TITUS, BÉRÉNICE
TITUS
Madame^ il faut vous faire un aveu véritable :
Lorsque j'envisageai le moment redoutable
Où, pressé par les lois d'un austère devoir^
U fallait pour jamais renoncer à vous voir;
Quand de ce triste adieu je prévis les approches ,
Mes craintes^ mes combats, vos larmes^ vos reproches,
Je préparai mon Àme à toutes les douleurs '
Que peut faire sentir le plus grand des malheurs;
' Titus lisait tout haut cette lettre à la première représeatation. Un maavais plaisant dit que c*était le testament de Bérénice. Racine en fit sapprimer la lecture. On a cru que la Traie raison était que la lettre ne contenait que les mêmes choses que Bérénice dit dans le cours de la pièce. (Volt.)
' Antiochus était parti désespéré ; voilà que Titus le rappelle ; le spec- Wteur espère quelque diose pour lui : tous ces petits incidents animent la scène. (G.)
' Var. Je m'attendis, madame, à toutes les douleurs.
298 BEREiSICE.
Mais^ quoi que je craignisse^ il faut que je le die *,
Je n'en avais prévu que la moindre partie;
Je croyais ma vertu moins prête à succomber,
Et j'ai honte du trouble où je la vois tomber.
J'ai vu devant mes yeux Rome entière assemblée ;
Le sénat m'a parlé; mais mon âme accablée
Écoutait sans entendre, et ne leur a laissé ,
Pour prix de leurs transports, qu'un silence glacé.
Rome de votre sort est encore incertaine :
Moi-même à tous moments je me souviens à peine
Si je suis empereur, ou si je suis Romain.
Je suis venu vers vous sans savoir mon dessein :
Mon amour m'entraînait; et je venais peut-être
Pour me chercher moi-même et pour me reconnaître.
Qu'ai-je trouvé? Je vois la mort peinte en vos yeux ;
Je vois pour la chercher que vous quittez ces lieux :
C'en est trop. Ma douleur, à cette triste vue ,
A son dernier excès est enfin parvenue :
Je ressens tous les maux que je puis ressentir;
Mais je vois le chemin par où j'en puis sortir.
Ne vous attendee point que , las de tant d'alarmes.
Par un heureux hymen je tarisse vos larmes :
En quelque exfarémiié que vous m'ayez réduit.
Ma gloire inexorable à toute heure me suit* :
Sans cesse elle présente à mou éime étonnée
L'empire incompatible avec voire hyménée.
Me dit qu'après Téclat et les pas que j'ai faits * ,
Je dois vous épouser encor moins que jamais.
' Nous avons déjà remaùrqué que Tusage permettait alors je le di«, au lieu de j« U dise, Radne a encore employé cette expression dans Bajazet et dans Iphigènie.
' Une gloire inexorable, pour une gjloire qui ne lui permet pas de i,
transiger avec elle, est une de ces expressions créées dont Racine offre ^j
tant d'exemples. :^
J Vaii. El je vois bien qu'après tous les pas que j'ai faits.,.