuropc' de cerliiiuc'S illusions (i nvesties en syslèni(>s. Leur foiidi'iiiont particulier est (ju’on ne voit pas clair dans les princijies coniniuns; tandis qu'on \oit encore moins clair dans ceux qu'on jjrélend y substituer. Les anciens avaient donné en des extrémités ; leurs réformateuis ont donné en d'autres ; c’est 1(> milieu ([u'il faut tenir, surtout dans la recbei clu' des premières vériU’s.

(). Au ri'ste l’importance de les discerner s’aperçoit d’ellcmènie. En effet , qu’est-ce cpii rend défectueux le peu de connaissances dont nous sommes ca|iables’? E'est (jue dans la suite de nos laisonnements il se trouve des proijositions qui arrêtent notre esprit , ou dont on ne convient jms avec nous. Alors nous tâchons de les prouver ; et si nos preuv<*s ne persuadent pas, nous en apjmrtons encore de nouvelles : mais, en remontant ainsi de preuve en preuve, il faut rencontrer enfin des propositions qui n’en aient plus bi'soin ; autrement toute la \ ie se passe à proin er, sans avoir jamais rien trouvé de fixe et sans jamais savoir à quoi s’en tenir. Il s’ensuit donc manifestement qu’il y a des propositions qu’il ne faut point entreprendre et qu’il n’est nullement nécessaire de prouver, mais qu’il est de la dernière importance de discerner ; et ce sont celles que j’appelle des jn-emima rénfps.

7. Je sais ce qu'ont demandé quelques-uns , s'il est effectivement de premières vériU’*s? A quoi j’ai répondu, que c’est ce qu’il faut rechercher; qu’en tout cas si l’on n’en trouvait point d’autres , on aurait du moins celle-ci pour y suppléer ; savoir : Qu’il n’est au monde aucune vérité : car s’il n’en est point de premières, il n’en est plus de secondes, ni de troisièmes , etc. ; il n’y aura plus rien de vrai, et il y aura même de la folie à chercher la vérité en rien , quoique la suprême sa«;esse consiste à la chercher en tout.

H. La simple exposition des choses faisant entendre celle dont il s’a^iit, il suffit de définir ici exactement les premières \ériti'-s. en disant qui* ce .sont des propositions si claires,

TBAlTft DES PREMll'RES VÉRITÉS.

quelles ne peuvent être prouvées ni comhattues par îles propositions qui le soient ilavimtaife. Sur quoi jo r('*(lui.i ce qui p’oiïre à (lire dans un sujet si ossontiel, à quelques chefs dont je ferai les diflerenfes parties de cet ouvrage.

Quels sont lt‘s divers genres de premières vérités, d’où ils se tirent, et c(» qu’ils ont essentiellement de commun ;

2®. Quelles i)remières m érités on peut découvrir par rap ]>ort aux êtres considérés en général ;

3®. Quelles sont les j»remieres vérités qui concernent les êtres spirituels;

’ 4®. Quelles sont les j)remières vérités qui concernent les êtres corporels ;

.'i®. A quoi nous pourrons ajouter, en forme A' App,endice , les connaissances qui peuvent tenir lieu de itremières vérités dans les sciences.

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