LA DAME EN DEUIL
c Ton amour sombrerait en mon cœur vaste et vide, Vaisseau royal perdu parmi les mers profondes; J'ai pris les clairs bonheurs avec ma main avide Et maintenant je sais la vanité des mondes. »
L'air glorieux frémit d'un rhythme de cantique Et dans le jardin clos, riche de fleurs hautaines, C'çst un moine souillé de la cendre mystique Qjii parle, l'œil ardent d'espérances certaines :
c Puisque tu veux fuir le mauvais bruit Du bonheur charnel et de la vie, Q.ue les beaux vergers n'ont pas de fruit Pour calmer ta soif inassouvie,
« Partons I sous le ciel des durs étés Viens t'agenouiller en Galilée.
Nous engloutirons tes sens domptés Dans une prière immaculée.
« Les hommes impurs sont engourdis Dans le long hiver des jours prospères.
Viens I nous monterons en paradis Par d'âpres sentiers pleins de vipères. »
Regardant en ses mains pâlir des fleurs blessées Elle répond : « C'est vrai, ces demeures sont viles; Je suis si lasse de la chair et des pensées.
Pourtant je n'ose pas m'enfuir aux saintes villes.
« Mon cœur frivole a peur de tes graves paroles Et j'aurai froid sur la route de délivrance.
Je veux vivre parmi mes mondaines corolles Et m'endormir; je suis malade d'espérance.
« Moine, si dans le sable infécond de mon âme La Rose de miracle allait enfin éclore ?
L'horizon des matins semble rouge de flamme, Si c'étaient mes péchés qui brûlent dans l'aurore ? »
Et seule encor la dame en deuil attend et songe, Et les grands chiens, tandis que dans le vent frissonne La caresse du vieil espoir et du mensonge, Hurlent tous à la mort quand l'heure lourde sonne.