‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 134 sur 326 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Tu voudras t'affranchir du joug de mes bienfaits. Mais je veux que ma mort te soit même inutile : Ne crois pas qu'en mourant je te laisse tranquille ; Rome^ ce ciel^ ce jour que tu reçus de moi^ Partout^ à tout moment^ m'offriront devant toi. Tes remords te suivront comme autant de furies ; Tu croiras les calmer par d'autres barbaries; Ta fureur, s'irritant soi-même dans son cours. D'un sang toujours nouveau marquera tous tes jours. Hais j'espère qu'enfin le ciel, las de tes crimes , Ajoutera ta perte à tant d'autres victimes ; Qu'après t'être couvert de leur sang et du mien, Tu te ven-as forcé de répandre le tien ; Et ton nom paraîtra, dans la race future , Aux plus cruels tyrans une cruelle injure * . Voilà ce que mon cœur se présage de toi. Adieu : tu peux sortir.

NÉRON

Narcisse, suivez-moi*.

^ Voilà un exemple de cet ait, si fréquent dans Racine, de donner aux idées les plus fortes l'expression la plus simple. Dire à un homme que son nom sera une injure pour les tyrans, est déjà terrible; mais pour les plus crueli tyrans une cruelle injure! je ne crois pas que l'invective paisse imaginer rien au delà ; et pourtant il n'y a rien de trop pour Néron; son nom est devenu celui de la cruauté... Quelle vérité ef&ayante dans la peinture de ce monstre naissant! C'est une des productions les plos frappantes du génie de RacLoe, et une de celles qui prouvent que ce grand homme pouvait tout faire. (L. )

' La froideur avec laquelle Néron entend les imprécations d'Ajgrippine, son silence, cet ordre sec et laconique, NarcUse, suivez-moi, sont le denier trait du caractère de cet empereur : on voit déjà un scélérat endurci , déterminé à se livrer à ses flatteurs et à ses passions, et qui va hâter l'accomplissement des imprécations de sa mère. Jusque-là , le déuoûment est terrible; il y a une sorte de consternation répandue sur la scène : on frémit, et du crime qui vient de se commettre , et de tous ceux qne ce premier crime annonce ; mais cet effet commence à s'affaiblir après la sortie de Néron. (G. )

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