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E travail préparatoire de cette édition était entièrement achevé; l'œuvre était sous presse; la correction des épreuves était commencée, quand la mort est venue surprendre JVI. Charles Brunet qui, depuis longues années, m'honorait de sa chère et précieuse affeaion.
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Chargé par M. Willem, Tami de M. Brunet et le mien, de mener Tœuvre à bonne fin, je n'ai pas voulu la terminer sans rendre un dernier hommage à celui que nous pleurons.
M. Charles Brunet, naquit à Paris, le 20 juin io85.
En 1 832 il faisait partie de la garde nationale de Paris et marcha l'un des premiers à l'assaut des barricades élevées aux abords du cloître Saint-Merry, par les insurgés des 5 et 6 juin. Grièvement blessé à la jambe, il obtint, pour sa belle conduite, la croix de la Légion d'honneur.
Le 25 juillet 1 833, il épousait mademoiselle Roche, fille d'un chef d'escadron d'état-major.
Un an après, il était avocat; mais, en 1839, il renonçait à cette carrière pour entrer au ministère de l'Intérieur (division des prisons), où, après avoir franchi en
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trois ans les grades inférieurs, il était successivement nommé sous-chef, puis chargé de diriger le premier bureau, directeur adjoint des régies, inspecteur général des prisons, et, enfin, chef de bureau titulaire en i852.
J'étais, pendant ce temps, employé, puis bibliothécaire adjoint au même ministère, et Tamour des livres, cette douce et attrayante passion, nous avait peu à peu si bien rapprochés, que nous ne passions guère de journée sans nous communiquer nos découvertes, sans nous entretenir de notre sujet favori, le livre! Je ne puis, sans émotion, me rappeler ces longues et douces causeries, où brillait à chaque instant l'esprit, où se faisait voir l'excellent cœur de M. Brunet. Au physique il était bien digne de son nom; car il avait les cheveux, la barbe et les yeux noirs, le teint brun d'un Arabe; mais quel char»
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mant sourire éclatait sur ses lèvres, étincelait, comme un vivant éclair, dans ses yeux noirs! Je crois le voir encore, je le verrai toujours.
Le goût de la littérature française de la renaissance se réveillait alors, et Pierre Jannet lui donnait un essor inattendu en fondant sa bibliothèque elzévirienne, où parurent tant d^éditions excellentes de nos anciens poètes et prosateurs.
M. Brunet y donna r la Mélusine, par Jean d'Arras. — Paris^ Jannet^ 1854, in- 18.
2** Li Romans de Dolopathos. — Paris^ Jannet^ 1 856, in- 18.
C'est à lui que je dois d'avoir été présenté chez Jannet, qui commença la publication de mon Ronsard.
Dans un autre genre, M. Brunet publia :
3° Le Père Duchesne, d'Hébert. — Paris^ France ^ 1869, in- 12.
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4° Marat dit VAmi du Peuple. -- Paris, Poulet-Malassis^ 1862, in- 12,
5° Une piquante comédie du siècle dernier : Le Moulin. — Turin ^ Gqy^ 1870, in-i2.
6* Un recueil de pièces rares et facétieuses anciennes et modernes, en vers et en prose, remises en lumière pour Tesbattement des pantuagruelistes, avec le concours d'un bibliophile (reproduisant, avec des additions piquantes et nombreuses, la plus grande partie du recueil de Caron.) — .
Paris^ A. Barraud^ 1872- 1873, 4 voL in-8*.
7* Monument du Costume du XV IW siècle. — Paris^ Willem^ 1876, un vol.
in-fol.
8** Histoire des mœurs et du costume des Français au XVIII* siècle. — Paris ^ Willem, 1878, un voL in-fol.
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Quand la mort est venue le surprendre, il terminait VAmadis Jàmyn^ qui paraît aujourd'hui, et préparait une Bibliographie de la Ville de Paris, ouvrage immense de recherches et d'érudition, qui eût exigé encore plusieurs années de soins assidus.
Il ne négligeait pour cela ni ses fonctions au ministère, ni ses devoirs de père de famille.
En i85g, il mariait sa fille à un homme des plus remarquables, M. Victor Langlois, orientaliste, né à Dieppe, en 182g, qui, chargé d'une mission en Orient, pendant les années 1 852-1 853, avait rapporté de la Cilicie et des montagnes du Taurus une collection d'objets antiques, exposés au Louvre.
Ce jeune savant avait publié de nombreux ouvrages sur la numismatique et l'histoire de l'Orient et surtout de l'Asie
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mineure. Il était décoré de nombreux ordres étrangers.
Son union, couronné par la naissance d'un fils et d'une fille, promettait à cette famille si patriarcale de longues années de bonheur, lorsque le 14 mai 1 869, M. Langlois fut prématurément arraché à Taffection des siens.
Au milieu de sa douleur, M. Brunet redevint père; il prit sa retraite en février 1870, pour se consacrer toUt entier à l'éducation de son petit-fils, jusqu'au jour où, frappé dans la rue d'une attaque d'apoplexie, il fut ramené mourant au milieu de ses enfants, et, au bout de quelques jours d'anxieuses alternatives, le 1 2 juillet 1878, il ferma les yeux pour ne plus les rouvrir.
Sa famille et ses amis le suivront de longs et légitimes regrets. Pour sa part, il emporta la consolation d'avoir noble-
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ment rempli sa carrière de travail et de dévouement. Grâce à ses soins assidus, l'éducation de son petit-fils était achevée ; s'il pouvait partir sans regret, il en laissait de nombreux après lui. Mais il y a encore une douceur dans les larmes répandues sur la tombre d'un homme de bien, d'un savant, d'un aïeul vénéré, dont l'âme a reçu, dans un monde meilleur, la récompense qu'il a bien gagnée dans celui-ci.
Prosper BLANCHEMAIN.