ACTE IV, SCÈNE IIÏ
BURRHUS
Non , quoi que vous disiez , cet horrible dessein Ne fut jamais^ seigneur^ conçu dans votre sein.
Burrhus!
BUREHUS.
De votre bouche^ 6 ciel! pui&-je l'apprendre? ^ous-méme, sans frémir, avez-vous pu l'entendre? Songez-vous dans quel sang vous allez vous baigner? Néron dans tous les cœurs esiril las de régner ? Que dira-t-on de vous? Quelle est votre pensée?
NÉRON
Quoi ! toujours enchaîné de ma gloire passée ' , J'aurai devant les yeux je ne sais quel amour Que le hasard nous donne et nous ôte en un jour? Soumis à tous leurs vœux, à mes désirs contraire , Suis-je leur empereur seulement pour leur plaire?
BURRHUS
Et ne suffit-il pa3 , seigneur, à vos souhaita Que le bonheur public soit un de vos bienfaits? C'est à vous à choisir, vous êtes encor maître. Vertueux jusqu'ici, vous pouvez toujours Vètre* : Le chemin est tracé , rien ne vous retient plus ; Vous n'avez qu'à marcher de vertus en vertus.
« pas être plus effrayé que luinooéme. Il ne compiend hen à Tétonne « ment et à Thorrettr que Burrhus fait paraître ; et , bîeii loin de rougir a de cet abominable dessein , il y eroit sa gloire intéressée. De la gloire « à empoisonner son frèret c^est bien là Kéron. » Oui, c*est bien là Néron , mais Néron devant Navetase , et non devant Burrhus.
' En prose ii faudrait dire «neïuiàmé par,.. L'axample de tous no$ bons poètes depvis Malherbe a pironvé que le di ablatif a plus de gràoe en poésie que le par^ toutes las fois qu'il n*ast pas ocmtraire à la syntaxe et au génie de la langue. (L. )
' Louis Radne remarque avec raison que Burrhus ne pense sûrement pas que Néron ait jamais été vetiupux ; il est même trà-persuadé du contraire; et le spectateur est dans la confidence de ses sentiment^
Mais, si de vos flatteurs vous suivez la maxime^ Il vous faudra^ seigueur, courir de crime en crime, Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés. Et laver dans le sang vos bras ensanglantés *. Britannicus mourant excitera le zèle
là-dessus, depuis qu'il a entendu dans sa bouche ces vers du troisième acte :
Enfin , Burrhu§ , Néron découvre son génie , etc. Mais ce n'est ici qu'une leçon, et nullement une flatterie ; et, puisque Néron a voulu jusque-là paraître ce qu'il rrétait pas, Burrhus ne peut faire mieux que de lui persuader, s'il est possible, qu'il est ce qu'il a voulu paraître. Il est permis de se servir de l'amour-propre du méchant pour le rendre meilleur ; c'est l'office d'un honnête homme. Narcisse , au contraire , se servira tout à l'heure de l'amour-propre de Néron pour le porter au crime; c'est l'office d'un scélérat , et Burrhus et Narcisse soutiennent le rôle qui leur est propre. ( L. )
' Les principales idées de ces vers sont empruntées au passage suivant de Sénèque : « Hoc enim , inter cetera , vel pessimum habet crude- « litas, quod perseverandum est, nec ad meliora patet regressus. Sce- « lera enim sceleribus tuenda sunt. Quid autem eo infelioius, cui jam ce esse malo necesse est? 0 miserabilem illum, sibi certe! Nam ceteris « misereri ejus nefas sit, qui cœdibus ac rapinis potentiam exercuit, qui « suspecta sibi cuncta reddidit, tam extema quam domestica; quum « arma metuat, ad arma conf ugiens ; non amicorum fidei credens, non « liberorum pietati? Qui ubi circumspexit quaeque fecit, quœque factu- « rus est, et conscientiam suam plenam sceleribus ac tormentis adape- « ruit : saepe mortem timet, sœpius optât; invisior sibi quam servienti- « bus. » — « Ce que la cruauté a de pire , c'est qu'on est forcé d'y persévérer, et qu'elle ne permet point de retour vers l'humanité. Il faut protéger le crime par le crime. Qu'y a-t-il de plus à plaindre que celui pour qui le mal est une nécessité? Le misérable I il se fait pitié à luimême , et ne peut exercer la compassion des autres. Tous les cœurs, se sont fermés ; il n'a signalé sa puissance que par des meurtres et des rapines : élarangersy domestiques., tout lui est suspect, même la fidélité de ses amis, même la tendresse de ses enfants; il redoute les armes, et c^est dans les armes qu'il met sa sûreté; de quelque côté qu'il porte ses regards, sa conscience se tourmente également des crimes qu'il a faits et de ceux qui lui restent à faire; souvent il craint la mort , plus souvent il la désire. Malheureux! qui se fait à lu^môme plus d'horreur qu'à ceux qu'il opprime. » (De Clément., lib. I, cap. 13. )