‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 17 sur 326 · ACTE I, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIL

CHICANE AU

Et quel âge avez-vous? Vous avez bon visage.

LA COMTESSE

Hé! quelque soixante ans^

GHICANEAU.

Conunent ! c'est le bel &ge Pour plaider.

LA COMTESSE

Laissez faire ^ ils ne sont pas au bout : J'y vendrai ma chemise; et je veux rien ou tout.

CHICANEAU

Madame^ écoutez-moi. Voici ce qu'il faut faire.

LA COMTESSE

Oui, monsieur, je vous crois comme mon propre père.

CHICANEAU

J'irais trouver mon juge. . .

LA COMTESSE

Oh! oui, monsieur, j'irai.

CHICANEAU

Me jeter à ses pieds...

LA COMTESSE

Oui, je m'y jetterai; Je Tai bien résolu.

CHICANEAU

Mais daignez donc m'entendre.

LA COMTESSE

Oui, vous prenez la chose ainsi qu'il la faut prendre.

CHICANEAU

Avez-vous dit, madame?

Oui».

• On se sert encore dans la conversation de quelque pour environ. Racine afTectionnait cette manière déparier. (L.) ' Vab- Oui , monsieur.

CHICANEAU

J'irai» donc.

GHI€ANEAU

J'irais sans façon Trouver mon juge.

LA COMTESSE

Hélas! que ce monsieur est bon !

CHIGANEÀU.

Si vous parlez toujours, il faut que je me taise.

LA COMTESSE

Ah ! que vous m'obligez ! je ne me sens pas d'aise.

CHICANEAU

J'irais trouver mon juge, et lui dirais...

LA COMTESSE

Oui.

CHICANEAU

Voi!

Et lui dirais : Monsieur. . .

Oui, monsieur.

CHICANEAU

Liez-moi...

LA COMTESSE

Monsieur, je ne veux point être liée^

' Brossefcte, dans ses remarques sur Boiieau , rapporte qu'en effet le parlement avait défendu à cette comtesse de Crissé, dont j*ai déjà parlé , d'intenter à Tavenir aucun procès sans Tavis par écrit de deux avocats. Désespérée d*une semblable défense, après avoir tout tenté inutilement pour faire adoucir la rigueur de cet arrêt , elle alla porter ses plaintes et son désespoir chez Boiieau le greffier, frère aîné du jpoete ; elle y trouva un de leurs parents , désigné dans le commentaire de Brossette par les lettres initiales B. D. L. Cet homme, après avoir dissipé tout son bien , était réduit au triste métier de parasite ; et comme il voulait se rendre nécessaire partout, il s'avisa de donner des conseils à la comtesse ; elle les interpréta fort mal , et il en résulta une querelle fort vive. Racine, à qui Boiieau raconta cette aventure, en profita eu poète déjà consommé dans cet art qu'il pratiquait pour la première fois, et en fit une des meilleures scènes de comédie qu'il y ait au théâtre. (G. )

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