‹ Œuvres poétiques de Amadis JamynChapitre 16 sur 17 · ELEGIE DE LA DIFFERENCE D'AMOVR ET DE MARS · texte numérisé non relu

ELEGIE DE LA DIFFERENCE D'AMOVR ET DE MARS

^^ouPARANT Cupidon auecques le Dieu Mars, Vi^Grande est la différence à mener leurs soudars : Commander et aimer l'vn de l'autre différent, * Violence et amour l'vn par l'autre s*alterent. Vn Empereur par soy dessus les autres peut.

Et par puissance il fait ce que luy-mesme veut. L*amoureux, au contraire, est par soy sans puissance Et par vn autre il prend de soy la ioûissancc, Il renaist dedans soy par celle qu'il cherist. Et s'eslongnant de soy en elle se nourrist :

Vn mutuel amour est de grâce infinie, Car d'vne seule mort on tire double vie,

L'vne dans la personne où nostre esprit se tient Quand par pensée ardente elle nous entretient, L'autre quand par après nous pouuons reconnoistre Que nous sommes au cœur où nous desirons estre.

O bienheureuse mort que double vie ensuit Et où Ton se recouure alors que l'on se fuit : O gaing inestimable où sont en telle sorte Deux personnes vn seul qu'vn seul vn les suporte Tellement toutefois que chacun de ces deux Est fait deux pour vn seul par vn gain bienheureux Et sont comme vn iumeau auquel, quand il arriue Qu'il meure, il luy aduient que deux fois il reuiue.

Celuy qui est aimé doibt aimer son amant.

Autrement il n'a point de iuste iugement :

Seulement il ne doibt aimer quiconque Taime, Mais il y est contraint s'il s'estime soy-mesme.

Semblance engendre amour, et semblance est cela Que quelque bon génie en plusieurs égala, Or si ie vous resemble il est bien vraisemblable Que vous n'estes aussi pareillement semblable, Donq ce qui me contraint d'aimer de mon costé . Vous contraint de m'aimer et par nécessité. ^

Outre plus Tamoureux soy-mesme s'i^bandonne

El »e baille i celur dont il s'affeclionne.

L'ame donq doibt exprès aimer Comme sa chose propre et en estre songneui.

Dauantage l'amant en son esprit cngraue La figure du corps duquel il est escUue, Tellemeni que l'esprit de l'amoureuz par&it Est vn miroir auquel l'aimf voit son portrait.

Auisez par ces points qu'icjr ie vous propose, Si vous oa deuez pas m'aimer sur toute chose, Veu que ie vous chéris et vous aime si fort Que pour viure auec vous ie me donne la mort.

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