‹ Œuvres; poésie, poèmes en proseChapitre 21 sur 59 · LA REINE DE SABA · texte numérisé non relu

LA REINE DE SABA

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OuR les monts du Seigneur blancs <le clartés lustrales, Loin des palais souillés de trésors et de vins, Ivre de nuit et de tristesses sidérales Le Roi songe et s'exile en des déserts divins.

Là-bas, parmi les blés, les palmes et les vignes, La ville des guerriers dort son sommeil brutal ; Et des vaisseaux vainqueurs, calmes comme des cygnes, Font glisser sur les eaux de l'Océan natal

Leur carène gardant des princesses captives; Dans des plaines de fleurs vaguent de doux bergers Et, sous le ciel troublé d'étoiles fugitives, Des amants puérils veillent dans les vergers.

Le Roi, fuyant les beaux jardins des amoureuses Et les riches pays où triomphe Tété, Regarde au loin vers des planètes douloureuses Qui pleurent dans la nuit leurs larmes de clarté.

« Autrefois, autrefois, à genoux dans ces herbes, O mon Dieu 1 j'ai levé les yeux vers les cieux froids ; J'ai commis le péché des prières superbes.

Et depuis lors je suis le Sage entre les rois.

« De funèbres moissons s'entassent dans mes granges Et j'ai cueilli les fruits amers des bois maudits. Et j'ai livré bataille aux terribles archanges Devant la porte d'or des profonds paradis.

« Et maintenant que du pays des aromates

Je l'entends accourir par delà l'horizon,

Celle qui lavera mes célestes stigmates,

J'ai honte du bonheur qui vient sur ma maison.

« La Reine du Midi marche dans la lumière Et m'apporte la joie en d'impurs talismans ; Je vais dormir dans la sérénité première Parmi l'humble troupeau des rois et des amants.

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