‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 55 sur 138 · DEUXIÈME PARTIE.’ — CHAP. X · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.’ — CHAP. X

suis, je pense. Or, celto connnissanco ot»t, en un s(mis, I» même que celle-ci , ou du moins elle la renferme ; Je suis un , el non pas deux; Je suis moi seulement, et non pas un autre : car qui dit moi dit un qui exclut un autre en moi, et dit un qui n’est pas deux. Trouver de la difnculté sur ce point , c’est en trouver à dire : ce qui est telle chose est telle chose ; et c’est former une difficulté puérile, ou jilutôt un discours insensé. Comme donc nul ne peut méconnaitre le sentiment de sa propre existence pour une prernièn^ vérité, c’(*st également une première vérité que le sentiment do l’imité dans sa propre personne.

£.15. J'ai'donc ainsi l’idée la plus claire et la plus intime de l imité et de la pluralité qui lui est opposée. La chose en soi ne peut avoir nul embarras pour qui veut bien ne la jias embarrasser.

236. Mais une réflexion importante qu’auraient pu faire les philosophes, au lieu de rechercher vainement la nature de l'unité qui nous est nécessairement connue, c’est que cette unité ne convient qu’à des êtres tels que le mien (dont j’ai le sentiment intime par ma propre existence). 1! n’y a que moi, dis-je, et les autres semblables à moi qui puissent être véritablement, proprement et formellement «n, puisque l’unité prise de la sorte exclut, dans chaque être où elle se trouve , toute division même possible.

237. En effet, je ne puis sans folie penser de mon être et de et* que j’appelle moi qu’il puisse être divisé, car ce moi, .s’il |)Ouvait être divisé en deux, serait moi, et ne serait plus moi. Il le serait, puisqu’on le suppose; et ne le serait pas, puisque chacune des deux parties devenant aloi-s indéjientlante de l’autre, l’une |)Ourrait penser sans que l’autre pensjlt ; c’est-à-dire que je i>enserais et que je ne penst^rais pas au même temps, ce qui détruit toute idée de moi et de moimême.

.\u reste ce moi, et tous les êtres semblables à ce moi, en qui je conçois nécessairement l'imi'/é, et où je ne puis

102 TRAITÉ DES PlftEMIÈRES VÉRITÉS.

concevoir do division sans détruire tout ce qu’ils sput et toute l'idée que j’en puis avoir, c’est ce que j'appelle un être immatériel ou spirituel : en sorte que détruisant son uniU* , vous détruisez tout ce qu’il est, et toute l’idée de son étr<‘. Partagez une pensée, une àme ou un esprit en deux, il n’y a plus de pensée , plus d’éme, plus d’esprit; car qui peut concevoir la moitié, le tiers, le quart d’une pensée, d’une àme, d’un esprit? Déplus cette indivisibilité m’est évidente, par le sentiment intime de ce que je suis; et j’apprends encore par la force du même sentiment , que ce que j’appelle «10», n’est pas })roprement ce que j’appelle mon corps; ce oor{)s pouvant être divisé et d’avec moi et en lui-même ; au lieu que moi , je no puis être divisé do moi-même.

238. La substance de ce qui est actuellement mon corps peut se diviser d’avec moi; car puisque visiblement je puis être sans pieds ou sans mains , je dois concevoir que mon âme, par sa nature, pourrait ai)solument être aussi sans chacune des autres parties de mon corps; fût-ce le cerv'eau et le cœur, qui au fond ne sont que de la matière , comme mon pied et ma main.

D’ailleurs })ourrait-on supposer que je suis attaché à cette partie qu’on appelle cœur ou cerveau? L’un et l’autre n’étant qu’un amas de diverses parties de matière qui se dissipent et se réparent continuellement par la nutrition, c’est-à-dire qui se succèdent continuellement les unes aux autres ; cet amas qui forme actuellement ce que j’appelle mon OBur, sera remplacé par un autre amas d’ici à un temps : la substance actuelle de mon cerveau et de mon cœur sera donc alors dissipée, et tout à fait hors de moi; et mot cependant je subsisterai. Ce moi n’est donc attaché essentiellement à aucune partie particulière d’une substance divisible.

239. Il s'ensuit de là manifestement que nulle portion du corps auquel je suis et je parais attaché, n’est d'une nature semblable à moi; car il ne consiste ]X)int comme moi dans l’unité : toute sa substance et tout ce qu’il est, pouvimt

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aussi bien être ikux ou trois , qu’un, l'iu' partie de matière peut cesser d'être une, sans cesser d'être ce (pj’elle' est en soi.

2i0. Une goutte d'eau est une, : la même sulistance do cette goutte d’eau sans être altérée en rien , sera si je veux lieux gouttes. Toutes les autres unités ou pluralités à l’égard du corps et de la matière , sont de ce caractère. On apiadle un (Jaiis la matière , ce qu’il nous jdaît d’y regartler comme le terme d’une de nos idées: mais s’il nous plaît de regarderie même objet comme faisant divers termes de nos idées , ce qui était un, sera plusieurs. Ainsi une maison est une, parce qu’elle est l’objet ou le terme d'une idée totale , à laquelle on donne le nom de maison; et cette même maison considérée comme terme de diverses idées , par b'squelles j’y distingue tantôt tel appartement , tantôt telle pierre , tantôt Udle poutre, etc., n’est plus alors une unité , mais un amas d’unités, et se trouve inultiplicité autant qu’«fJi7c; parce qu’étant substantiellement divisible , elle peut se trouver divisée , sans cesser d’être ce qu’elle est dans sa substance.

241 . La substance d’une montagne est de la sorte une et plusieurs, selon qu’il plaît à l’imagination de la considérer et de la nommer. La regaixlant dans tout son amas , on l’appelle une; mais la regardant dans les parties qui forment sa -substance , elle de^ ient plusieurs ; et l'on y trouvera autant d’unités, ipie l'on jugera à propos d’y trouver de |>arties ; en sorte cp»e la même portion de matière peut, sous divers regards, être jugée et nommée une, aussi légitimement que cent ; ce qu’on ne saurait imaginer d’une substance spirituelle.

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