ELEGIE
LE Soleil en naissant fait resiouir le monde, Et de ses rais luisans touche la terre et l'onde : Malheureux est celuy qui ne voit le Soleil, Et qui n'œillade point son rayon nom pareil : Cest vn Dieu tousiours beau, père de la ieunesse, Par qui tout TVniuers s'affranchist de vieillesse. Aussi vous retenant des beautez la beauté, L'honneur et la vertu, douce de cruauté, L'homme seroit mal-né, priué d'intelligence, S*il n'estoit seruiteur d'vne telle excellence, Et s'il ne regardoit le beau iour de vos yeux Qui pourroyent foire honte à ce flambeaux des cieux
le ne me vante heureux, bien que les Destinées
l50 ŒUVRES POÉTIQUES D'aMADIS JAMYN.
M'ayent par leur faueur mille grâces données : Mais ie me vante heureux, seulement pour auoir Cette grâce du Ciel que ie vous puisse voir, Vous qui estes l'honneur des Dames de nostre âge. De qui Toeil Paphien subiugue mon courage :
Œil diuin qui pourroit les batailles domter, Pour qui de son palais descendroit lupiter Se muant et cachant en cent métamorphoses A fin de posséder la merueille des choses :
Et c'est pourquoy ie dy dessus tous fortuné Pour estre de vos ans le iour où ie fus né.
Admirant vos vertus et beautez de ieunesse, le ne chante que vous à toute heure sans cesse Sans iamais me saouler : Ainsi le Rossignol Parmy les bois fueillus d'amourettes tout fol Caresse son amante en la fraische nuitée.
Découpant sa chanson dVne voix écoutée :
t On ne se peut tenir de plaindre son souci, c le ne me puis lasser de vous chanter aussi.
POVR MONSIEVR LE DVC D'ALENÇON (i)
CoxME vne belle et claire estoile, Quand la nuict couure de son voile Le beau iour dans les eaux couché, Sort du sein de la mer profonde, Monstrant sa belle tresse blonde Et son front longuement caché.
Puis au Ciel veillant rçtournee Reluist de rayons couronnée, L'obscur allumant de ses yeux :
Si qu'entre les feux des Planettes Qui des eaux sortent les plus nettes Embellist la voûte des cieux.
(i) François de Valois, duc de Touraine, puis d'Alençon et d'Anjou, quatrième fils de Henri II, te seul qui n'ait pas régné. — Né en i554, mort en i584.
ŒUVRSS POÉTIQUES d'aMADIÎ JAMl
Ainsi ce ieune Duc 'qui porte Ses'rayons en la mesme sorte Qu'vne Plai.ele de bon-heur, Respandint ses flRmrae* plus clairet, Reluiit au milieu de ses Frères, Faisant paroistre son honneur-
Son OEur soit armf de proaesse, Tousiouts plein d'vn braue souhait, - Ett luyuant les pas de sa race, Méprise toute chose basse, Ayant le Ciel pour son suiet.
CANTIQVE DE LA VICTOIRE DE MONTCONTOVR(i)
Svs, peuples, sus, chantez le seigneur Dieu, Dont la vertu, dont la gloire suprême Comme vn grand feu reluit en chaque lieu :
Et qui porté dans le ciel par soy mesme Anime seul et gouuerne ce Tout, N'ayant en soy commencement ny bout.
Sus, sus, François, célébrons son nonneur :
Cest ce grand Dieu qui nous orne de gloire, Qui des assauts, des armes est seigneur,
(i) Remportée par Henri UI, alors duc d'Anjou, le 3 octobre i569.
l54 ŒUVRES POÉTIQ.UES
Qui des combats ordonne la victoire
A qui lui plaist : car elle est en ses mains,
Non en la force ou nombre des humains.
France, l'honneur de toutes nations, Qui es assise en campagnes fertiles, En champs heureux sur toutes régions.
Qui t'orgueillif de tant de fortes villes :
Leue après Dieu iusqu'auz voûtes des cieux Cbaslci ton Roy plus grand que ses ayeux.
