‹ Œuvres; poésie, poèmes en proseChapitre 25 sur 59 · LE MAGE · texte numérisé non relu

LE MAGE

Voici qu'ils sont tombés, les beaux gardiens du Verbe Qpi veillaient le trésor des secrets fabuleux. On les a prosternés la face contre l'herbe Pour ravir à leur mort l'amitié des soirs bleus.

£t des mains de bouffons se traînent sur la lyre ; Les hymnes sont souillés par des voix de valets, Et tous, chiens offusqués par le nard et la myrrhe. Hurlent d'horreur devant la splendeur des palais.

Fugitif et donnant à la terre natale

La bénédiction de son sang précieux,

Le survivant de la tribu sacerdotale,

Le dernier des voyants jette un cri vers les cieux.

c Dieu de la nuit, le ciel est plein de mauvais astres Dont le regard haineux fait mourir les cités. Voici le jour sanglant des suprêmes désastres. Et je vous parle seul dans des champs dévastés.

t Cependant, comme au soir des jeunes allégresses, Je m'enivre en fuyant des parfums vespéraux.

Et le cœur tout meurtri de divines tendresses. J'ai peur de pardonner. Seigneur 1 à mes bourreaux.

t Je suis le prisonnier de la forêt magique ; J'adore malgré moi les horribles vergers Dont les rameaux ont bu dans le printemps tragique Le sang mystérieux des justes égorgés.

« Et je soufïre d'aimer encor la gloire inâme De la terre déchue et du ciel avili.

Je pleure de sentir descendre sur mon âme Comme une brume d'or le pacifique oubli.

« O mon Dieu 1 sauvez-moi des fleurs crépusculaires Et laissez-moi m'enfuir des pays bien aimés.

Je veux savoir la joie immense des colères, La royale rancœur des lions enfermés.

« Comme un chasseur qui vient raviver sous sa lance L'ancienne cruauté des monstres endormis, Irritez-moi, troublez ma bonne somnolence, Que je puisse à la fin haïr mes ennemis.

« Et quand ils sortiront des demeures pillées. Emplissez-moi le cœur de désirs ténébreux, Pour que je veuille enfin, de mes mains réveillées, Faire crouler les rocs des montagnes sur eux. »

Il dit ; et le jour vient, et le honteux cortège Des étrangers remplit la plaine et le ravin ; Et le conquérant dort, stupide, sur le siège Du char royal sali de poussière et de vin.

Mais ces hommes sont beaux sous le soleil qui dore Les cuirasses de bronze et les riches cimiers Dans la campagne en fleurs où le vent de l'aurore Incline devant eux les lys et les palmiers.

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