ACTE IV, SCÈNE II. 17i
Vous êtes un ingrat^ vous le fûtes toujours * :
Dès vos plus jeunes ans, mes soins et mes tendresst^s
N'ont arraché de vous que de feintes caresses.
Rien ne vous a pu vaincre ; et votre dureté
Aurait dû dans son cours arrêter ma bonté.
Que je suis malheureuse ! et par quelle infortune
Faut-il que tous mes soins me rendent importune !
Je n'ai qu'un fils. 0 ciel I qui m'entends aujourd'hui ,
T'ai-je fait quelques vœux qui ne fussent pour lui ?
Remords, craintes^ périls, rien ne m*a retenue;
J'ai vaincu ses mépris; j'ai détourné ma vue
Des malheurs qui dès lors me furent annoncés ;
J'ai fait ce que j'ai pu ; vous régnez , c'est assez.
Avec ma liberté, que vous m'avez ravie.
Si vous le souhaitez^ prenez encor ma vie.
Pourvu que par ma mort tout le peuple irrité
Ne vous ravisse pas ce qui m'a tant coûté.
NÉRON
Hé bien donc, prononcez. Que voulez-vous qu'on fasse?
AGAIPPINE.
De mes accusateurs qu'on punisse l'audace ' ;
'.Agrippine, après avoir accablé Néron du reproche d'ingratitude, !% hâte de tempérer Taigreur de ses diaoourB par une effusion d'amour inatemel', qui semble n*éfcre qu*un mouvement de la nature , mais qui , <^ one femme de son caractère, n'est en effet qu'une arme de plus contre sou fils et un moyen de domination. Cependant il est remar- 'N)leque la danière idée qu'elle présente à Néron, c'est que, s'il ijtait capable d'attenter aux jours de sa mère» un grand crime serait POQrli]i.mèine un grand danger. Et voilà où en sont réduits ceux qui ont coDconru à élever une puissance injuste : ils se menacent sans cesse les uns les autres, jusqu'à ce qu'ils périssent les uns par les autres. acides tu, et te tUtus, C'est la sentence des méchants, et l'ordre de la Providence. (L.)
' Néron n'a dit qu'un mot, mais par ce mot il a paru se rendre. Agrippine, qui pleurait tout à l'heure, commande aussitôt, et, du ton ^^ plus absolu , dicte sans hésiter ses ordres et ses vengeances. Elle
ne BRITANNICUS,
Que de Britannicus on calme le courroux; Que Junie à son choix puisse prendre un époux; Qu'ils soient libres tous deux^ et que Pallas demeure ^ ; Que vous me permettiez de vous voir à toute heure ;
( apercevaiit Barrhaa au fond do tbé&tre. ) ,
Que ce même Burrhus , qui nous vient écouter' , A votre porte enfin n'ose plus m'arrêter.
NÉHON
Oui^ madame^ je veux que ma reconnaissance'
ordonne tout , et n'oublie rien. On ne saurait mieux peindre la force du caractère et de rhabitude. (G.)
' Demeure est une façon de parler peu convenable pour dire rester à la cour. ( G. ) — << Agrippine , dit Tacite , ayant demandé une entrevue à son fils, elle n*essaya point de se justifier, pour n'avoir pas Fair de se défier de son innocence : elle ne rappëa point ses bienfaits, pour ne pas paraître les reprocher ; mais elle obtint la punition de ses délateurs, et des récompenses pour ses amis. » — « Colloquium filii exposcit, « ubi nihil pro innocentia, quasi diffiderat : nec benefidis, quasi ex- « probraret, disseruit; sed' ultionem in delatores, et praemia amicis t< obtinuit. » { Annal, , lib. XIH, cap. 21. )
' Burrhus ne manque de respect ni à elle ni à Néron. Il est resté dehors pendant leur entretien; il entend que l'entretien finit, parce que Néron, toujours assis, s'est levé brusquement, en prononçant à haute voix :
Hé bien donc , prononcez. Que voalez-vons qu'on fasse ?
Burrhus, qui ne peut quitter Agrippine que quand elle est avec Néron, entre pour recevoir les ordres de Néron, et, comme il est entré sans avoir été appelé, Agrippine l'accuse d'être venu les écmiter: ce qui donne lieu à la magnifique scène qui va suivre , et à laquelle on ne devait pas s'attendre, Néron ayant menacé Burrhus de le faire arrêter : mais Néron vient d'être convaincu qu'Agrippine est son ennemie. Sans ce mot d' Agrippine, Néron n'eût pas confié son secret à Burrhus, qu'il regardait comme tin censeur prêt à le contredire. Aussi va-t-il lui dire :
Mate Mm inimitié vous rend ma confiance.
Quel art d'amener les scènes ! ( L. R. )
^ Cette scène est une des plus belles qu'il y ait au théâtre : les Uttérateurs la placent au même rang que celle d" Auguste et de Giiuia , de CléopAtre et de ses deux fils , de Mithridate avec ses enfants. La différence qu'on peut remarquer entre des scènes si imposantes et si tbéâ-