‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 127 sur 326 · AGRIPPINE, JUNIE · texte numérisé non relu

AGRIPPINE, JUNIE

AGRIPPINE

Madame, ou je me trompe , ou , durant vos adieux , Quelques pleurs répandus ont obscurci vos yeux. Puis-je savoir quel trouble a formé ce nuage ? Doutez-vous d'une paix dont je fais mon ouvrage?

JUNIE

Après tous les ennuis que ce jour m'a coûtés , Ai-je pu rassurer mes esprits agités?

» Allez, aUons, alUz : cet abus du verbe olUr est une négligence qui

cboque à la lecture, et disparaît au théâtre. On a remarqué avec raison

la singulière affinité qui se trouve entre les deux derniers vers et ceux de

la dernière scène à'Uèradius :

AUom lai rendre bommage , et d'un esprit oontent Montrer Héradius au peuple qui l'attend.

Dans cette courte scène , il faut observer qu'Agrippine , qui ne dit que six vers, en dit assez pour se faire connaître aux spectateurs par un nouveau trait de caractère. Exercée à toute la scélératesse d'une cour corrompue, elle se montre aussi confiante, aussi crédule que Britannicus lui-même : elle ne doute point que Néron n'attende son frère avec impatience pour l'embrasser. Cette crédulité , qui dans Britannicus est l'effet de la jeunesse et de l'inexpérience, est produite dans Agrippine par l'excès de l'ambition, passion toujours plus insensée et plus aveugle dans les femmes ; elle est le fruit de son orgueil, qui lui persuade que Néron n'a pu résister à ses discours et à son ascendant : elle en est si convaincue, qu'elle fait presque un crime à Junie de quelques larmes qui semblent annoncer de l'inquiétude. (G. )

» Var. Dès que je le pourrai , je reviens sur ses traces.

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