SCÈNE III
BÉRÉNICE, ANTIOCHUS, ARSACÉ, PHKNICE.
Hé quoi, seigneur! vous n'êtes point parti'!
C'est ici qa*on Toit plus ifu'ailteoffB la nécessité absolue de faire de beaux yers, c'est-à-dire d'être éloquent de cette élo<iuence propre au caractère du personnage et à sa situation ; de n'avoir que des idées justes et naturelles ; de ne pas se permettre un mot vicieux , une construction obscure, une syllabe rude; de charmer Toreille et Tesprit par une élégance continue. Les rôles qui ne sont ni principaux, ni relevés, ni tragiques, ont surtout besoin de cette élégance, et du charme d'une diction pure. Bérénice, Atalide, Ériphile, Aricie, étaient perdues sans ce prodige de Tart; prodige d'autant plus grand qu'il n'étonne point, qu'il plaît par la simplicité, et que chacun croit que, s'il avait eu à faire parler ces personnages, il n'aurait pu les faire parler autrement.
■ Speret idem , sadet maltani /fmstraqne laboret » ( Volt. )
« Qu'il espère, qu'il s'épuise en efforts, toute sa peine est perdue, v (HoRAT., Art poet, )
' V4R Enfin, seigneur, tous n'èles point parti !
ANTIOCHUS
Madame^ je Vois bien que vous êtes déçue y Et que c'était César que cherchait votre vue. Mais n'accusez que lui^ si^ malgré mes adieux^ De ma présence encor j'importune vos yeux. Peut-être en ce moment je serais dans Ostie^ S'il ne m'eût de sa cour défendu la sortie.
Il vous cherche vous seul. 11 nous évite tous.
ANTIOCHUS
Il ne m'a retenu que pour parler de vous.
De moi, prince?
ANTIOCHUS
Oui, madame.
Et qu'a-t-il pu vous dire ?
ANTIOCHUS
Hille autres mieux que moi pourront vous en instruire .
Quoi, seigneur ! . . .
ANTIOCHUS
Suspendez votre ressentiment.
D'autres , loin de se taire en ce même moment *,
' Concevez Texcès de la tyraunie de la rime, puisque Fauteur qui lui commaude le plus est gôué par elle au point de remplir un bémistiche de ces mots inutiles et lâches, en ce même moment. (Volt. ) — Il m*est impossible de déférer ici à Tautorité de Voltaire. En ce même moment n*est rien moins qixHnuHle et lâche. Sans doute }e censeur n^ a pas assez réfléchi : comment n*a-t-il pas yu que ce moment est très-marquant pour Antiochus sous tous les rapports , et ne peut être ici , comme il Test si souvent dans nos tragédies, un remplissage oiseux et parasite? Supposons qu^Antiochus parle en prose; il dirait et devrait dire : a II n*y a que moi , madame , qui , dans un pareil moment , ne fût pas pressé de parler. » Consolons-nous d'être faillibles dans nos jugements, puisque Voltaire a pu se tromper à ce point. ( L. )