SCÈNE III
NÉRON, BURRHU8.
BUHRHUS.
Que cette paix, seigneur, et ces embrassements Vont offrir à mes yeux des spectacles charmants ! Vous savez si jamais ma voix lui fut contraire , Si de son amitié j'ai voulu vous distraire , Et si j'ai mérité cet injuste courroux.
NÉRON
Je ne vous flatte point , je me plaignais de vous, Burrhus : je vous ai crus tous deux d'intelligence; Mais son inimitié vous rend ma confiance.
tralds vient encore moins de la difiérenoe du génie des auteurs que de la difSérence du sujet. La plus intéressante, sans contredit, est œlle d' Auguste et de Gînna , parce que rien n'égale la situation du maître du nMmde pardonnant à son assassin; celle de Cléopfttre, dans Aodo^une, est la plus terrible; celle de Mithridate , la plus brillante : mais celle d'Agrîppine et de Néron me parait être la plus profonde pour Fart et la peinture des caractères, et en même temps la plus grave et la plus austère pour le style. Voltaire a dit judicieusement , à Toccasion du discours de Cléopàtre à ses enflante, dans Rodoqune : « Il semble que « Racine Tait pris pour modèle du grand discours d*Agrippine à Né- « ron; mais la situation de CléopÂtre est bien plus frappante, Tintérêt « est beaucoup plus grand, et la scène bien autrement intéressante. » (G.)
BàClIVE. — T. II. 12
178 BRÎTANNICUS.
Elle se hâte trop , Burrhus , de triompher : J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer.
Quoi, seigneur!
C'en est trop ; il faut que sa ruine Me délivre à jamais des fureurs d'Agrippine. Tant qu'il respirera > je ne vis qu'à demi. Elle m'a fatigué de ce nom ennemi; Et je ne prétends pas que sa coupable audace Une seconde fois lui promette ma place.
BURRHUS
Elle va donc bientôt pleurer Britannicus.
NÉRON
Avant la fin du jour je ne le craindrai plus.
BURRHUS
Et qui de ce dessein vous inspire Tenvie* ?
NÉRON
Ma gloire, mon amour, ma sûreté , ma vie*.
* On ne peut dire Venvie d'un dessein. Le terme est absolument impropre. C'est le septième vers de ceux qu'on ne pouvait pas laisser dans une pièce bien écrite. ( L. )
' Comment Néron peut-il confier le projet d'un assassinat à un homme qu'il croit vertueux? Encore peu habitué au crime, il semble qu'il ne devrait se dévoiler qu'à des complices, tandis qu'il en imposerait par son hypocrisie à ceux dont le caractère pourrait te feîre rougir. Qu'on oublie cette première invraisemblance, et la scène est sublime. Louis ftadne , dans une note précédente, établit que cel^ confidence est sttffisàmmetit ntotivée par l'inimitié qu'Àgrippine vient de témoigner à Burrhus. Mais, jusqu'à ce moment, Néron n'a-t-iî pas afïfecté la vertu devant cet homme vertueuxt et doit-il oublier si vite qu'il parle à un juge ittûexibte de ses fautes ? La Harpe convient que cette confidence M faite tsaoB âttcune nécessité , parce que assurément Néron ne compte pas se servir de Burrhus pour IVxécufàon dMn Assassinat, et cependant il y trouve un trait profond de vérité. « Néron , dit-il , ^ si « natureltemeut perv»s» que l'idée d'empoisonner son frère lui paraît « une chose toute simple , et qu'il est persuadé que Burtbus n'en doit