ACTE I, SCÈNE VII
Je ne suis pas rendu. Mais vous , comme je voi , Vous plaidez*?
jLÂ COMTESSE.
Plût à Dieu !
CHIGANEAU.
J'y brûlerai mes livres.
LA GOIUTESSE.
Je...
ghicaneàu.
Deux bottes de foin cinq à six mille livres*!
requête ciHle. Ce mot me rappela le vers des Plaideurs , et je dis , presque sans m'en apercevoir :
La requête civile est ouverte pour moi. Cette femme, qui juscju'à ce moment n'avait pas seulement songé que je fusse là, se retourne vers moi avec la plus grande vivacité : Pot*»vous ausH, monsieur?.,, et je vis qu'il ne tenait qu'à moi de devenir dans la nnnute un personnage fort intéressant pour elle; je n'en avais nulle envie. Non, madame y lui dis-je avfec le plus grand sérieux, c'est un vers des Plaideurs. Elle me regarde quelque temps des pieds à la tête , puis se retourne brusquement vers madame Élie de Beaumont , en reprenant son histoire ; et je retombai dans mon néant. ( L. )
* L'idée si comique d'énumérer les formes barbares des procédures a peut-être été inspirée k Racine par le passage suivant de V Hôpital des Fous deBeys. C'est le plaideur qui parle :
Ce n'est pas tout , j'insiste avecque passion
Pour être relevé de la désertion.
Je donne mon argent , mon procureur ne bouge ;
Voilà le cabier clos , la cause au livre rouge.
Sentence , appointements , productions nouvelles , Arrêt à contredire , interpellations , Moyens de nullité , griefs , forclusions , Tout cela m'étourdit; mon procureur m'incite A ce que je poursuive et que Je sollicite , etc.
( H4pital des Fous y acte m , se. ii. )
» Les traits des poètes comiques paraissent quelquefois outrés, et ne le sont pas. Il est rapporté dans l'éloge historique de M. Boivin l'aîné , qu'il soutint un procès pour une redevance de vingt-quatre sous , dont il prétendait qu'une maison qu'il avait achetée en Normandie devait être exempte: ce procès, qu'il perdit, dura douze ans, et lui coûta douze mille livres de frais. ( L. R. )
LA COMTESSE
Monsieur^ tous mes procès allaient être finis; II ne m'en restait plus que quatre ou cinq petits : L'un contre mon mari^ Fautre contre mon père. Et contre mes enfants. Ah, monsieur! la misère! Je ne sais quel biais ils ont imaginé. Ni tout ce qu'ils ont fait, mais on leur a donné Un arrêt par lequel, moi vêtue et nourrie. On me défend, monsieur, de plaider de ma vie.
CHIGANEAU.
De plaidera
LA GOlfTESSE.
De plaider.
CHIGANEAU.
Certes, le trait est noir.
J'en suis surpris.
Monsieur, j'en suis au désespoir.
CHIGANEAU.
(Comment, lier les mains aux gens de votre sorte ! Mais cette pension, madame, est-elle forte?
LA COMTESSE
Je n'en vivrais, monsieur, que trop honnêtement. Mais vivre sans plaider, est-ce contentement?
CHIGANEAU.
Des chicaneurs viendront nous manger jusqu'à l'âme, Et nous ne dirons mot! Hais, s'il vous platt, madame. Depuis quand plaidez-vous?
LA COMTESSE
Il ne m'en souvient pas ; Depuis trente ans , au plus.
CHIGANEAU.
Ce n'est pas trop.
LA COMTESSE
Hélas!