‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 121 sur 326 · ACTE IV, SCÈNE lY · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE lY

Us mettront ma vengeance au rang des parricides.

NARCISSE

Et prenez-vous , seigneur, leurs caprices pour guides ?

Avez-vous prétendu qu'ils se tairaient toujours?

Mrce à vous de prêter Toreille à leurs discours?

De vos propres désirs p^*dreB-vous la mémoire ?

Et serez-vous le seul que vous n'oserez croire?

Hais, seigneur, les Romains ne vous sont pas connus :

Non , non , dans leurs discours ils sont plus retenus.

Tant de précaution aCEaiblit votre r^ne :

Us croiront, en e£fet , mériter qu'on les craigne.

Au joug , depuis longtemps , ils se sont &ç(mnés ;

Us adorent la main qui les tient enchaînés.

Vous les verrez toujours ardents à vous complaire :

Leur prompte servitude a fiitigué Tibère^

Moi-même, revêtu d'un pouvoir emprunté ,

Que je reçus de Claude avec la liberté ,

J'ai cent fois , dans le cours de ma ^oire passée ,

Tenté leur patience , et ne l'ai point lassée.

celui que vient de loi tenir Boirlms^oiir le détouoier du oiiae. ViÊBOr pression qu'il a reçue dure emxMre, niais on êexà, qu'elle va s'el&eer, car les raisonnements s'affaiblissent à mesure que la scène se prolonge, le discours de Narcisse est également un reflet des objections que Néron faisait à Burrhus, ](»sque ce prince cherchait à ooBabattre les principes de son vertueux ministre ; mais ces objecyons acquièrent phis d'énergie dans la bouche de Narcisse, parce ^'il s'adresse 4 un maHra qui écoute le criflae avec complaisance. Cette répèti^n d'idées daas les deux scènes écbai^ àla plupart des ^lectateuiis, et c'est cependant «ne des principales causes de la tetreor qu'inspire la fia de ce <iuatnème acte.

' Une MTVitiide qui fatiffue «efiii qui Vimp9êe! adMÉirtifl expfttssion d'une pensée profonde. Tacite peiot libère commâ un despote ombrageux, ennesû de la liberté par caracftèra, mais dégoûté des flatteries grosBières, dont U sentait la bassesse mieux que pecsoBne. Tacite rapporte que, sortant un jour du sénat, il s'éciia : « 0 iMXMiiesad ser- « vitutem paaratos! » — « 0 hommes nés pour ia servitude! n Mot qui a fourni à Racine l'idée de ce vers énergique. (G. )

188 BRITANNICOS.

D'un empoisonnement vous craignez la noirceur? Faites périr le frère ^ abandonnez la sœur; Rome, sur les autels prodiguant les victimes, Fussentrils innocents, leur trouvera des crimes ^ : Vous verrez mettre au rang des jours infortunés Ceux où jadis la sœur et le frère sont nés.

NÉRON

Narcisse , encore un coup , je ne puis Tentreprendre .

J'ai promis à Burrhus, il a fallu me rendre.

Je ne veux point encore, en lui manquant de foi ,

Donner à sa vertu des armes contre moi.

J'oppose à ses raisons un courage inutile :

Je ne Técoute point avec un cœur tranquille .

NABCISSE.

Burrhus ne pense pas, seigneur, tout ce qu'il dit : Son adroite vertu ménage son crédit; Ou plutôt ils n'ont tous qu'une même pensée. Ils verraient par ce coup leur puissance abaissée r Vous seriez libre alors, seigneur, et devant vous Ces maîtres orgueilleux fléchiraient comme nous. Quoi donc ! ignorez-vous tout ce qu'ils osent dire? « Néron, s'ils en sont crus, n'est point né pour l'empire

* En effet, la mort de Britannicus ne fit aucune sensation dans Rome, et le meurtre d*Agrippme fut consacré dans le sénat. Tacite dit : « Decernuntur supplicationes apud omnia pulyinaria , nique Quinqua- « tms, quibus apertse essentinsidiae, ludis annuis celelirârentur ; au- « Team Minervœ âmulacrum in curia , et juzta princîpis imago staff tu6retur;diesnatalis Agrippin» inter néfastes esset. » — « On ordonne des prières publiques dans tous les temples, et la célébration de jeux annuels aux fêtes de Minerve , époque où la conjuration fût découverte. On consacre dans le sénat une statue d*or à la déesse; auprès doit s'élever celle du prince; et le jour de la naissance d*Agripi»ne est mis au nombre des jours néfastes. » (Annal.^ lib. XIV, cap. 12.) On peut voir dans le même Tacite (iinnai., libi XIV, cap. 13 ) l'entrée triomphante de Néron dans Rome, après son parricide.

Page 1