ACTE IV, SCÈNE ÏV
(( Il ne dit^ il ne fait que ce qu'on lui prescrit : a Burrhus conduit son eœur^ Sénèque son esprit. « Pour toute ambition^ pour vertu singulière^ (( 11 excelle à conduire un char dans la carrière , (( A disput4$r des prix indignes de ses mains ' , « A se donner lui-même en spectacle aux Romains, « A venir prodiguer sa voix sur un théâtre , « A réciter des chants qu'il veut qu'on idolâtre, (( Tandis que des soldats, de moments en moments , t^ Vont arracher pour lui les applaudissements. » Ah! ne voulez-vous pas les forcer à se taire'?
' Suivant Tobservation d'un critique étranger, M. Schlegel -y ce beau morceau est une inadvertance échappée à Racine. Effectivement , dans toute la pièce, le poète montre Néron encore flottant entre le crime et la vertu , et s'abandonnant enfin à toute Thorreur de ses passions. Cependant Narcisse dit ici que Néron s'est déjà donné en spectacle aux RomaÏDs comme histrion et conducteur de chars. Or, à Tépoque choisie par Radne , Néron n'était point encore descendu à ce degré d'avilissement, n D'avait que dix-huit ans lorsqu'il empoisonna Britannicus , et il régna douze ans encore après ce forfait , qui fut son début dans la canière du crime. Au reste , il résulte de si grandes beautés de cet anachronisme, et il est en lui-même si indifférent, qu'en le rappelant nous n'avons eu d'autre but que de montrer la perfection d'un poète où les étrangers sont réduits à chercher de pareilles fautes.
' Narcisse a attaqué Néron par tous ses feibles, par la crainte, par la jalousie de l'amour, par celle du pouvoir. Inépuisable dans ses moyens, il le blesse enfin dans ses prétentions aux talents du théâtre , et Néron ne ménage plus rien ; l'orgueil le plus vindicatif est celui qui Tient de la vanité. Néron était sûr d'être le maître du monde ; mais il voulait en être le premier musicien. QualU artifex pereoî disait-il en mourant. « Qudle perte ! un si grand artiste ! » Ce furent ses dernières paroles ; etTadte et Suétone nous apprennent qu'une des raisons les plus décisives de sa haine pour Britannicus , et de la mort de ce jeune prince, fut la jalousie que Néron avait conçue de la beauté de sa voix : « Non minus amuUMone vocis quœ Uli jucandior. » Quel parti Racine a tiré de toutes ces traditions historiques qui conduisent à la connaissance des hommes! Quoiqu'on se doute bien que Néron est déjà entraîné quand il sort avec Narcisse, cependant rien n'est encore ni décidé ni terminé. Le crime sera-t-il consommé? Et conunent le sera-t-il? Cela suffit régii*
NÉaON.
Viens, Narcisse : allons voir ce que nous devons faire \
lièrement pour soutenir la curiosité et Tintérét ; mais les gens de Tart pressentent aussi qu^il y a peu de matière pour le cinquième acte. Au reste , le quatrième est sans contredit un des plus beaux du théâtre français; il en est peu qui rassemblent trois scènes capitales de cette forco et de cette variété. (L. ) -- On attribue à ces vers la gloire d'avoir détourné Louis XIV de figurer lui-même dans les ballets et les fêtes qu'il donnait à la cour. S^il est vrai que ces vers aient produit un pareil effet, ce sont les plus importants et les plus mémoraUes du théâtre français , et rien ne fait plus d'honneur à la poésie dramatique qu'une anecdota de cette espèce. (G.)
' Si Néron sortait déterminé , l'action serait finie : il sort pour aller délibérer. Le spectateur prévoit quelle sera la décision d^un conseil tenu avec Narcisse ; cependant il reste dans l'incertitude jusqu'à la quatrième scène de l'acte suivant. La délibération de Néron et les apprêts du festin se passent pendant l'intervalle de cet acte au suivant. (L. R.)
mm