‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 42 sur 138 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. XXIII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. XXIII

172. A l'égard des choses qu'il dit ; 1®. si elles ne se suivent et ne s’accordent pas bien ; 2®. si elles conviennent mal avec ce (|ui nous a été dit par d’autres j>ersonnes aussi dignes do foi ; 3". si elles sont par elles-mêmes difficiles à croire, ou en des sujets où il ait pu aisément se méi>rendre.

173. Les circonstances contraires rendent vraisemblable ce qui nous est rapporté ; savoir : 1®. quand nous connaissons celui qui nous parle j)our être d’un esprit juste et droit, d'une imagination réglée et plausible, d’une sincérité exacte et constante ; 2®. quand d’ailleurs les circonstances des choses qu’il dit ne se démentent point entre elles, mais s'accordent avec des faits ou des principes dont nous no pouvons douter. A mesure que ces mêm(*s choses sont rajiportées par un plus grand nombre de personnes, la vraisemblance augmentera aussi. Elle itourra même de la sorte parvenir à un si haut degré, (pi’il sera impossible de suspendre notre jugement , à la vue de tant de circonstances (pii ressemblent au vrai.

CIIAPITRK XXIII.

Éclaircissement d'une diflicultc sur la vraisemblance dans les témoignages transmis.

17i. On propose une difficulté touchant ce que je viens de dire, que la vraisemblance augmente à proportion du nombre des personnes qui rendent le Uuiioignage sur lequel elle est fondée. La difficulté tombe sur le nombre des U>moignages rendus par des personnes qui no parlent que sur l’autorité les unes des autres; en sorte qu’il n'y ait que les premières qui aient rendu témoignage, d’après la connaissance qu’elles avaient personnellement et par elles-mêmes d’un fait, sans rintervention d’aucune autre aulorité.

17o. Dans celle supposition, on demande si tous les

7û TRAITÉ DES PREMIÈRES VÉRITÉS.

témoignages (iiii ont été roidns uniquement d aj»rès le premier té'moignage, étant réunis ensemble, forment une autorité plus grande que ne faisait uniquement le premier. M. Locke juge que l’autorité en est manifestement moins "rande. Il api»orte pour preuve, que plus une vérité s éloigne do sa source, plus elle s’affaiblit ; de nutniêre qu’un témoignage a moitiK ik force, à mesure qu'il est ]^us éloigné de la vérité originale. Un homme digne de foi, dit-il, venant à témoigner qu une chose lui est connue, est une bonne preute, mais si un autre également croyable la rapporte sur le témoignage du premier, le témoignage est plus faible. Si un troisième le dit sur le rapport du second, le témoignage est encore plus faible, et ainsi du reste : de sorte que venant au centième, le téipoignage se trouvera comme dénué de force ; sur quoi cet auteur blâme certaines gens, chez qui les opinions acquièrent île nouvelles forces en vieillissant : c’est sur ce fondement, ajoute-t-il, que des propositions évidemment fausses, ou assez incertaines dans leur cornmeru:ement, viennent à être regardées comme des urites authentiques, par une. probabilité prise a rebours. Chacun des points qu’avance un auteur si ingénieux, à 1 égard d’une difficulté si intéressante, me paraît mériter une discussion particulière.

176. 11 est certain d’abord qu’une opinion fausse ou incertaine , n’en devient pas moins fausse ou moins incertaine pour vieillir, et que la pratique de la juger certaine pré* cisément parce qu’elle est ancienne et fort répandue, est digne de mépris. Le temps ne jircscrit jamais contre la vérité. D’ailleurs cette pratique paraît hors de la question dont il s’agit , et n’est plus dans les termes de l’hypothèse énonci^ par M.' Locke.

477. En effet il parle , dans sa supposition, du témoignage d’une vérité, laquelle passe jusqu’à nous par divers témoins qui se sont succédé , mais en siqiposant chacun d eux egalement croyable et digue de foi. ür, dans celte supposition

PBEMitRE PARTIE. — CBAP. XXIII. 75

(pourvu qu’on y demeure précisément) il me parait que le Uimoignage ne doit pas s’affaiblir, pour avoir passé par divers témoins, fussent-ils au nombre de cent. Afin de voir ia chose dans son jour, mettons-là dans l’exemple d’un fait historique.

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