‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 177 sur 326 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Soutiendrai-je ces yeux dont la douce langueur

Sait si bien découvrir les cheAiins de mon cœur?

Quand je verrai ce» yeux armés de tous leurs charmes^

Attachés sur les miens ^ m'accabler de leurs larmes^

Me souviendrai-je alors de mon triste devoir?

Pourrai-je dire enfin : Je neveux plus vous voir?

Je viens perôer un cœur que j'adore^ qui m'aime.

Et pourquoi le percer? qui l'ordoiMe? Moi-même :

Car enfin Rome a^-t-elle expliqué ses souhaits?

L'entendons-nous crier autour de ce palais?

Vois-je rÉtat penchant au bord du précipice?

Ne le puis-je sauver que par ce sacrifice ?

Tout se tait; et moi seul , trop prompt à me troubler,

J'avance des malheurs que je puis reculer.

Et qui sait si^ sensible aux vertus de la reine ,

Rome ne voudra point l'avouer pour Romaine?

Rome peut par son choix justifier le mien.

Non, non, encore un coup, ne précipitons rien.

Que Rome , avec ses lois ^^ mette dans la balance

Tant de pleurs, tant d'amour, tant de persévérance ;

Rome sera pour nous... Titus, ouvre les yeux!

Quel air respires-tu? N'es-tu pas dans ces lieux

Où la haine des rois, avec le lait sucée,

Par crainte ou par amour ne peut être effacée ?

Rome jugea ta reine en condamnant ses rois.

N'as-tu pas en naissant entendu cette voix?

Et n'as-tu pas encore oui la renommée ,

T'annoncer ton devoir jusque dans ton armée?

Et lorsque Rérénice arriva sur tes pas ^

Ce que Rome en j^ugeait ne l'entendis-tu pas?

Fautr-il donc tant de fois te le faire redire?

Ah , lAche ! fais l'amour, et renonce à l'empire*.

' C'est peut-être la première fois que la phrase lariviale, faire Vamonr, A pu entrer dans le style noble : c'est un de ces coups de Tart si connus

Au bout de Tunivers va, cours te confiner,

Et fais place à des cœurs plus dignes de régner.

Sont*<>e là ces projets de grandeurtet de gloire

Qui devaient dans les cœurs consacrer ma mémoire?

Depuis huit jours je régne; et, jusques à ce jour ,

Qu'ai-j€ fait pour Thonneur? J'ai tout fait pour Famour.

D'un temps si précieux quel compte puis-je rendre?

Où sont ces heureux jours que je faisais attendre?

Quels pleurs ai-je sèches? Dans quels yeux satisfaits

Ai-je déjà goûté le fruit de mes bienfaits?

L'univers a4-il vu changer ses destinées?

Sais-je combien le ciel m'a compté de journées?

Et de ce peu de jours si longtemps attendus,

Ah^ malheureux! combien j'en ai déjà perdus!

Ne tardons plus : faisons ce que l'honneur exige;

Rompons le seul lien ^ . .

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