‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 161 sur 326 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

BÉRÉNICE, PHÉNICË.

BÉaÉMGE.

Quoi ! me quitter sitôt I et ne me dire rien ! Chère Phénice? hélas ! quel funeste entretien ,

' Var. Moi qui mourraifi te jour qu'on viendrait m' interdire...

Qu'ai-je fait? Que veut-il? Et que dit ce silence?

PHENIGE.

Comme vous, je me perds d'autant plus que j'y pense * . Mais ne s'offre-i-il rien à votre souvenir Qui contre vous, madame , ait pu le prévenir? Voyez y examinez.

Hélas ! tu peux m'en croire :

Plus je veux du passé rappeler la mémoire , Du jour que je le vis jusqu'à ce triste jour, Plus je vois qu'on me peut reprocher trop d'amour. Mais tu nous entendais. Il ne faut rien me taire : Parle. N'ai-ge rien dit qui lui puisse déplaire? Que sais-je? J'ai peut-être avec trop de chaleur Rabaissé ses présents , ou blâmé sa douleur. . . N'est-ce point que de Rome il redoute la haine? Il craint peut-être , il craint d'épouser une reine . Hélas! s'il était vrai... Hais non , il a cent fois*

' L'abbé d'Oliyet a raison de trouver cette phrase vicieuse : elle ue rend pas la pensée de Fauteur. Si Pbénice y perd , ce n'est pas parce qu'eUey pense ; mais p<uf elle y pense» phu elle s'y perd : c'est la différence de sens entre ^aiOanï plus giM , et les deux plia en opposition. ( L. )

' Sans ce mais non, sans les assurances que Titus lui a données tant de fois de n'être jamais arrêté par ce scrupule, elle devrait s'attacher à cette idée; elle devrait dire : Pourquoi Titus embarrassé vient-il de prononcer en soupirant les lÀots de Rame et d'«mpir«? Elle se rassure sur les promesses qu'on lui a faites ; elle cherche de vaines raisons. Il est pardonnable, ce me semble, qu'elle craigne que Titus ne soit instruit de Tamour d'Antiochus. Les amants et les conjurés peuvent, je crois, sur le théâtre , se livrer à des craintes un peu chimériques , et se méprendre. Ils sont toujours troublés; et le trouble ne raisonne pas. Bérénice, en raisonnant juste, aurait plutôt craint Rome que la jalousie de Titus. Elle aurait dit : Si Titus m'aime, il forcera les Romains à souffrir qu'il m'épouse; et non pas : ^Si Titus est jaloux, Titus est amoureux, (Volt. ) — Louis Racine avait répondu avant Voltaire à cette objection de La Mothe : suivant ce dernier, Bérénice est ridicule de s'arrêter à cette foHe idée de la jalousie de Titus, comme si le propre de l'amour n'était pas

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