‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 169 sur 326 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Triompheraient peut-être^ et^ pleins de confiance^

Céderaient avec joie à votre impatience ;

Hais moi^ toujours tremblant^ moi^ vous le savez bien y

A qui votre repos est plus cher que le mien^

Pour ne le point troubler^ j'aime mieux vous déplaire ,

Et crains votre douleur plus que votre colère

Avant la fin du jour vous me justifierez.

Adieu, madame.

0 ciell quel discours! Demeurez.

Prince, c'est trop cacher mon trouble à votre vue : Vous voyez devant vous une reine éperdue. Qui, la mort dans le sein, vous demande deux mots\ Vous craignez , dites-vous , de troubler mon repos ; Et vos refus cruels, loin d'épargner ma peine, Excitent ma douleur, ma colère, ma haine. Seigneur, si mon repos vous est si précieux, Si moi-même jamais je fus chère à vos yeux, Ëclaircissez le trouble où vous voyez mon âme : Que vous a dit Titus?

ANTlOCniUS.

Au nom des dieux, madame...

Quoi! vous craignez si peu de me désobéir!

ANTIOCHUS

Je n'ai qu'à vous parler pour me faire haïr.

Je veux que vous parliez.

ANTIOCHUS

Dieux! quelle violence!

Madame, encore un coup, vous louerez mon silence.

' Ikuz mots ailleurs seraient une expression triviale; elle est ici trèstouchante : tout intéresse , la situation , la passion , le discours de Bérénice , rembarras même d*Antiochus. ( Volt. }

Prince ; dès ce moment^ conteniez mes souhaits^ Ou soyez de ma haine assuré pour jamais.

ANTIOCBUS.

Madame^ après cela, je ne puis plus me taire. Hé bien, vous le voulez, il faut voussatisfaire. Mais ne vous flattez point : je vais vous annoncer Peut-être des malheurs où vous n'osez penser. Je connais votre cœur : vous devez vous attendre Que je le vais frapper par l'endroit le plus tendre. Titus m'a commandé ...

Quoi?

ANTIOCBUS.

De VOUS déclarer Qu'à jamais l'un de Fautre il faut vous séparer.

Nous séparer! Qui? Moi? Titus de Bérénice?

ANTIOCHirS.

Il faut que devant vous je lui rende justice : Tout ce que, dans un cœur sensible et généreux^ L'amour au désespoir peut rassembler d'affreux^ Je l'ai vu dans le sien. Il pleure , il vous adore. Mais enfin que lui sert de vous aimer encore ? Une. reine est suspecte à Fempire romain. 11 faut vous séparer, et vous partez demain.

Nous séparer! Hélas, Phénice!

PHÉNICE

Hé bien , madame , Il faut ici montrer la grandeur de votre ftme. Ce coup sans doute est rude ; il doit vous étonner.

Après tant de serments, Titu« m'abandonner I

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