POVR LE TEMPLE DE GLOIRE
SI les anciens n'ont basti pour la Gloire Vn temple sainct comme pour la Victoire Ou pour Vertu : c'est qu'ils n'auoyent trouué Deuant ce Roy par armes éprouué Vn qui fust digne estre au milieu du temple.
Il veut seruir à tous les Roys d'exemple Que l'on acheté vn rang entre les Dieux (Comme il a fait) par actes glorieux.
Charles d'autant ses deuanciers surpasse Qu'vn haut rocher vne col i ne basse, Et qu'vn grand Orme vn petit arbrisseau.
Aigle des Roys, comme de tout oyseau L'Aigle est le Roy volant outre la nu£ Par vne trace aux autres inconnue.
l60 ŒUVRES POÉTIQUES
Ce temple heureux est seulement basti
Pour le beau sang des demi-Dieux sorti,
Qui ont régi (gardez par la prudence)
D'vn iuste fer PEmpire de la France,
Qui valeureux ou en guerre ou en paix
Ont iusqu'au Ciel enuoyé leurs beaux faicts.
» Sur le portail est assise la Peine :
I Par là fut Dieu Tindomté fils d*ÂIcmene.
)) Toutes vertus y plantent leur seiour,
• La Pieté, la lustice et l'Amour,
» Tous les beaux Arts et les Sciences belles^
3 Le blond Phebus et les Sœurs immortelles.
» Car on ne peut immortel deuenir
» Ny brauement au Temple paruenir
» Si la raison et l'ame n'est garnie
> De si diuine et plaisante harmonie :
» La renommée errant en diuers lieux
» En semé après le renom dans les cieux. »
Heureux celuy quVn chaud désir entame
De la vertu et qui sent en son ame
Les aiguillons de la Gloire qui point.
Se trouue-t-il qui ne reuere point
Vn Alexandre enuieux de conquerre,
A qui sembla trop petite la terre?
Mais vn François mérite de loger
En ce lieu sainct plustost qu'vn estrançer.
D*AMADIS JAMYN. l6l
Comme Phebus d'excellence première, Aux autres feux fait part de sa lumière, Qui ne romproyent l'espaisse oscurité, Si leur beau iour n'en estoit emprunté :
Ainsi la France en victoires féconde Sert de lumière aux nations du monde.
Quel coing de terre est si loin diuisé Où le François n'ait sa lance aiguisé i Or sans labeur on n'a facile entrée Dans le palais de la Gloire sacrée.
De rang seront attachez les Escus Et les harnois, despouilles des vaincus.
Pour la Déesse, et d'vne chaisne rude Seront contraints en longue seruitude.
Donc l'assaillant se garde d'acheter
Vn repentir (qu*il ne peut euiter)
Si de son sang et de viure il fait conte :
Ou bien qu'il pense estre vne honneste honte
De receuoir pour la vertu la mort,
Estant vaincu par les mains du plus fort.
Poème de la Chasse.