‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 194 sur 326 · TITUS, BÉRÉNICE · texte numérisé non relu

TITUS, BÉRÉNICE

TITUS

Madame^ il faut vous faire un aveu véritable :

Lorsque j'envisageai le moment redoutable

Où, pressé par les lois d'un austère devoir^

U fallait pour jamais renoncer à vous voir;

Quand de ce triste adieu je prévis les approches ,

Mes craintes^ mes combats, vos larmes^ vos reproches,

Je préparai mon Àme à toutes les douleurs '

Que peut faire sentir le plus grand des malheurs;

' Titus lisait tout haut cette lettre à la première représeatation. Un maavais plaisant dit que c*était le testament de Bérénice. Racine en fit sapprimer la lecture. On a cru que la Traie raison était que la lettre ne contenait que les mêmes choses que Bérénice dit dans le cours de la pièce. (Volt.)

' Antiochus était parti désespéré ; voilà que Titus le rappelle ; le spec- Wteur espère quelque diose pour lui : tous ces petits incidents animent la scène. (G.)

' Var. Je m'attendis, madame, à toutes les douleurs.

298 BEREiSICE.

Mais^ quoi que je craignisse^ il faut que je le die *,

Je n'en avais prévu que la moindre partie;

Je croyais ma vertu moins prête à succomber,

Et j'ai honte du trouble où je la vois tomber.

J'ai vu devant mes yeux Rome entière assemblée ;

Le sénat m'a parlé; mais mon âme accablée

Écoutait sans entendre, et ne leur a laissé ,

Pour prix de leurs transports, qu'un silence glacé.

Rome de votre sort est encore incertaine :

Moi-même à tous moments je me souviens à peine

Si je suis empereur, ou si je suis Romain.

Je suis venu vers vous sans savoir mon dessein :

Mon amour m'entraînait; et je venais peut-être

Pour me chercher moi-même et pour me reconnaître.

Qu'ai-je trouvé? Je vois la mort peinte en vos yeux ;

Je vois pour la chercher que vous quittez ces lieux :

C'en est trop. Ma douleur, à cette triste vue ,

A son dernier excès est enfin parvenue :

Je ressens tous les maux que je puis ressentir;

Mais je vois le chemin par où j'en puis sortir.

Ne vous attendee point que , las de tant d'alarmes.

Par un heureux hymen je tarisse vos larmes :

En quelque exfarémiié que vous m'ayez réduit.

Ma gloire inexorable à toute heure me suit* :

Sans cesse elle présente à mou éime étonnée

L'empire incompatible avec voire hyménée.

Me dit qu'après Téclat et les pas que j'ai faits * ,

Je dois vous épouser encor moins que jamais.

' Nous avons déjà remaùrqué que Tusage permettait alors je le di«, au lieu de j« U dise, Radne a encore employé cette expression dans Bajazet et dans Iphigènie.

' Une gloire inexorable, pour une gjloire qui ne lui permet pas de i,

transiger avec elle, est une de ces expressions créées dont Racine offre ^j

tant d'exemples. :^

J Vaii. El je vois bien qu'après tous les pas que j'ai faits.,.

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