ACTE IV, SCÈNE IL
Qui d'ailleurs^ réveillant leur tendresse première ^ Favorisaient en vous Germanicus mon père. Cependant Claudius penchait vers son déclin. Ses yeux^ longtemps fermés^ s'ouvrirent à la fin : Il connut son erreur. Occupé de sa crainte , Il laissa pour son fils échapper quelque plainte , Et voulut^ mais trop tard^ assembler ses amis. Ses gardes, son palais, son lit, m'étaient soumis * Je lui laissai sans fruit consumer sa tendresse; De ses derniers soupirs je m^ rendis maltresse : Mes soins, en apparence, épargnant ses douleurs. De son fils en mourant lui cachèrent les pleurs*. II mourut. Mille bruits en courent à ma honte *. J'arrêtai de sa mort la nouvelle trop prompte *;
' Autre exemple de ces expressions trouvées qui étonnent par leur force et leur précision , au point de se faire remarquer même dans la perfection de ce grand iliorceau, qui, dans son genre, est unique au théâtre. (L.)
' A qui se rapporte ce gérondif, en numranif Est-ce au fils de Claudius, ou à Claudius lui-même? C'est sans doute à Tun des deux; et quand il n'y aurait que cette équivoque , ne serait-ce pas déjà beaucoup? Mais il y a plus. Telle est la nature de notre gérondif, qu'il sert à désigner une circonstance liée avec le verbe qui le régit ; et par conséquent il ne peut se rapporter qu'au substantif qui est le nominatif de ce verbe, ou qui lui tient lieu de nominatif. Ainsi , dans la phrase de Racine, si nous la mettons dans l'ordre naturel , en mourant se rapportera nécessairement à5omj.( D'O.)
' Il est inutile de faire remarquer la profondeur de ce vers , où Agrippine n'avoue le plus grand des crimes que pour le rejeter sur Néron. Talma en avait bien saisi le sens ; car, à mesure qu'Agrippine le prononçait il détournait ses regards avec un sourire amer qui préparait merveilleusement le vers épouvantable qu'il disait vers la fin de la pièce :
Ma main de dande même aura tranché les Joars. Ainsi tout est lié dans les pièces de Racine. Plus on l'éludie, plus on s'étonne de l'étendue de sa pensée ; et souvent c'est une découverte que d'en bien saisir tous les rapports. Talma a eu plusieurs fois ce bonheur, ^ nous en avons déjà cité un exemple. ( Acte II , scène ii. )
^ Agrippine ne doit pas s'expliquer davantage : c'est une bienséance
Et tandis que Barrbus allait secrètement
De Tarmée en vos mains exiger le serment.
Que vous marchiez au camp^ conduit sous mes auspices.
Dans Rome les autels fumaient de sacrifices;
Par mes ordres trompeurs tout le peuple excité
Du prince déjà mort demandait la santé.
oratoire et poétique ; mais ce n'étaient pas seulement des bruits qui couraient, Rome entière ne doutait point qu'Agrippine n'eût accéléré la mort de son mari. Tacite entre dans tous les détails de cet assassinat ; voici son récit : « In tanta mole cttrarum , Claudius raletudine adversa « corripitur» refovendisque yirîbus mollitie cœli, et salid)ritate aquarum, « Sinuessam pergit. Tum Agrippina sceleris oUm certa , et oblatae occa- « sionis propera , nec ministrorum egens , de génère veneni consultavit : « ne repentino et prœcipiti facinus proderetur ; si lentum et tabidum « delegisset , ne'admotus supremis Claudius , et dok) intellecto, ad amo- « rem filii rediret. Exquisitum aliquid placebat, quod turbaret mentem « et mortem differret. Deligitur artifextalium, vocabuîo Locusta, nuper <x venefidi damnata, et diu inter instrumenta regm habita. Ejus mulie- « ris ingenio paratum viras , cujus minister e spadonibus jfuit Halotus , « inferre epulas , et explorare gustu solitus. Adeoque cuncta mox perno- (( tuere, ut temporam illorum scriptores prodiderint, infusum délecta- (( bili cibo boletorum venenum , nec vim medicaminis statim intellectam, « socordiane Claudii an vinolentia. Simitl soluta alvus subvenisse vide- (( batur. Igitur exterrita Agrippina, et quando ultima timebàntur, spreta (t prsBsenIrâm invidia , provisam jam sibi Xenophontis medici consciente tiam adhibet. Ole tanquam nisus evomentis adjuraret, pinnam, rapide « veneno ilHtam, faucibns ejus dimisisse creditnr : haud ignaras summa « scejera indpi cum periculo , peragi cum praraiio. » — « Accablé de tant de soins , Claude tombe malade ; il se rend à Sinuesse pour y rétablir ses forces par la douceur de Pair et la salubrité des eaux. Agrippine, dès longtemps préparée au crime, se bâte de saisir l'occasion ; ses agents étaient prêts; elle n'hésitait que sur le choix du poison. Prompt et actif, il décelait la main qui l'aurait donné ; faible et lent, Claude pouvait à sa dernière heure ouvrir les yeux sur tant de perfidie , et reprendre sa tendresse pour son fils, n fallait une composition nouvelle, qui troublât la raison sans précipiter la mort. On eut recours à une fiemme habile dans cet art, nommée Locuste , nt^aère condamnée à titre d'empoisonneuse, et depuis longtemps employée à la cour comme un instrument de pouvoir. Cette femme mit tout son génie k préparer le poison ; il fut donné par Tennuque Halotus, chargé d'offi'ir et de goûter les mets. Ces