‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 136 sur 326 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

AGRIPPINE,BURRHUS, ALBINË.

ALBINE

Ah^ madame! ah, seigneur! courez vers l'empereur; Venez sauver César de sa propre fureur ; Il se voit pour jamais séparé de Junie.

AGMPPINE.

Quoi ! Junie elle-même a terminé sa vie?

ALBDŒ.

Pour accabler César d'un étemel ennui y

Madame, sans mourir elle est morte pour lui.

Vous savez de ces lieux comme elle 8*cst ravie * :

Elle a feint de passer chez la triste Octavie;

Mais bientôt elle a pris des chemins écartés.

Où mes yeux ont suivi ses pas précipités.

Des portes du palais elle sort éperdue.

D'abord elle a d'Auguste aperçu la statue ;

Et mouiUant de ses pleurs le marbre de ses pieds ^

Que de ses bras pressants elle tenait liés :

«. Prince, par ces genoux, dit^e, que j'embrasse,

« Protège en ce moment le reste de ta race :

« Rome, dans ton palais, vient de voir immoler

« Le seul de tes neveux qpi te pût ressembler.

« On veut après sa mort que je lui sois parjure;

« Mais pour lui conserver une foi toujours pure,

« Prince, je me dévoue à ces dieux immortels

« Dont ta vertu t'a fait partager les autels. »

Le peuple cependant, que ce spectacle étonne,

' On M dérobe, on j'échoppe de quelque endroit ; mais on ne peut se ramr d'an lien. G^esi le huitième et le dernier des vers que la critique la plus sévère puisse être autorisée à rayer de cet ouvrage. ( L. )

Vole de toutes parts ^ se presse, Tenvironne , S'attendrit à ses pleurs y et, plaignant son ennui ^ , D'une commune voix la prend sous son appui; Ils la mènent au temple , où depuis tant d'années ' Au culte des autels nos vierges destinées Gardent fidèlement le dépôt précieux Du feu toujours ardent qui brûle pour nos dieux. César les voit partir sans oser les distraire. Narcisse, plus hardi, s'empresse pour lui plaire; Il vole vers Junie, et, sans s'Spouvanter, D'une profane main commence à l'arrêter. De mille coups mortels son audace est punie; Son infidèle sang rejaillit sur Junie.

César, de tant d'objets en même temps frappé , Le laisse entre les mains. qui l'ont enveloppé. Il rentre. Chacun fuit son silence farouche* ;

' Ce mot ennui est ici trop au-dessous de ce qu'il doit exprimer. ( G. ) ' On ne recevait point parmi les vestales une fiUe au-dessus de dix ans ; mais, devant des spectateurs à qui cette règle est peu connue , le poète peut supposer une exception faite par lé peuple en faveur de la vertueuse et malheureuse Junie. C'est ce qui parait cependant à Tabbé Dubos une faute inexcusable : « Il fait donner, dit-il , par le peuple une dispense d'âge : événement ridicule par rapport à ces temps-là, où le peuple ne faisait plus les lois. » Un homme d'esprit peut-il , par une critique si pitoyable, attaquer un dénoûmenj} si heureux? Lorsque le spectateur, apprenant que Narcisse est déchiré par le peuple, apprend aussi que Junie est , par la protection du peuple , à l'abri de la foreur de Néron, il est content, et le grand objet du poète est de le contenter. ( L. R.) — S'il faut en croire l'auteur du BoUeana, Boileau blâmait aussi le dénoûment de Bntannicus, Il disait que Junie , voyant son amant mort, se fait tout d'un coup religieuse , comme si le couvent des vestales était un couvent d'ursulines, au lieu qu'il fallait des formalités infinies pour recevoir une vestale, n disait encore que Britannicus était trop petit devant Néron. Il est très-douteux que ces idées aient été émises par Boileau ; mais , qu'elles soient de lui ou de tout autre , elles ont été suffisamment réfutées dans le commentaire. ' Fuir un silence. Quand on voudrait examiner à la rigueur cette

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