‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 133 sur 326 · ACTE V, SCÈNE VI. joa · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI. joa

Il n'est point de malheur dont je ne sois coupable. Et si l'on veut^ madame^ écouter vos discours^ Ma main de Claude même aura tranché les jours ^ Son fils vous était cher^ sa mort peut vous confondre; Mais des coups du destin je ne puis pas répondre.

AGBlPPUfS.

Non^ non^ Biitannicus est mort empoisonné ; Narcisse a fait le coup^ vous l'avez ordonné.

NÉaON.

Madame ! .. . Mais qui peut vous tenir ce langage?

NAEGISSE.

Hé^ seigneur^ ce soupçon vous £ait-il tant d'outrage*? Britannicus , madame^ eut des desseins secrets

' Il y a dans cette réponse autant dimpudence que de maKgnité : personne ne sait mieux que lui qua c'est Agrippine qui a Cût périr Claude , et c*est Néron qui reproche à sa mère ce crime commis pour lui. Quelle leçon! Agrippine, selon l*hiâtoîre, ne fut pas, à. beaucoup près , si hardie qu'elle Test id ; elle fut consternée de la mort de Britannicus, qui lui présageait la sienne, et ne vit dans ce premier attentat qu^un essai du parricide : iMnridiHi «Min|itefii. Le poète, obserrant toujoms les mêmes nuances, a trésHUgement séparé cette (terne, toute méchante qu^eUe était, d'un monstre tel que Néron. U Tarait peinte altière et emportée, pour qu'elle pût avec Traisemblanoe ne rien ménager avec Néron, qui la pousseà bout. Les reproches, les menaces et les pvédictioDs dont elle l'aocable, la réconcilient assez avec le spectateur pour laisser une juste distance entre elle et son fils; en sorte que toute lliorreurnstesur Néron, comme cela devait être, et toute la {âtié sur Britannicus et Junie. ( L. )

' C'est un des traits les plus profonds et les plus admirables de la pièce ; mais c'est un des moina aentis. Néron, toujours faible, se défend , et nie le crime. Narcisse, aveo une impudeooe digne des scélérats consommés, encourage, enhardit son maître : il lève la otasqua» il avoue tout , et soutient que tout est bien ânt. C'est le diacoora d'un scélérat qui compte d^ sur le crédit que liû donne te crime sur un malin tel que Néron. A^rippind eUe-méme est confondue de cet excès d'effiroaterie ; et, n'eqtérant plus rien de son fils, c'est alors qu'elle laisse un libre cours à sa fureur, et qu'elle accable Néron des imprécations les plus terribles. (G.)

Qui vous auraient coûté de plus justes regrets :

Il aspirait plus loin qu'à l'hymen de Junie;

De vos propres bontés il vous aurait punie.

Il vous trompait vous-même; et son cœur offensé *

Prétendait tôt ou tard rappeler le passé.

Soit donc que malgré vous le sort vous ait servie ,

Soit qu'instruit des complots qui menaçaient sa vie ,

Sur ma fidélité César s'en soit remis ^

Laissez les pleurs ^ madame^ à vos seuls ennemis;

Qu'ils mettent ce malheur au rang des plus sinistres :

Mais vous. . .

AGRIPPÎNE.

Poursuis^ Néron : avec de tels ministres^ Par des faits glorieux tu te vas signaler; Poursuis. Tu n'as pas fait ce pas pour reculer : Ta main a commencé par le sang de ton frère ; Je prévois que tes coups viendront jusqu'à ta mère'. Dans le fond de ton cœur je sais que tu me hais ' ;

' Var. Madame, il vous trompait ; et son cœur offensé...

' Ces sortes de prophéties font impression sur le spectateur qui a lu Tbistoire , et qui sait qu'elles ont été réalisées. La peinture des forfaits et du supplice de Néron» présentée dans TaYenir, est aussi fidèle que terrible. L'effet de ces imprécations, que la morale dramatique substitue à la punition présente, si le sujet ne la donne pas, est beaucoup moindre quand on sait qu'elles ne seront pas accomplies , et que le coupable demeurera impuni, comme ddJis le cinquième acte de Jlfahomei, où Palmire

s'écrie :

Qne le monde , par toi séduit et ravagé , Bongiase de ses fers , les brise , et soit Tengé \ Que ta religion , que fonda Timposture , Soit rétemel mépris de la race future! etc.

On sait trop que rien de tout cela n'est arrivé. L^auteur a annpensé cet inconvénient, autant qu'il l'a pu, par ce mot sublime dans la bouche de Mahomet : Il est donc des remords! Mais ces remords n^étaient et ne pouvaient être que le regret momentané de la perte de Palmire ; ce qui fait sentir encore davantage le vice da dénoùment, malgré l'art et les efforts de l'auteur. (L.)

^ Var. Tu te fatigueras d'entendre tes forfaits.

Page 1