‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 1 sur 326 · COMEDIE · texte numérisé non relu

COMEDIE

■AONR. — T. II.

Quand je lus les Guêpes d'Aristophâûe, je oe songeais guère que j'en dusse faire les Plaideurs. J'ayoue qu'elles me divertirent beaucoup , et j'y trouvai cpiantité de {daîsanteries qui me tentèrent d'en fmre part au puïdic ; mais c'était en les mettant dans la bouche des Italiens , à qui je les avais destinées y comme une chose qui leur appartenait de plein droit. Le juge qui saute par les fenêtres^ le chien criminel^ et les larmes de sa famille > me semblaient autant d'incidents dignes de la gravité de Scaramouche\ Le départ de cet acteur interrompit mon dessein^ et fit naître l'envie à quelques-uns de mes amis de voir sur notre théâtre un échantillon d'Aristophane» Je ne me rendis pas à la première proposition qu'ils m*en firent : je leur dis que > quelque esprit que je trouvasse dans cet auteur, mon indination ne me porterait pas à le prendre pour modèle si j'avais à faire une comédie; et que j'aimerais beaucoup mieux imiter la régularité de Ménandre et de Térence , que la liberté de Plante et d'Aristophane \ On me répondit que ce n'était pas une comédie qu'on me demandait^ et qu'on voulait seulement voir si les bons mots d'Aristophane auraient quelque grâce dans notre langue. Ainsi ^ mdtié en m'encouragéant , moitié en mettant eux-mêmes la main à l'œuvre ,- mes amis me firent commencer une pièce qui ne tarda guère à être achevée.

Cependant la plupart du monde ne se soucie point de l'in-

* n s'agit pTobablement du fameux Tibecio nuculli, eiéiiteiir du personnage de Scaramottche, et qui le joua sur Taûciai théâtre itahen» à Paris, Jusqu'à Tâge le plus avancé. On assure qu'il avait conservé dans sa vieillesse tant d'agilité , que, dans quelques scènes pantomimes, il donnait encore , à quatre^ingt^trois ans, un soufflet avec le pied. (G. )

* Variante. « Et que la régularité de Ménandre et de Térence me semblait bien plus glorieuse , et même plus agréable à imiter, que la liberté de Plaute et d'Aristophane. »

iention ni de la diligence des auteurs. On examina d'abord mon amusement comme on aurait fait une tragédie. Ceux mêmes qui s'y étaient le plus divertis eurent peur de n'avoir pas ri dans les règles ^ et trouvèrent mauvais que je n'eusse pas songé plus sérieusement à les faire rire. Quelques autres s'imaginèrent qu'il était bienséant à eux de s'y ennuyer^ et que les matières de palais ne pouvaient pas être un sujet de divertissement pour des gens de cour. La pièce fut bientôt après jouée à Versailles. On ne fit point de scrupule de s'y réjouir; et ceux qui avaient cm se déshonorer de rire ' à Paris furent peut-^tre obligés de rire à Versailles^ pour se faire honneur.

Ils auraient tort^ à la vérité^ s'ils me reprochaient d'avoir fatigué leurs oreilles de trop de chicane. C'est une langue qui m'est plus étrangère qu'à personne; et }e n'ai employé que quelques mots barbares que je puis avoir appris* dans le cours d'un procès que ni mes juges ni moi n'avons jamais bien entendu.

Si j'appréhende quelque chose, c'est que des personnes un peu sérieuses ne traitent de badineries le procès du chien et les extravagances du juge ; mais enfin je traduis Aristophane , et l'on doit se souvenir qu'il avait affaire à des spectateurs assez difficiles. Les Athéniens savaient apparemment ce que c'était que le sel attique; et ils étaient bien sûrs^ quand ils avaient ri d'une chose ^ qu'ils n'avaient pas ri d'une sottise.

Pour moi; je trouve qu'Aristophane a eu raison de pousser les choses au delà du vraisemblal)le. Les juges de l'Aréopage n'auraient pas peut-être trouvé bon qu'il eût marqué au naturel leur avidité de gagner^ les bons tours de leurs secrétaires , et les forfanteries de leurs avocats. Il était à propos d'outrer un peu les personnages pour les empêcher de se reconnaître* Le public ne laissait pas de discerner le vrai au travers du ridicule; et je m'assure qu'il vaut mieux avoir occupé l'imper-

' Se déshonorer de rire est une phrase qui n*est plus usitée. On ne dit pas : Je me déshonorerais de faire telle chose, etc mais si je faisais, ou en faisant, ( L. )

' Var. « Que je puis avoir retenus. »

tinente éloquence de deux orateurs autour d'un chien accusé , que si Ton avait mis sur la sellette un véritable criminel^ et qu'on eût intéressé les spectateurs à la vie d'un homme.

Quoi qu'il en soit^ je puis dire que notre siècle n'a pas été de plus mauvaise humeur que le sien ; et qae si le but de ma comédie était de faire rire ^jamais comédie n'a nneux attrapé son but. Ce n'est pas que j'attende un grand honneur d'avoir assez longtemps réjoui le monde ; mais je me sais quelque gré de l'avoir fait sans qu'il m'en ait coûté une seule ' de ces sales équivoques et de ces malhonnêtes plaisanteries qui coûtent maintenant si peu à la plupart de nos écrivains^ et qui font retomber le théâtre dans la turpitude d'où quelques auteurs plus modestes l'avaient tiré.

' Var. ttUaseuJ. »

PERSONNAGES

DANDIN.juge*.

LÉANDRE, fils de I>andin*.

CHICANEAU, bourgeois*.

ISABELLE, fille de Chicaneau\ LA COMTESSE».

PETIT-JEAN, portier'.

L'INTIMÉ, secrétaire'.

LE SOUFFLEUR

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