Dieu qui le Sceptre en son pouuoir a mis.
Par le Démon du duc d'Aniou son frère L'a fait vainqueur de ses fiers ennemis.
Monstres égaux à l'horrible Chimère Qui vomissoit de sa gueule le feu.
Feu que ce Prince a csteint peu à peu.
Fils de Henry, ô Henry duc d'Aniou, Le fer au poing tu as mis sous le jou Tes eunemis escumans de menace, Tout éhontez d*une rebelle audace :
Ainsi seras Bellerophon trenchant L'orgueil enflé du rebelle méchant.
Le Monstre fier ses griffes auançoit Dessus la France, et ia Tengloutissoit
d'amadis jamyn. i55
Sans le secours de ta prouesse actiue.
Assez connoist la rivière de Diue, Assez connoist le champ de Montcontour Quand le bonheur fit en France retour.
Comme s'enfuit la légère vapeur D'une fumée à replis ondoyante, En l'air liquide : ainsi sous la terreur.
Duc belliqueux, de ta main foudroyante Fuyoient tremblants de tous costez espars Les ennemis tuez de toutes parts :
Tremblans menu comme Fon volt trembldf La feuille palle en la cyme d'un Ti'emblCi C'est Dieu qui veut ta puissance doubler^ Qui des mutins la force desassemble, Frappe leurs yeux et les rend estonnez Afin qu'au glaive As soyeilt tout moissonneÉ.
Ils ont mordu, bien que fiers et grondans> Rouges de sang, la terre de leurà dents.
Et sont tombez plus menu que la gresle L'vn dessus l'autre abatus pesle-mesle } Les vns à dos renversez estendus, Les vns à ventre en leut long espandus;
l5Ô ŒUVRES POÉTIQUES
J^ ka ay veu la campagne couurir
Qu'on vett de loin dessous leurs corps blanchir ,
Gomme de nuict quand la neige enfariné
A gros âocons les bords de la marine.
Ou les sommets des arbreuses foraists
Tombant sans ordre en monceaux bien espais.
Quand le déluge eut retiré ses eaux, Ainsi gisoyent dessus la terre ouuerte Maints hommes nus espandus par monceaux :
Voila comment aux despens de leur perte Ton braue Nom par magnanimité S'est emparé d'une immortalité.
En l'âge prime, où tu es florissant, N'ayant encor le menton blondissant .
D'un poil doré, le Monarque Alexandre Renuersa Thebe, et Thesé s'anima Pour son pals à sa franchise rendre Et le Cretois Minotaure assomma.
Mais plus diuins apparoissent tes faicts D'auoir du tout ces fiers Titans deffaicts Qui remuoient mille bras, mille testes, En morions tousiours au combat prestes :
Gent conjurée à rompre et renuerser Les fleurs de Lys que tu sçais redresser.
d'amadis jamyn. iSy
Ils ont esté trois fois ia foudroyez * D'un foudre aigu, sifflant^ noir de fumée, Et ton bras fort les a tous poudroyez Comme vne poudre en vn rien consommée.
Que le tortis d'vn tourbillon de vent Loin du regard emmy l'air va mouuant.
Sur tous humains aussi tu apparoîs
( Gomme un haut Pin sur le petit bocage ]
Illustre sang, noble race des Rois.
On reconnoist au reluisant visage
Qui éblouist auec rayons dorez,
Du clair soleil les enfans honorez.
Mais, ô grand Duc, bien que ton chef orné Soit triomphant de Lauriers couronné, Bien que ta gloire emplisse tout le monde.
N'en sois pourtant, Prince, plus glorieux, Ains tout rhonneur se donne au Dieu des Dieux, Et soit à toi la louange seconde.
DEDANS ce Chiffre est le nom de Henry Au TOStTâ vni d'une amoureuse sorte ; Mail vostre coeur par vne amitif forte De tant de laqs enlace vn tel mari Aupris de sof, que mesme la Mort blSme Ne peut donner cet amour ai extrême.
ex