‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 5 sur 138 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Du genre do promiorcs vôrilôs qui se tire ilu sonliinenl do notre propre existence, et de ce que nous éprouvons en nous-mêmes,

9. promièro sourco et Ip promior principe de toiilo vérité dont nous soyons susccptiltlos , est le sentiment intime qu’a chacun de nous de sa jtropre existence et de ce qu'il en éprouve en Itii-méme. C’est là, dis-je, la base do toute autre vérité et de toute autre science humaine. Il n’en est point de plus immédiate pour nous convaincre qtie l’objet de notre pensée existe aussi réellement qtie notre pensée même, puisque cet objet , et notre pensée, et le sentiment intime que nous en avons, ne sont réellement (jiie nous-nlémes qui pensons, qui existons, et qui en avons le sentiment.

10. Tout ce qu’on voudrait dire , afin de prouver ce point ou de l’éclaircir davantage, ne servirait qu’à l’obscurcir : do même que si l'on voulait trouver quchpie chose de jdus clair que la lumière et aller au delà , on ne trouverait i)lus cpie des ténèbres.

11.11 faut nécessaiix'ment demeurer à celte première règle, qui se discerne par elle-même dans le plus grand jour, et qui , [Kuir cette raison , s’a|)pelle év idence au suprême degré. Les sceptiques auraient beau objecter qu’ils doutent s’ils existent , ce serait perdre le temps que de s’amuser à leur

8 TRAITÉ ni:s PREMIÈRES VÉRITÉS.

j'aiiP sentir leur folie, et de h'iir dire que s'ils doutent de tout, il est donc vrai qu'ils existent , ]Miis(|u'on ne peut douter sans existf'r. Il sera loujoiu's en leur |K)u\oir d(' se retrancher dans un verbiage ridicule, où il serait éiialoiuent ridicule d’entrelireudre d(* hs forcer. Il n’est pas raisonnable de daig;ner inonlier la M'iité à (|iii, affectant de ne j)as la voir, ne conviendrait |)as aussi de celle première projwsition , (jui est d’une éxiilence invincible ; Je peme , je sens, jf-risle.

12. On demande à celte occasion si Descartes n’osl i>oint tondié dons l’illusion de proposer sa propre existence comme une comsécpience de sa pensée actuelle, disant ; Je pense, donc je suis: puisque c’est par une même perception de notre Ame (pie nous (‘prouvons le scntim(*nt intime et de notre pensée et de notre existence. S'il avait efléclivement prétendu nous donner par là une nouvelle conviction de notre existence, comme quelques-uns l’ont cru, il aurait pris un soin fort inutile, j)()ur ne pas dire puéril. Mais ceux (|ui le justifient prétendent qu’il n’a insisté sur ce raisonnement , que pour donner un exemple de l’analyse des conséquences les plus simples (jiii se puissent tirer d’un principe. Or, il est vrai que j'existe (‘St une conséquence de la proposition je pense, puisqu’on ne peut penser sans exister; au lieu que je pense n’est pas une consi'quence de la pro|H)sition j'existe, car on peut exister sanspeus(‘r. Mais la conséquence est ici jointe à son principe si imnu'diateinent que , loin de |K)uvoir s’y méprendre, il faut do la subtilité pour aperi'evoir comment l’une n’est pas l’autn‘. .Viiisi cette faïueust' conséquence. Je pense, donc je siùs, est dans le fond \rai(‘ et légitime; mais dans le fond aussi e!l(‘ ne mériterait pas ti()p la i>eiue d’étre faite, et mériterait l'ucore moins qu'on la fit valoir comme une découverte

‘ Le P. Bufficr semble vouloir eaohcr aulnut que possible ce qu’il emprunte au cartésianisme si longtemps proscrit par son ordre. C'est pourquoi peut-être , après avoir dit qu'on est plus redevable à la méthode de Descartes que ne le pensent scs sectateurs eux-mémes, apres avoir opposé aux scepli(|ues rcr^unieni tondamenial île Descartes, i savoir ipie leur

rr.KMikr.F. partif.. — chap. ii. 9

1.3. Quoi qu'il ou soit , imo rélloxioii ])Iiis importante à faire, c'est (pie toute eonsétiuenee (|iii se tire clairement de notre j>eust'e actuelle, ])articipe au caractère de sa certitude <‘vidente au suprême de^ré ; telles sont les démonstrations qu’on appelle métaphysiques ou géométriques, qui ne sont autre chose c[ue notre pensée actuelle appliquée à différentes circonstances. C'est ce que nous développerons ailleurs.

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