‹ Œuvres; poésie, poèmes en proseChapitre 16 sur 59 · LA DAME EN DEUIL · texte numérisé non relu

LA DAME EN DEUIL

c Ton amour sombrerait en mon cœur vaste et vide, Vaisseau royal perdu parmi les mers profondes; J'ai pris les clairs bonheurs avec ma main avide Et maintenant je sais la vanité des mondes. »

L'air glorieux frémit d'un rhythme de cantique Et dans le jardin clos, riche de fleurs hautaines, C'çst un moine souillé de la cendre mystique Qjii parle, l'œil ardent d'espérances certaines :

c Puisque tu veux fuir le mauvais bruit Du bonheur charnel et de la vie, Q.ue les beaux vergers n'ont pas de fruit Pour calmer ta soif inassouvie,

« Partons I sous le ciel des durs étés Viens t'agenouiller en Galilée.

Nous engloutirons tes sens domptés Dans une prière immaculée.

« Les hommes impurs sont engourdis Dans le long hiver des jours prospères.

Viens I nous monterons en paradis Par d'âpres sentiers pleins de vipères. »

Regardant en ses mains pâlir des fleurs blessées Elle répond : « C'est vrai, ces demeures sont viles; Je suis si lasse de la chair et des pensées.

Pourtant je n'ose pas m'enfuir aux saintes villes.

« Mon cœur frivole a peur de tes graves paroles Et j'aurai froid sur la route de délivrance.

Je veux vivre parmi mes mondaines corolles Et m'endormir; je suis malade d'espérance.

« Moine, si dans le sable infécond de mon âme La Rose de miracle allait enfin éclore ?

L'horizon des matins semble rouge de flamme, Si c'étaient mes péchés qui brûlent dans l'aurore ? »

Et seule encor la dame en deuil attend et songe, Et les grands chiens, tandis que dans le vent frissonne La caresse du vieil espoir et du mensonge, Hurlent tous à la mort quand l'heure lourde sonne.

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