‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 110 sur 326 · ACTE IV, SCÈNE II. ni · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. ni

Enfin^ des légions Tentière obéissance

Ayant de votre empire affermi la puissance * >

On vit Claude; et le peuple^ étonné de son sort^

Apprit en même temps votre règne et sa mort.

C'est le sincère aveu que je voulais vous faire :

Voilà tous mes forfaits. En voici le salaire :

Du fruit de tant de soins à peine jouissant

En avez-vous six mois parut reconnaissant^

Que, lassé d'un respect qui vous gênait peut-être ,

Vous avez affecté de ne me plus connaître.

J'ai vu Burrhus, Sénèque, aigrissant vos soupçons.

De l'infidélité vous tracer des leçons.

Ravis d'être vaincus dans leur propre science.

J'ai vu favorisés de votre confiance *

Othon, Sénécion, jeunes voluptueux %

drcoDstances furent bientôt si connues , qu'au rapport des historiens du temps, le poison fut présenté dans un plat de champignons, mets délicieux pour le prince , qui n'en sentit pas sur-le-champ les effets*, soit à cause de sao. apathie, soit parce qu'il était ivre ; d'ailleurs , une évacuation subite parut l'avoir sauvé. Saisie d'effroi, Agrippine, dans ce péril exlaréme, ne craint plus de se montrer coupable ; elle met en œuvre l'adresse du médecin Xénophon , qu'elle avait eu soin de gagner. On dit que celui-ci, sous prétexte d'aider le vomissement, introdoisil dans fa gorge du prince une plume imprégnée d'un poison subtil, sachant bien quele péril est à ébaucher le crime, et le profit à le consommer. » ( Annal. , lib. XII, cap. 66 et 67. )

* En général, ce participe a^ant est peu agréaUe en poésie. C'est la seule fois qu'il se trouve dans Racine , et encore dans un morceau naturèllemeDt susceptible des formes du récit. Je ne crois pas que Boileau ait mis en vers le mot ayant : il se trouve beaucoup trop souvent dans ceux de Voltaire. L'inconvénient de ce participe auxiliaire , c'est qu'il se joint toujours à un autre, ce qui rend la phrase lâche et traînante. (L. )

' Quoique toutes les éditions faites pendai\t la vie de l'auteur portent : J'ai TU favoriser de votre confiance...,

je pense , avec Racine le âls, que c'est «ne faute d'impression. Favorises au participe forme ici une beUe inversion : J*ai tm OUum, Sénèeion, favorisés de voire confiance, ( G. )

* Voici ce que dit Tacite d'Othon et de Sénécion : «. Simul adsumptis

Et de tous vos plaisirs flatteurs respectueux ; Et lorsque, vos mépris excitant mes murmures , Je vous ai demandé raison de tant d'injures , (Seul recours d'un ingrat qui se voit confondu) Par de nouveaux affronts vous m'avez répondu. Aujourd'hui je promets Junie à votre frère ; Us se flattent tous deux du choix de votre mère : Que faites-vous? Junie enlevée à la cour S Devient en une nuit l'objet de votre amour; Je vois de votre cœur Octavie effacée , Prête à sortir du lit où je l'avais placée ; Je vois Pallas banni, votre frère arrêté; Vous attentez enfin jusqu'à ma liberté : Burrhus ose sur moi porter ses mains hardies. Et lorsque, convaincu de tant de perfidies. Vous deviez ne me voir que pour les expier , C'est vous qui m'ordonnez de me justifier.

NÉHON

Je me souviens toujours que je vous dois l'empire; Et, sans vous fatiguer du soin de le redire. Votre bonté, madame, avec tranquillité Pouvait se reposer sur ma fidélité.

Aussi bien ces soupçons, ces plaintes assidues,

« iû conscientiam Othone et Claudio Senecione , adolescentulis decorLs : « quorom Otho familia consulari, Senecio liberto CaBsaris pâtre genitus, « ignara matre,' dein frustra obnitente, penitus irrepserant per luxum « et ambigua sécréta. » — « Néron mit dans sa confidence Othon et Sénédon, tous deux dans la fleur de la jeunesse et de la beauté : Othon, d'une famille consulaire; Sénécion, né d'un affranchi de Claude. D'infâmes secrets, de honteuses débauches, formèrent cette liaison, d'abord ignorée d'Agrippine, et qu'elle s'efforça vainement de rompre dans la suite. » (Annal.j lib. XHI, cap. 12.)

' Racine a voulu dire sans doute , Junie amenée par force à la cour, et il a dit tout le contraire ; car enlevée à la cour ne peut signifier autre chose que dérobée, ravie, arrachée à la cour, (G.) — C'est, selon La Harpe , le sixième vers répréhensible de la pièce.

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