‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 62 sur 138 · DEUXIEME PARTIE. — CHAP. XIII · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. — CHAP. XIII

n’a rien de plus vrai; on n’attendait, pour l’exécution de la machine, qu’un ouvrier (jui j)ùt faire un cuir capable de soutenir un certain i>oids de vif-ardent, et l’on est encore à trouver cet ouvrier. Mais n’est-ce pas aussi en ce point-là môme qu’était réellement la contradiction, laquelle n’était dans l’esprit ni du machinisU^ ni de ceux qui trouvaient son projet démontré? Ce qui était dans leur esjirit était une démonstration; mais il y avait quelque chose dans la nudité qui n’était pas dans leur esprit. Ils supposaient du cuir capable de soutenir un certain poids de vif-argent. Il ne faut, disaient-ils, que faire le cuir assez fort; mais tant qu’il est cuir, il se trouve trop faible pour soutenir le poitls du vifargent ; il faudrait donc un cuir qui ne serait point cuir. Ainsi se trouvait-il de la contradiction et de rim[K)ssibilité dans la chose et la réalité, quoiqu'il ne s’y en trouvât aucune' dans l’esprit.

264. Si les premiers ressorts qui constituent la nature des choses nous étaient parfaitement présents à l’esprit , nous y verrions souvent une incompatibiliU^ que nous n’apercevons pas, ne voyant que leurs qualité's sensibles; celles-ci se trouvent attachées à d’autres qualités insensibles qui passent notre j)ortée sans que nous puissions juger du rapport ou de l’incompatibilité qu’elles ont les unes avec les autres. Les chimistes ne voient pas de contradiction que le fer se change en or ; je n’y en vois pas non jilus , mais je ne puis pas assurer pour cela qu’il n’y en ait point. 11 faudrait que j’eusse pénétré jusqu’aux premières particules radicales qui constituent le fer et l'or, chacun dans leur nature , pour découvrir si elles peuvent naturellement être communes à ces deux métaux ; que si elles ne le i)ouvent, il y a de la contradiction à dire que le fer puisse être naturellement changé en or. D'ailleurs, je ne puis juger si cela se peut, à moins quo l’expérience ne survienne ; or, elle n’est i>as encore venue, elle est fort incertaine ; parla je ne puis juger avec certi-

Iiido s’il so trouve de la contradiction ou non à ce changement.

Il s’ensuit de ces principes, qu’à l’égard de tous les êtres, particulièrement de ceux qui sont hors de nous et qui ne nous sont jias intimement connus, nous ne pouvons tirer cette conséquence : Je n'y vois pas de contradiction, donc il n'y en a point, et c’est ce que nous devons admettre pour une première vérité.

26o. Mais si je vois de la contradiction et de l'impossibiliU*, ne puis-je pas conclure : donc il y en a en effet? Oui , si vous la voyez ; mais pour vous assurer que vous la voyez , il faut que l’objet soit à la jx)rtée de votre esprit. Ainsi , quand les sociniens trouvent de la contradiction dans ce que la religion nous apprend du mysU^re de la Trinité, ils jugent contre les règles de la lumière naturelle; car la religion nous propose ce mystère comme étant la nature infinie de Di(*u même, qui passe toute la portée de notre esprit ; or, la lumière naturelle nous apprend à ne jwint juger des objets qui |)assent notre intelligence.

266. De même encore M. Le Clerc, 'dans sa logique, a très-mal choisi, pour exemple de contradiction, la multiplication d’un même corps, telle que les catholiques la croient au mystère de l’Eucharistie ; parce que c’est là un objet surnaturel dont nous ne pouvons naturellement juger.

Si d’autres auteurs avaient fait cette réflexion, ils se serraient épargné, touchant les mystères de la religion , beaucoup de raisonnements qu’ils ont fait valoir auprès dt's esprits peu éclairés, et qui sont confondus par une exacte nu'taphysi(jue.

DEUXIEME PAnni;. — ciiap. xiv.

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