‹ Œuvres; poésie, poèmes en proseChapitre 30 sur 59 · LA BONNE FENÊTRE · texte numérisé non relu

LA BONNE FENÊTRE

L^ 'BO'M'H.E FE'H.ÊTTiE

Vois-tu? c*est un pays de songe; Le parc est plein de tourterelles, Un escalier d'or pâle plonge Parmi les fleurs surnaturelles.

Les éperviers, l'aile charmée, S'endorment sur les tours fleuries ; Des paons épars dans la ramée Éparpillent des pierreries.

Joyeuses, sur les claires ondes D'un golfe paisible et splendide, Des galères aux voiles blondes Appareillent pour l'Atlantide.

Et des lys ravis par les brises Neigent dans la douce venelle, Tandis qu'au loin des voix éprises Proclament la joie éternelle.

Mais toi, ma sœur, blanche et plaintive, Laissant choir la quenouille lasse, Telle qu'une reine captive Tu te penches sur la terrasse.

Et parmi les lourdes bannières Qui claquent dans le vent sonore, Tu lèves tes mains prisonnières Comme pour cueillir de l'aurore.

l'angelus 91

L'^'KGELUS

L^ANS le noir sillon solitaire Toat le jour nous avons lutté :

Mais le soir sacre de clarté La plaine soudain plus austère.

Nous rêvions — nous, gens de la terre !

Vous, récolte, et moi, volupté.

Un brusque angélus a tinté

Qui nous trouble de son mystère.

Comme vous, je joins pour prier Mes mains de terrestre ouvrier...

Mais peut-être nos cœurs serviles,

Même en ce soir religieux, Gardent l'amour des glèbes viles Et la peur de songer aux cieux.

vJ E disais : « Q}iand viendra la reine que j'attends,

La grande fiancée aux mains victorieuses,

Je trouverai des paroles mystérieuses,

Des mots couleur de ciel, d'aurore et de printemps.

« Et, comme réveillé d'un sommeil de cent ans Par le baiser de ses lèvres impérieuses, Pour dire nos amours pâles et merveilleuses Je chanterai d'antiques hymnes éclatants. »

Et te voici 1 Je tiens tes deux mains adorées. Sans pouvoir proclamer en des chansons sacrées La gloire de ton corps et de ton cœur charmant.

Mais près de toi, muet de voluptés étranges.

Je garde dans mon cœur silencieusement

Mon amour trop profond pour s'épandre en louanges.

Juin i88ç.

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