ACTE IT, SCÈNE V
Rassuré mon amour contre leurs dures lois;
Cent fois. . . Ah ! qu'il m'explique un silence si rude :
Je ne respire pas dans cette incertitude.
Moi, je vivrais, Phénice', et je pourrais penser
Qu'il me néglige, ou bien que j'ai pu l'offenser!
Retournons sur ses pas. Mais, quand je m'examine,
Je crois de ce désordre entrevoir l'origine,
Phénice : il aura su tout ce qui s'est passé;
L'amour d'Antiochus l'a peutp-ôtre offensé.
Il attend, m'a-tK>n dit, le roi de Comagène.
Ne cherchons point ailleurs le sujet de ma peine.
Sans doute ce chagrin qui vient de m'alarmer
N'est qu'un léger soupçon facile à désarmer.
Je ne te vante point cette faible victoire,
Titus : ah! plût au ciel que, sans blesser ta gloire,
Du rival plus puissant voulftt tenter ma foi.
Et pût mettre à mes pieds plus d'empires que toi;
Que de sceptres sans nombre il put payer ma flamme ;
Que ton amour n'eût rieu à donner que ton àme !
C'est alors, cher Titus, qu'aimé, victorieux.
Tu verrais de quel prix ton cœur est à mes yeux.
Allons, Phénice, un mot pourra le satisfaire.
Rassuron&^nous , mon cœur, je puis encor lui plaire * ;
d'inspirer de foUes idées, coaime si la passion ne nous faisait pas écarter la raison yéritable que nous avons a craindre, pour nous arrêter à des raisons chimériques! c Bérénice, dit très^bien Louis Racine, n'est pas « persuadée que Titus soit jaloux ; mais eUe cherche à se le persuader, « parce que, si elle n'a d'autre malheur à craindre, elle est con- <« tente. » (G.)
' Cette manière de s'adresser à son cttur ? à ses yeux , sent plutôt la déclamation que la vraie passion. On en voit beaucoup d'exemples dans GorneiUe, et l'on en trouve quelques-uns dans Racine. (L. B.) — Cependant il y a des exceptions qui dépendent des convenances particulières , dont le goût seul peut décider. ( L. )
RACINR. — T. II. 17
Je me comptais trop tôt au rang des malheureux : Si Titus est jaloux^ Titus est amoureux ^
' Ce sentiment, tont délicat qu'il est, tient peut-être un peu trop du madrigal. Mais tel est le mérite de Badnet qu'on est souyent forcé de Tadmirer jusque dans ses défauts. En effet, ce yers, plus élégiaque que tragique, et peu digp[ie en apparence de trouver place dans un drame, devient essentiel à cet acte, puîsqu*il renferme un sentiment de sécurité chez Bérénice, et qu'il sert à renouveler Taction de la pièce , en relevant les espérances de la reine , et les vœux du spectateur, qui s'intéresse pour elle. ( L. B. )