‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 128 sur 326 · ACTE V, SCÈNE IH · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IH

Hélas! à peine encor je conçois ce miracle. Quand même à vos bontés je craindrais quelque obstacle^ Le changement^ madame^ est commun à la cour; Et toujours quelque crainte accompagne Tamour.

AGRIPPINE

Il suffit^ j'ai parlée tout a changé de face* :

Mes soins à vos soupçons ne laissent point de place.

Je réponds d'une paix jurée entre mes mains;

Néron m'en a donné des gages trop certains.

Ah ! si vous aviez vu par combien de caresses

U m'a renouvelé la foi de ses promesses ;.

Par quels embrassements il vient de m'arrèter!

Ses bras ^ dans nos adieux^ ne pouvaient me quitter.

Sa facile bonté ^ sur son front répandue^

Jusqu'aux moindres secrets est d'abord descendue :

U s'épanchait en fils qui vient en liberté

Dans le sein de sa mère oublier sa fierté .

Mais bientôt reprenant un visage sévère y

Tel que d'un empereur qui consulte sa mère ,

Sa confidence auguste a mis entre mes mains

Des secrets d'où dépend le destin des humains*.

' Q'iest bien là Torgaeil d'un pouvoir précaire et; emprunté : un des moyens de crédit, c'est d*y faire croire; et on en ressaisit d*àutant plus lapparence , qa^on a été plus près d'en perdre la réalité. ( L. )

'* Le dernier entreti^ que Néron eut avec sa mère, dont il avait ordonné la mort , olfre la même scène de dissimulation. Agrippine se rendit en litière à Bayes, où Néron l'attendait, a Ibi blandimentum sublevavit 0 metum , comiter excepta, superque ipsum collocata. Nampluribus ser- « monibus , modo lamiliaritate juvenili Nero , et rursus adductus , quasi « séria consoGÎaret , tracto in longum convictu , prosequitur abeuntem , n arctius oculis et pectori hœrens , sive explenda sîmulatione, seu péri- « tm» matris supremus aspectus.» quamvis forum animum retinebat. » — « Là , ses craintes furent dissipées par les caresses de son fils, qui l'ac- ''ueillit avec toutes les apparences de l'amitié, et la fit placer au-dessus de lui. Tantôt il s'épanchait avec l'enjouement familier d'un jeune homme ; tantôt , affectant la gravité , il semblait lui communi^ier les secrets les

Non y il le faut ici confesser à sa gloire , Son cœur n'enferme point une malice noire; Et nos seuls ennemis , altérant sa bontés Abusaient contre nous de sa facilité :

Mais enfin ^ à son tour, leur puissance décline; Rome encore une fois va connaître Agrippine; Déjà de ma faveur on adore le bruit *. Cependant en ces lieux n'attendons pas la nuit : Passons chez Octavie, et donnons-lui le reste D'un jour autant heureux que je l'ai cru funeste. Mais qu'est-ce que j'entends? Quel tumulte confus ! Que peut-on faire?

JUNIE

0 ciel, sauvez Britannicus!

plus importants. Le festin se inrolongea; ed lorsque Agnppind voulut se retir», Néron la reconduisit ; et , la pressant contre son sein» il fixa sur die des regards plus tendres qu'à Tordinaire , soit pour mettre le comble à sa dissimulation , soit que le dernier aspect d'une mère qu'il envoyait à la mort eût attendri ce cœur féroce. » (Taot., ÂmuLt,y lib. XIV , cap. 4. ) * Suivant La Harpe» les dix vers qui commencent par oea mot& ; par quels enibrassements , doivent être placés au rang des vers les plus parfaits de notre langue: Tout ce morceau d'ailleurs est plein d'expressions neuves et sublimes, telles que celles-ci : il ^épanchait en fils; déjà de ma faveur on «dore le bruii. En effet , sgoute La Harpe, on adore tout de la ûiveur, même le bruit. Mais qui» excepté Racine, aurait osé le^ire? Quant à l'ensemblo de la soène, on a demandé pourquoi Agrippine et Junie n'étaient pas présentes à la réconciliation de Néron et de Britannieus , at l'on a répondu que l'extrême jeunesse de Junia ne permettait pas qu'elle se trouv&t à un festin de ieunes gens tels que ceux de la cour da Néron. Il est vrai que, selon Tacite, Agrippine fût du lepas; mais c'est une de ces circonstances qu^il est permis au poète de nôg^ger. Au reste» cette soèone , oiX la présomption hautaine d'A^rippine seoible donner quelque espérance aux spectateurs, sert beaucoup à augmenter la terreur de la scéane suivante.

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